Bilan Asie Centrale et Conseils aux voyageurs

Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan) :
bilan & conseils aux voyageurs

Nous avons roulé en Asie Centrale de fin mai à mi septembre 2016. Autant dire qu’on n’a pas eu froid… quoique !

Ouzbékistan : fin mai → mi juin

Tadjikistan : mi juin → fin juillet

Kirghizistan : fin juillet → mi septembre

Nous ne donnerons pas d’informations ici pour l’obtention des visas. D’autres sites le font bien mieux que nous. On vous indique simplement que le site qui fait référence pour tous les cyclos que nous avons croisé est www.caravanistan.org.

Ces trois pays ont beaucoup en commun de part leur histoire commune au sein de l’ex URSS. Ainsi en parlant quelques mots de russe, il est aisé de se faire comprendre pour les petites choses du quotidien. (Nous nous sommes fait un petit lexique à lire sur notre porte carte pendant les longues heures de pédalage dan le désert).
Cela-dit, les cultures ouzbèke, tadjike et kirghize, bien qu’ayant des points communs ont également chacune leurs particularités. Ainsi, chacun de ces trois pays mérite amplement d’être visité même si tous n’ont pas le même interêt dans le cadre d’un voyage à vélo.

L’Ouzbékistan recèle de merveilles mais est en grande partie désertique ce qui le rend très difficile tant physiquement que moralement à traverser à vélo. Nous y avons beaucoup pris le train.
Le Tadjikistan est également très exigeant étant donnés son altitude moyenne à plus de 3 000m et l’état général de ses routes.

Le Kirghizistan est peut-être celui des trois le plus varié pour la pratique du vélo. On y trouve des routes en bon état tout comme des pistes défoncés à plus de 3 000m…

Les cartes utilisées :
Nous avons utilisé la carte Reise Asie Centrale offerte par la Compagnie des Cartes. Cette carte couvre l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et une partie du Kazakhstan. Beaucoup des voyageurs rencontrés possédaient également cette carte. En Asie Centrale, il y a très peu de routes. Sur cette carte à l’échelle 1: 1 700 000 toutes les routes que nous avons empruntées étaient présentes. Mais si nous avions voulu prendre des pistes plus reculées, il nous aurait fallu acheter (et trouver) une carte dans chaque pays. Nous nous sommes aussi

L’Ouzbekistan entre europééns!

servis de l’application MapsMe sur Smartphone qui permet d’accéder à des cartes « offline » téléchargées précédemment.
Les offices de tourisme possèdent des cartes (parfois gratuites) intéressantes. (Tadjikistan et Kirghizstan). Notamment, une carte de la région des Pamir disponible à l’office de tourisme de Khorog, au Tadjikistan.

Les routes et le trafic routier :
En Ouzbékistan, les routes sont goudronnées, mais généralement en très mauvais état, ce qui est parfois pire qu’une piste… Nids de poules, vaguelettes, fissures… La poussière et le soleil nous ont obligés à nous habiller de la tête aux pieds.

Tadjikistan. Mis à part aux abord de Dushambe, la capitale, c’est principalement de la piste. Parfois plus roulable qu’un asphalte défoncé mais parfois une horreur pour les corps et les vélos.
Rénovée tous les cinq ans, la mythique M41 entre Khorog et Sary Tash est en meilleur état qu’entre Khorog et Dushanbé à l’exception des passages de cols.

Kirghizstan. Seules les routes principales, grosso modo entre Bishkek et Osh et entre Bishkek et de lac Issyk Kul (ainsi qu’autour du lac) sont goudronnées, avec une large bande sur le côté. Mais l’asphalte de la route du tour du lac est en très mauvais état ce qui oblige à la plus grande concentration d’autant que les automobilistes roulent globalement vite et se doublent n’importe comment ! Entre Osh et Song Kul, c’est de la piste, plus ou moins en bon état. Très peu de circulation. C’est une route exigeante physiquement mais qui vaut le coup d’être empruntée. Une des plus belle étape de notre voyage !

Amis de la route

Nous avons beaucoup échangé sur l’état des routes avec les cyclos rencontrés dans les hostels. C’est en Asie Centrale que nous avons rencontré le plus de voyageurs pouvant nous donner des conseils !

Infos pratiques cyclos :

  • Nous achetions ou filtrions notre eau. Au Tadjikistan par exemple il était impossible de trouver de l’eau minérale, seulement des boissons sucrées. Toute l’eau doit être filtrée, même si elle descend de la montagne ! Le Kirghizstan demande cependant moins de vigilance que le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.
  • Comme nos amis voyageurs, nous n’avons pas échappés aux touristas, plus ou moins fortes. Attention à la viande, à l’eau et aux fruits/légumes gorgés d’eau. Une pastèque peu être la cause de certains maux de ventre, étant donné qu’elle a poussé avec de l’eau impropre…
  • Prévoir des sachets de réhydratation, autant pour après une tourista qu’après un désert où la consommation d’eau augmente jusqu’à 5/6 litres par jour! On trouve cela facilement dans les pharmacies locales.
  • Les toilettes sont parfois collectifs, sexe séparés : une expérience !
  • Aucun problème pour camper dans ces grands espaces !
  • Prévoir un foulard (voire un masque de ski!) pour la poussière ! Elle règne en maitre absolument partout !
  • Si vous emprunter un tunnel, ayez les éclairages nécessaires, nous y avons vécu une panne de courant sur 2 kms, nous avons grandement remercié nos frontales.

    Vue sur le lac Kara-Kul.

  • Prendre un train avec les vélos est complètement possible bien qu’il nous ait fallu plusieurs fois batailler avec l’agent du wagon pour monter les vélos sans bakchich…
  • L’anglais est quasi inutilisé. Connaître quelques notions de russes facilite grandement la vie ! Notamment les chiffres pour savoir combien on vous demande/combien ça coûte et pour négocier.
  • Concernant les problèmes d’altitude que l’on peut possiblement rencontrer au Kirghizstan et surtout au Tadjikistan il peut être bien d’avoir sur soi des médicaments type Diamox. On peut s’en procurer à Khorog facilement. Et en cas de problème, redescendre et ça ira ! ( lire l’article http://grainedecyclo.com/pamir/ )
  • Les habitants sont très communicants, très curieux et surtout généreux et hospitaliers. Notre sentiment a été qu’en Ouzbékistan nous étions accueillis par hospitalité pure. Au Tadjikistan, parfois oui, parfois nous nous posions des questions quand aux intentions de nos hôtes. Mais nous n’avons jamais eu de problèmes. Au Kirghizstan, où le tourisme est plus développé, nous avons ressenti un accueil différent, où l’on ne sait pas toujours s’il faut sortir le porte-monnaie ou non…
  • Faire confiance aux gens nous a aidé plus d’une fois !
  • C’est une région du monde en majorité musulmane, mais ici, une femme en short et tee-shirt n’est pas un problème. La couleur règne !

    La famille du minimarket.

Nourriture :

Ce n’est pas la région du monde ou la cuisine est la plus fine… ! Beignets de pomme de terre, pains fris fourrés à la viande (samsa)

La viande est à éviter, les dates de péremption sont toujours à vérifier. Il n’était pas rare que nous jetions un produit juste après l’avoir acheté à cause de l’odeur…

Néanmoins, les fruits et légumes sont abondants dans tous les marchés, très peu cher, locaux et très goûtus ! Tous les soirs, c’était ratatouille et pâtes ! Les abricots sont abondants, autant que les pastèques et melons.

Les fruits secs sont aussi très populaires et bon marché.

Pain tadjik, un pour quatre suffira!

Quelques semaines au Kirghizistan

On ne racontera pas ici les rencontres que nous y avons faites car il n’y en a pour ainsi dire presque pas eu. Bien sûr il y eut tout de même des sourires par centaines et de nombreux « hello » très sympathiques ; nous fûmes même accueillis par une adorable famille, qui fût aux petits soins avec nous alors que dehors, il tombait des trombes d’eau !

Accueillis par une famille Kirghize

Accueillis par une famille Kirghize

Ils nous offrirent l’hospitalité dans une petite pièce adjacente à leur maison. L’intérieur était des plus classiques pour l’Asie Centrale : des tapis au sol, une table basse pour partager le repas, une commode sur laquelle repose des dizaines de matelas (souvent « faits maison ») et qui transforme cette salle à manger en chambre à coucher une fois la nuit tombée.

De plus en plus tournés vers le tourisme, les kirghizes ne virent bien souvent en nous, occidentaux, que de simples « portes-monnaie sur roues », avec la certitude qu’en tant que Français, nous n’étions pas loin d’être millionnaires…
Mais le Kirghizistan nous permit aussi de nous retrouver, après avoir pris des chemins différents pour franchir les Pamirs. Retrouvailles certes sous la pluie lors de la première étape, mais retrouvailles agréables car très attendues !
Parcourir ce pays à vélo nous laisse un sentiment partagé. Nous roulions parfois sur un superbe asphalte, digne d’une route européenne, mais étions aux prises avec les automobilistes kirghizes. Certainement les pires que nous ayons rencontrés ! Inconscients et sans aucune attention quant aux pauvres cyclistes qui ont osés s’aventurer sur leur chemin. Heureusement, la majeure partie de notre périple Kirghize nous a fait suivre une piste, certes très poussiéreuse, mais quasi vide de circulation.

Belle grimpette!

Belle grimpette!

Ces deux semaines entre Osh et le lac Issyk-Kul ont été physiquement des plus difficiles. Plusieurs cols au dessus de 3 000m, une piste donc, en très mauvaise état et des nuages de poussière à chaque passage d’un véhicule.

Mais l’ambiance et les paysages furent magnifiques. Au milieu de vertes vallées, où se sont installées pour l’été des familles kirghizes dans leurs yourtes traditionnelles avec leurs troupeaux. Vaches, moutons et chevaux. Au bord d’une rivière, des gamins d’à peine dix ans remplissaient un gros bidon d’eau pour le camp et en profitaient pour se brosser les dents. Régulièrement, d’autres jeunes garçons venaient nous saluer du haut de leur cheval trois fois plus grand qu’eux. Et dès le plus jeune âge, c’est à dos d’âne qu’ils menaient des troupeaux de plusieurs dizaines de bêtes.
kg01Le point d’orgue de cette « chevauchée », le sublime lac Song-Kul ! Un lac à 3 000 mètres d’altitude. Aucune construction en dur, que des yourtes dans le paysage. Les familles Kirghizes viennent ici pendant l’été pour les animaux. Des centaines de moutons broutent l’herbe verte, les chevaux en liberté sont automnes et vont et viennent à leur grès. Le lait, de vache, de brebis ou de jument, est ici la base alimentaire.

Après un dernier col à 3 500m, nous sommes redescendus vers le lac Issyk-Kul qui est le second plus grand lac d’altitude au monde. Immense, à tel point que les Kirghizes l’appellent « la mer », il prend d’ailleurs parfois des allures de « côte d’azur ». Plusieurs stations balnéaires accueillent les touristes de Bishkek, la capitale, et des russes qui viennent passer ici des vacances « à l’occidental ». Après les habits traditionnels et les yourtes des montagnes, place aux bikinis et aux parasols des plages !Les eaux limpides du lac et ses plages de sable ou de galets, nous permirent de décompresser le soir, après des journées entières à pester et à insulter (de loin) les « fous du volant » kirghizes qui semblaient chercher à passer le plus près possible de nous…

Une fois à Karakol, à l’extrémité Est du lac, nous nous sommes installés dans une guesthouse. Au programme, du repos pour quelques jours. Après un bon repas le soir en compagnie de Nicolas, un cyclo français déjà rencontré en Iran, nous nous aperçûmes que notre appareil photo nous avait été dérobé, ainsi que de l’argent et d’autres effets personnels… Une mauvaise surprise, d’autant plus choquante qu’après un an de voyage, nous avions appris à faire confiance aux gens. Peut-être trop… ?

Nous fîmes alors la rencontre de la police locale, dont une dizaine d’agents débarquèrent le soir même pour faire les premières constatations et prendre nos « premières » dépositions. Le lendemain, on prend les mêmes, on en rajoute et on recommence. La journée tourna au sketch lorsqu’une quinzaine de policiers revinrent investir les lieux. Tous les lieux. La salle de petit déjeuner pour boire le café et nous poser quelques questions ; le jardin pour discuter et goûter les pommes ; la cour pour profiter de la jolie balancelle en bois… Pendant ce temps, quelques uns travaillaient un peu quand même et interrogeaient par exemple notre ami cyclo sur l’itinéraire de son dernier trek. Une information certainement cruciale pour le déroulement de l’enquête ! Avant de partir un policier nous avoua ne pas être sûr de retrouver nos affaires… Tu m’étonnes !

160825-karakol_201Pour nous remettre de nos émotions et penser à autre chose, nous avons alors décidé de partir avec trois amis cyclos français pour un trek de six jours dans les montagnes de Karakol. Au programme : deux cols à plus de 3 700m, un lac d’altitude, des glaciers et des sources d’eau chaude pour terminer. Une belle expérience de randonnée en autonomie et en groupe. Nos corps ont soufferts mais nos yeux se sont encore régalés ! Merci à nos amis de marche pour les photos.

A 3 800m, au dessus du lac Ala-Kul

A 3 800m, au dessus du lac Ala-Kul


Prochaine étape un bref passage au Kazakhstan pour y faire le visa Russe…

Quand tout ne se passe pas comme prévu…

Nous reprenons la route du Pamir après un bref repos à Khorog en ce 4 juillet, accompagnés par nos deux amis français.
La fameuse route M41 se trouve être en bien meilleur état que la portion précédente. Tant mieux, car pédaler sera certainement plus difficile à des altitudes supérieures à 4 000m.

Nous nous élançons dans cette large vallée, en pente légère. Cinquante kilomètres par jour, pas plus. Nous prenons soin de ne pas avancer trop vite pour habituer nos corps à l’altitude. Sur une distance de 150km nous monterons 2000m de dénivelé, pour nous retrouver à notre premier col à 4271 mètres.

Pas engageant...

Pas engageant…

Les montagnes qui nous entourent sont à plus de 4000m, parfois 5000 et même 6000 ! Vertigineux ! La pluie et le froid s’installent petit à petit, un vent fort nous pousse dans le dos. L’envie d’être sur le plateau du Pamir est là, nous sommes tous les quatre excités de rouler sur une des routes les plus hautes du monde !
Une pause à Jelandy, un petit village à 3 500 m qui dispose de sources d’eau chaude. Un petit bain à 40°C en fin de journée nous fait le plus grand bien. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, c’est ici un lieu de rencontre, on prend soin de soi, on frotte son voisin dans le dos, on se lave, on discute, on rigole…

Après cette pause revigorante et une bonne nuit de sommeil, nous voilà d’attaque pour ce premier col. Nous quittons le village, et très vite, en prenant doucement de l’altitude, les lumières changent, sont plus dures, les nuages sont plus près de nous, l’air est différent et nous ressentons alors une atmosphère particulière que nous n’avions jamais ressentie ailleurs. Le calme règne, nous croisons une famille de bergers et leur grand troupeau de moutons. Notre respiration devient déjà plus difficile et pourtant des gens vivent ici !

Elisabeth à 4 300m!

Elisabeth à 4 300m!

Les derniers 4km avant le col sont des plus difficiles. Certes, le vent s’est renforcé et nous aide à pousser nos vélos, mais la pente est plus raide. Rémy redescend plusieurs fois pour pousser mon vélo (Elisabeth)… Après 2 heures de montée, nous voilà en haut! Quel soulagement! Nous allons pouvoir redescendre! Je n’ai d’ailleurs qu’une envie, descendre pour retrouver un souffle correct. Nous faisons une pause au chaud, accueillis par une famille de bergers. Thé et yaourt au lait de chèvre. Un délice! Et quelle hospitalité! Mais je commence à me sentir mal. Le père de famille qui nous accueille me sert et me ressert de thé, me forçant à prendre du sucre. Une hypoglycémie? Ok, va pour le sucre.

Nous repartons assez vite, je sens que je dois descendre encore en altitude. 14 km de descente sur une route caillouteuse, mais le vent nous pousse toujours. A ce moment là, je crois que je me suis mise dans la tête que je dois descendre et tout ira mieux, je ne dois pas penser à mes symptômes mais me concentrer sur la route, profiter de ce paysage lunaire, vide de vie, où la lumière du soleil n’a jamais été aussi forte.

Un peu de chaleur humaine à 4 000m.

Un peu de chaleur humaine à 4 000m.

Et là, un nouveau col se dessine devant nous ; remonter à 4200 mètres ? Hors de question ! Les quelques minutes de repos près de la rivière n’y font rien, mon malaise devient plus fort, je vais alors me réfugier dans une ferme qui se trouve par chance juste à côté. La famille nous accueille les bras ouverts. On prend ma tension et on m’allume le poêle. Thé, pastèque, kéfir, ils prendront soin de moi… D’autres symptômes viendront dans la soirée, nous prendrons alors la décision de redescendre à Khorog, là où nous étions quatre jours auparavant. Vers 21h, le taxi arrive enfin. Super ! La mauvaise nouvelle est qu’il est rempli d’une vache… découpée ! Même la tête est là… et bien sûr, non emballée ! Pas de siège, peu de place. Ce sera pour Rémy un voyage assis au sol entre les morceaux, nos sacoches en vrac sur la carcasse, nos vélos sur le toit et moi à l’avant… Je ne m’étais pas rendue compte sur le moment de l’état de la voiture, mon souhait étant de redescendre au plus vite…

Le lendemain, nous voilà de nouveau à Khorog. Plus de peur que de mal mais je mettrais malgré tout trois jours à me remettre complètement de cette aventure…
Et là, il a fallu trouver une solution alternative. Etant donné qu’il n’y a qu’une route que les touristes peuvent prendre, qu’il y a 500 km à plus de 4 000m, un col à 4 600m, peu de voitures, le choix a été fait : je prendrai un avion pour me rendre au Kyrgyzstan et Rémy reprendra cette fameuse route, seul. Et nous nous retrouverons à Osh, au Kyrgyzstan, pour continuer notre chemin.

J’aurais de la chance lors de cette folle épopée ; 15 heures de voiture sur une route très mauvaise jusque Dushanbé, aux côtés d’une professeure d’anglais Tadjik. En attendant mon avion je retrouverais des amis de Chambéry, Brigitte et Nicolas, et d’autres suisses, Jonas et Emmanuelle. Puis une fois à Bishkek, une « couchsurfeuse » m’accueille et nous allons marcher dans les montagnes aux alentours. Une traversée du Kyrgyzstan en voiture de 15h à nouveau, m’amènera à Osh où je retrouverai d’autres amis de voyage.

Pour Rémy, le voyage fût tout à fait différent…

160725-pano_pamir01Le vendredi 15 juillet au matin, c’était donc l’heure de se dire au-revoir pour quelques jours. Après un an de voyage, à être presque 24h/24 ensemble, j’ai ressenti une sensation très étrange au moment de m’élancer seul sur la Pamir Highway. J’étais triste que nos chemins se séparent car ce voyage, nous l’avions rêvé et pensé à deux, et en même temps, je dois avouer que je ressentais une réelle excitation à partir, seul, faire cette route dont je rêvais depuis des années.

J’ai donc re-parcouru les 180km déjà effectués dix jours plus tôt en trouvant de nouveau endroits de bivouac, dont un particulièrement agréable, au bord d’une rivière à 3500m.
Pendant un an, j’ai pédalé en me calant sur le rythme d’Elisabeth mais là, seul, j’ai eu du mal à trouver le mien. J’allais trop vite et me retrouvais essoufflé au milieu des côtes, souvent raides.
J’ai fait de plus longues journées de vélo, autour de 70-80km. Non pas que mes forces étaient décuplées mais plutôt que je raccourcissais les pauses, car tout seul…

La famille Tadjik qui nous a aidés lorsqu'Elisabeth n'allait pas.

La famille Tadjik qui nous a aidés lorsqu’Elisabeth n’allait pas.

Une fois repassé le premier col à 4 300m, je suis allé remercier une nouvelle fois la famille qui nous avait aidés quelques jours auparavant lorsqu’Elisabeth ne se sentait pas bien. J’ai ensuite poursuivi ma route malgré leur invitation à rester prendre le thé et manger, car derrière moi, l’orage menaçait… Il me faisait régulièrement sentir quelques gouttes et entendre son grondement lointain, ce qui me fît augmenter l’allure. J’ai donc rejoint aussi rapidement que possible, avec heureusement un vent favorable, la petite ville d’Alichur. Là-bas, deux jeunes Kirghizes d’une dizaine d’années m’ont tout de suite proposé de m’emmener vers une « gastinica », un genre de chambre d’hôte. Un dernier regard vers le ciel m’a convaincu de prendre cette chambre pour m’y reposer après cette journée harassante !

Alichur après l'orage.

Alichur après l’orage.

Une fois l’orage passé, je me suis baladé dans ce village à 3 800m d’altitude. Les enfants faisaient du vélo entre les maisons carrées, au toit plat, faites de briques de terre ; des yaks broutaient près d’un terrain de basket-ball, face à la mosquée. Ici la végétation est presque inexistante, alors près de chaque maison, on trouve des tas de bouses séchées pour alimenter les poêles en prévision de l’hiver qui, m’a-t-on dit, est souvent très rude : -40°C.

Le lendemain, le ciel avait retrouvé son bleu impeccable. J’ai alors longé la longue plaine verdoyante d’Alichur, le vent dans le dos. Ça et là des yourtes et leurs troupeaux, installés près des cours d’eau. Je me lançais ensuite dans une longue descente de plusieurs dizaines de kilomètres au milieu de grande montagnes rouges, vertes ou ocres. Le midi, pas moyen de me mettre à l’abri du vent. Je suis alors allé manger dans une yourte, en bord de route. Pâtes façon « plov », viande de yak, yaourt de lait de yak et thé à volonté pour quelques euros. L’intérieur de la yourte était tout ce qu’il y a de plus traditionnel, tapis au sol et sur les « murs » et poêle à bouse au centre. Et la famille, Kirghize, était également en habits traditionnels. La communauté Kirghize est très présente dans le massif du Pamir. L’ambiance était parfaite, à ceci près que je n’étais pas un invité mais un client… J’ai donc mangé seul sur une petite table alors que la famille prenait le repas au même moment.

Bivouac bucolique.

Bivouac bucolique.

A l’heure du bivouac, alors que je commençais à trouver le temps long, Nida et Dan, deux cyclistes anglais, sont arrivés et m’ont rejoint. C’est à ce moment que j’ai vraiment réalisé l’importance de voyager à deux (ou plus). Pouvoir partager ses impressions, ses humeurs, les choses qu’on a appréciées ou au contraire qui nous ont dérangées.

Le jour suivant nous avons donc roulé tous les trois jusque Murghab. Cette ville étape au bazaar fait de containers fût l’occasion pour moi de faire des provisions et pour eux de prendre un Home Stay pour s’y reposer.
J’ai donc poursuivi tout seul et l’après-midi a été des plus dur ! Violent vent de face sur des lignes droites interminables en légère montée ; autant dire que je ne suis pas allé bien vite. C’est épuisé , après plusieurs heures à 8 ou 9km/h, que j’ai enfin trouvé refuge à l’abri d’une maison en ruine.
Sans le savoir je m’étais installé à moins de 500m d’un groupe de quatre cyclos que j’ai rencontré le lendemain matin et avec qui j’ai ensuite roulé plusieurs jours jusqu’à Osh.
Anne et Ben, un couple franco-belge et Aina et Jordi, un couple espagnol. Pas pressés le matin et prenant leur temps l’après-midi, ils ont été la rencontre parfaite pour ralentir mon rythme quelques peu effréné des jours précédents.160725-pamir_204

Nous avons donc franchi ensemble plusieurs cols au-dessus de 4 000m. Nous avons découvert avec émerveillement les eaux bleues du lac Kara-Kul qui est la conséquence d’un impact de météorite il y a 25 millions d’années.

Nous avons bivouaqué dans des endroits très variés, un ancien caravansérail, une gravière ou encore l’enceinte d’une maison en ruine, mais qui avaient tous un point commun : ils nous abritaient du vent. Ce vent de face qui ne daignait se calmer qu’entre 22h et 10h… Voyager à cinq apporte également un plus en terme de cuisine ! Les classiques pâtes ou riz étaient alors agrémentées de sauces finement concoctées et parfois même d’une salade! Nous nous demandions même parfois comment nous faisions pour si bien manger avec le peu de nourriture disponible dans les rares petits magasins.

Derrière, le Pamir.

Derrière, le Pamir.

Je suis ravi d’avoir pu parcourir cette route mythique, l’une des plus hautes du monde mais je ne peux cependant pas cacher mon regret d’avoir eu si peu de réels contacts humains. La Pamir Highway est une route touristique et les habitants s’adaptent en conséquence. Certaines yourtes sont à quelques mètres de la route et proposent des repas et du thé tels de véritables petits restaurants. On imagine sans mal qu’il y a quelques années elles étaient installées bien plus haut dans la montagne, auprès des troupeaux de vaches, de yaks et de moutons. Les enfants crient des « hello » et des « atcouda ? » (d’où viens-tu?) amicaux mais réclament aussi des cadeaux, des Snikers ou même de l’argent. A refaire, je préfèrerai re-parcourir la Turquie, par exemple, où l’on faisait des rencontres sincères et touchantes.

Les photos parleront mieux que mes mots pour finir de décrire ces paysages malgré tout surprenants, hostiles et impressionnants que j’ai pu parcourir pendant dix jours.

A l’assaut des montagnes Tadjikes !

Après quatre jours reposants à Dushanbe, notre permit GBAO en poche (autorisation pour accéder à la région autonome du Haut Badakhchan), nous avons repris la route avec en ligne de mire les hautes montagnes du Tadjikistan et la fameuse Pamir Highway. Il s’agit de la seule route qui relie la Chine en traversant le massif des Pamirs. Elle fût construite au début du XXème siècle par l’Union Soviétique. C’est loin d’être une Highway (autoroute), c’est en réalité une route à moitié asphaltée qui passe par plusieurs cols à plus de 4 000m d’altitude. Il y a peu de circulation, simplement quelques voitures, 4×4 et camions mais surtout, beaucoup de cyclistes à cette époque de l’année!

Depuis la capitale, Dushanbe, il y a deux options. La route du nord, avec un col à plus de 3 000 mètres, et la route du sud, moins haute mais de 100km plus longue. Nous avons choisi celle du sud qui semble moins empruntée.

Si si, on a passé les 10 000km!

Si si, on a passé les 10 000km!

A Dushanbe, à l’hostel, nous avons rencontré et retrouvé plein de voyageurs en tous genre : à vélo, bien sûr mais aussi à moto, en 4×4, en stop. Des moyens de locomotions très différents mais tous avec la même idée en tête : aller parcourir la route du Pamir ! Nous y avons d’ailleurs retrouvé Lise et Baptiste, un couple de cyclos français rencontré quelques semaines plus tôt en Iran et parti depuis neuf mois de France.
Au soir du premier jour, ils nous ont rejoint à l’heure du bivouac. Nos rythmes de vie et de pédalage s’accordant, nous avons alors décidé de rouler quelques temps ensemble. Nouvelle expérience pour nous, voyager à plusieurs.

Lac artificiel de Nurak.

Lac artificiel de Nurak.

Jusqu’à la ville de Kulob, la route était en bon état, faite de montées progressives avec de superbes paysages, dont le lac artificiel de Nurak et ses eaux turquoises. Mais par contre, deux tunnels de plusieurs kilomètres de long… A peine étions-nous entrés dans le premier qu’une panne de courant nous a plongés dans le noir total pour les trois derniers kms… heureusement que nos frontales étaient bien chargées ! Comme pour compenser cet incident, nous nous sommes fait escorter dans le second par une voiture en feux de détresse ! La classe !

En haut du col à 2 000m.

En haut du col à 2 000m.

Après Kulob, il a été question de franchir un col à 2 000m. Première vraie difficulté de la Pamir Highway sous la chaleur et en bonne partie dans des pentes raides et dans les cailloux. Nous avions un sentiment de réconfort lorsque nous nous faisions parfois doubler par de gros camions qui semblaient galérer autant que nous ! Vitesse moyenne de la montée 4,8km/h…
Une fois en haut, après avoir engloutis une pastèque gentiment offerte pendant la pause devenue quotidienne entre 12h et 16h, nous avons entamé la descente. Nous pensions profiter d’une belle et longue descente jusqu’à la frontière afghane, mais c’était sans compter sur l’immense chantier, sur 50km, de la future nouvelle route auquel s’affairent des entreprises Chinoises, Turques et Iraniennes. Résultat : nous avons fait du VTT de

Descente dans la poussière...

Descente dans la poussière…

descente sur des vélos de voyage ! Slalom entre camions, tractopelles, trous, cailloux et le tout dans un épais nuage de poussière qui, au bout de plusieurs heures, se dissipe pour nous laisser découvrir les hauts sommets afghans et la vallée du Panj, la rivière qui délimite la frontière entre les deux pays. Superbe !

Épuisés par cette journée, nous avons trouvé, comme en récompense, un joli bivouac parmi les pistachiers. Cerise sur le gâteau, la possibilité de prendre une courte douche avec notre poche à eau et de nettoyer une bonne partie de la couche de poussière qui nous recouvrait!

Nous avons ensuite longé le Panj, cette large rivière impressionnante et déchaînée, pendant près de 400km jusqu’à la ville de Korogh. La route, à priori en pente légère, fût en fait une interminable succession de montées-descentes, souvent dans les cailloux. Encaissée entre d’immenses montagnes l’accès a été creusée dans la falaise.

Les Afghans creusent dans la roche pour y construire une piste...

Les Afghans creusent dans la roche pour y construire une piste…

Face à nous, les afghans semblent batailler pour faire de même ou pour dégager les éboulements. Mais eux creuses à la « main » et le chantier de cette piste le long du Panj semble démesuré au regard des moyens dont ils semblent disposer !

La route que nous avons empruntée nous a fait suivre les méandres de la rivière et nous a fait traverser de nombreux villages tadjiks, véritables oasis de verdure au milieu de montagnes minérales et arides. Ils étaient pour nous l’occasion d’une pause fraîcheur à l’ombre des grands arbres ou près d’un torrent. Nous cherchions aussi à nous y ravitailler dans les petits magasins souvent très mal approvisionnés. Et lorsque nous ne trouvions pas de pain, par exemple, il n’était pas rare qu’un tadjik nous en dégotte chez lui ou chez un voisin.

Des potagers bien fournis!

Des potagers bien fournis!

La vie dans ces villages tourne autour des potagers, des arbres fruitiers et des animaux de ferme. Ces villages sont d’ailleurs tout le temps construits à l’endroit où coulent les torrents qui descendent de la montagne. Nous avons été surpris d’y trouver une telle abondance de fruits et légumes ! Les grands potagers au bord de la rivière fournissent pommes de terre, choux, tomates, oignons et courges. Les vergers eux regorgent d’abricots, de pommes, de noix, de cerises et de « tutes » (genre de mûres mais sur un arbre). Nous avons pu découvrir tout cela au sein d’une famille qui nous a invités tous les quatre à passer la nuit chez eux. Le père de famille, très fier de son potager et de son verger en surplomb de la rivière, nous a fait faire une visite complète. Comme partout ailleurs, l’eau du torrent est canalisée pour irriguer les plantations et pour subvenir aux besoins des quatre générations de la famille.
Sans aucun doute le repas qu’ils nous ont servi venait tout droit de la production familiale. Ils nous ont d’ailleurs confirmés leur quasi autonomie alimentaire. Par nécessité, car les revenus sont très faibles, et car c’est une évidence pour eux de produire leur propre nourriture. Malheureusement, une nouvelle route va passer exactement dans leur verger qui est donc condamné à disparaître, alors que la famille le bichonne depuis plus de 200 ans, génération après génération…

Contemplation d'un village afghan.

Contemplation d’un village afghan.

Malgré l’isolement de la région que nous traversons, côté afghan, les villages paraissent être encore bien plus pauvres. Seule la rivière nous sépare de ce pays et nous pouvons donc observer leur mode de vie et parfois échanger quelques signes de main et des « hello ». Là-bas, pas de voitures, les gens se déplacent à moto ou à dos d’âne. A priori pas ou peu d’électricité et les maisons faites de terre semblent être d’une fragilité effrayante au regard des éboulements qui ont l’air de se produire régulièrement… Les habitants nous donnent l’impression de vivre en autonomie grâce aux animaux et aux terrains cultivés, parfois sur les pentes vertigineuses.

La vallée s'élargit, les champs aussi!

La vallée s’élargit, les champs aussi!

Après la ville de Vanj, à une centaine de kilomètres de Korogh, la vallée s’élargit et le Panj s’apaise pour former une sorte de grand lac. Les cultures s’étendent et la végétation en générale gagne du terrain. Le bruit assourdissant de la rivière déchaînée des jours précédents laisse place à un calme reposant. Seul le passages des camions et des 4×4 taxis qui se croient au Paris-Dakar viennent rompre le silence.

Ces dix derniers jours ont certainement été les plus sportifs de notre voyage. Mais le fait de voyager à quatre nous a indéniablement apporté une énergie supplémentaire pour affronter les cailloux et les pentes raides et atteindre Korogh, dernière ville étape avant de commencer l’ascension des Pamirs.

L’Ouzbékistan, entre ses merveilles et sa campagne

La fin de notre séjour iranien a été quelque peu chaotique avec la déception de ne pas obtenir de réponse pour le visa turkmène et la nécessité de revenir sur nos pas, à Téhéran, pour prendre un vol pour Aktau au Kazakhstan. (voir notre précédent article)
Mais toujours est-il que nous sommes tout de même arrivés en Ouzbékistan !

Le mal des transports…

Pour ce faire il nous a fallu prendre plein de moyens de transport.
L’avion, donc, deux fois entre Teheran et Baku (Azerbaïdjan) puis entre Baku et Aktau au Kazakhstan. Avec au passage 40$ d’emballage de vélos et de sacoches…
Nous ne sommes restés qu’une journée au Kazakhstan mais avons pédalé et bivouaqué au milieu de la steppe entourés de chevaux sauvages. Ce pays et ses habitants nous ont fait très bonne impression et ont attisé notre curiosité…

La vie dans les trains

La vie dans les trains

Depuis Aktau, nous avons pris deux trains pour nous rendre en Ouzbékistan. Et à notre grande surprise, il s’agissait de trains dignes du Transsibérien. Une fois la négociation terminée avec les agents du train pour embarquer les vélos sans bakchich (un peu d’argent de la main à la main), nous sommes montés dans un train d’une autre époque. A l’intérieur, chacun a sa couchette et tous s’affairent à préparer les lits, faire à manger ou faire le thé en se servant de l’eau chaude directement au samovar présent dans chaque wagon. Certains sortent sur le quai lors des nombreux arrêts pour faire quelques achats auprès de vendeurs ambulants, puis le train part, doucement mais surement.
A l’intérieur la vie s’organise, les conversations fusent. Notre petite voisine de dix ans, très curieuse, a passé une bonne partie du voyage avec nous, surtout avec Elisabeth, à essayer de discuter en anglo-russo-kazakh… A Beyneu on a changé de train. Toujours la même ambiance si ce ne sont les contrôles de douanes Kazakh puis Ouzbèk au milieu de la nuit, et les innombrables vendeurs ambulants qui défilent non-stop dans les allées pour vendre boissons, soupe, poissons séchés, glaces, confiseries, etc… Certains proposent même de changer de l’argent. C’est d’ailleurs dans ce train que nous avons obtenu nos premières liasses de Soms Ouzbèk, avec les conseils avisés de notre voisin de couchette. Car en Ouzbékistan il y a le taux de change officiel (à la banque) 1$ pour 3 000 Soms et le taux du marché noir 1$ pour 6 000 Soms. Et entre les deux, on essaye de vous arnaquer… On s’est vu proposer 1$ pour 600 Soms…

Bref, après presque 24h de train au milieu du désert, nous avons débarqué à Kungrad en Ouzbékistan et avons repris les vélos, en compagnie d’Endika, un cyclo espagnol rencontré à l’aéroport de Téhéran.
Reprise des vélos, mais pas pour longtemps. Après une journée et un bivouac dans le désert à la sortie de la ville de Nukus, on s’est fait emmener en camion jusque Urgench pour rester en règle au niveau des enregistrements dans les hôtels. Car Ouzbékistan, les touristes doivent s’enregistrer au minimum tous les trois jours dans un hôtel, et si on ne le fait pas, gare à la douane à la sortie du pays…une forte amende peut nous y attendre !

Khiva

Khiva

La ville historique de Khiva a été une sorte de bulle d’oxygène pour nous au cours de ces premiers jours dans le pays. Même si c’est ici que l’estomac de Rémy a rencontré ces premiers problèmes avec l’Asie Centrale, nous avons passé quatre jours à nous reposer et à profiter de la magnifique vieille ville, tôt le matin et au coucher du soleil pour éviter les heures chaudes. A notre grande surprise, très peu de touristes occidentaux, la majorité étaient Ouzbèks. Le centre historique est très bien conservé et rénové, entouré d’un imposant mur d’enceinte. A l’intérieur, des mosquées, des madrasas et des minarets construits de briques de terre aux couleurs sables sont mis en valeur par les mosaïques de carreaux en céramiques bleu turquoise. On imagine sans mal l’endroit remplit de vendeurs de tapis, d’épices et les chevaux et chameaux attachés ça et là, comme à l’époque de la route de la soie.
Après Khiva, la chaleur s’est intensifiée et nous avons alors décidé de prendre un nouveau train de nuit pour rejoindre Navoiy et ainsi éviter les 450km de désert jusqu’à Bukhara.

L’Ouzbékistan des villes mythiques

Le gang du village!

Le gang du village!

Deux jours de pédalage nous ont permis de rejoindre Bukhara. Au soir du premier jour, Sharina, une jeune fille de 18 ans qui commence à apprendre le français, nous invite dans sa famille, dans un petit village où tout le monde vit de son jardin, des arbres fruitiers et de leurs quelques vaches. Les enfants, autorisés à se balader seuls dès le plus jeune âge, utilisent des vélos en piètre état mais qui suffisent à leur amusement.

A l’instar de Khiva, Bukhara est une ville de plus grande taille. Les monuments sont tout aussi impressionnants mais plus dispersés. La chaleur écrasante qui régnait dans cette partie du pays ne nous a pas facilité la tâche pour visiter la ville, 45°C l’après-midi !
Les deux jours de route entre Bukhara et Karshi, un désert de 150 km, ont certainement été les plus éprouvant de notre passage en Ouzbékistan. Plat mais avec le vent de face. Ensoleillé, mais 45°C à l’ombre… Nos journées commençaient à 4heures du matin, une longue pause de 11heures à 17h, puis nous finissions à la tombée de la nuit. La chaleur sèche du désert nous a fait boire jusque 5 litre d’eau par jour chacun…

Registan à Samarcande.

Registan à Samarcande.

A Samarcande, nous nous y sommes rendu en voiture. Nous avons pu visiter le Registan, le principal complexe historique de la ville, tôt le matin, sans les groupes de touristes et avec tous les magasins fermés ! Trois madrasas immenses subtilement décorées et dont l’inclinaison de certains murs feraient pâlir la tour de Pise…
L’intérieur de la mosquée de la madrasa Tilla-Qari nous a particulièrement impressionné par ses sublimes dorures et peintures.
Il est possible de visiter plusieurs autres complexes et mausolées, ce que nous n’avons pas fait pour des raisons de prix, de chaleur et de ventres capricieux.
L’autre face de Samarcande est bien plus moderne et jeune. De nombreuses universités y sont présentes et le centre ville a été entièrement rénové récemment.

Les températures baissent, tout le monde est de sortie !

Les températures baissent, tout le monde est de sortie !

Le soir, nous allions prendre l’air frais, en compagnie d’Ouzbeks, près des nombreuses fontaines illuminés de la ville. Autour de ces espaces de lumière et de fraicheur toute une vie s’active avec des vendeurs de cacahuètes, chips ou barbe à papa coupés en part de gateaux ! Plusieurs photographes prennent les familles en photo devant les fontaines, effectivement dans cette région du monde posséder un appareil photo est rare.

L’Ouzbékistan des campagnes

De retour à Karshi, chez Odil et sa famille qui nous ont hébergés pour quelques nuits, nous avons repris les vélos, pour nous diriger vers la frontière Tadjik.

Pour la nuit, surveillance des taureaux !

Pour la nuit, surveillance des taureaux !

C’est lors de cette semaine de pédalage que nous avons pu réellement commencer à apprécier ce pays et ses habitants, loin des villes et sites touristiques.
Malgré un vent pas vraiment coopératif, nous avons aimé rouler au milieu des champs de blé, d’oignons ou de pommes de terre. Toujours très vivante, cette campagne ouzbèke nous a plusieurs fois surpris. Par ses enfants d’abord. Des gamins de dix ou douze ans amenant seuls vaches et taureaux au champ ; d’autres à peines plus âgés travaillant aux côtés de leurs parents à couper et ramasser le blé pendant les vacances scolaires. Et les lits un peu partout pour se reposer l’après-midi ou pour dormir près du troupeau la nuit.

Amis de la route

Amis de la route

Les pauses ravitaillement en eau dans les petits magasins étaient souvent l’occasion d’un moment d’échange avec les habitants, très curieux au sujet de notre périple. Ils étaient ravis que nous puissions parler quelques mots de russe et nous disaient d’ailleurs que souvent, les cyclistes ne font qu’acheter de l’eau et repartent en ne prononçant qu’un simple « Spaciba » (merci en russe)… Ici, les gens aiment prendre le temps de faire les choses, de discuter et de se reposer. Le stress chez eux n’est perceptible que lorsqu’ils sont au volant de leur voiture… Du coup on apprend à faire comme eux, à prendre le temps. Ils nous regardent harnacher nos vélos, nous les regardons cuire le pain dans leurs drôles de four. Ils s’arrêtent de travailler pour nous demander d’où on vient et où l’on va, on prend le temps de discuter à l’entrée d’un petit magasin. Le voyage à vélo c’est aussi ça, apprendre à ralentir et à regarder autour de soi.

La vue depuis notre tente.

La vue depuis notre tente.

Les bivouacs ont été également très agréables. L’un en surplomb d’une jolie vallée, un autre entre champs de blé fraichement coupés et quelques vaches attachées ici pour la nuit.

Après un col éprouvant sur une route bien souvent défoncée et une bonne heure à déballer toutes nos affaires à la douane, nous avons franchi la frontière Tadjik.
Et une fois dans notre quatorzième pays, la route est devenue une large 2×2 voies en parfait état.
Nous venons donc d’entrer dans un pays aux forts contrastes. D’un côté les campagnes d’un autre siècle où des dizaines de femmes s’activent à ramasser les oignons à la main et où l’eau courante n’existe pas, et d’un autre, Dushanbe, la capitale, et ses luxueux 4×4 aux vitres teintées, ses immeubles flambants neufs et le WIFI dans les bus !
Dans quelques jours nous serons dans les montagnes du Pamir.

 

Voici une liste des hôtels pas trop chers dans lesquels nous avons été, ce n’est pas pour faire de la publicité mais cela peut être utile pour de futurs voyageurs pour s’enregistrer :

Khiva: hotel Alibek, négociation à 6$/pers pour dormir sur le toit face à la ville, avec petit dèj conséquent !
Bukhara: hotel Rumi, négociation possible à 18$ pour chambre double ( en faisant jouer la concurrence) , très tranquille, parle français, mais ils prennent leur temps… !hotel rustam, négociation possible à 18$ voir moins, beaucoup de voyageurs et en plein centre. Nous avons préféré le calme de Rumi
Guzor: hotel avant le centre ville, grand portail vert, cela ne ressemble pas à un hotel, des écritures signalant un sauna et stade sont à côté. négociation à 22 000 som / pers ( prix pour les uzbek)
Baysun: le seul hotel de la ville semble t il. Le concierge  est très sympa et nous a invité à manger chez lui. 50 000 som/pers sans le petit déjeuner ( sinon c’est 5 000 de plus )

Nous avons desfois fait notre enregistrement une nuit sur 4, et à la frontière nous n’avons pas eu de problème. Il faut avoir une certaine quantité d’enregistrement et si vous en louper quelques uns ce n’est pas grave. Les billets de trains peuvent permettre d’expliquer les problèmes d’enregistrement.