Merci les enfants! Merci les profs!

Quelques semaines après notre retour en France, nous avons été conviés à la fête de fin d’année organisée par l’association des parents d’élèves de l’école de Chateauneuf.
Souvenez-vous, avant notre départ en 2015, nous étions allés rencontrer les élèves de cette petite école entre Chambéry et Alberville pour leur parler de notre projet de voyage à vélo et de semences paysannes !
Tout au long de notre périple, les enfants nous ont suivis avec intérêt grâce notamment à l’enthousiasme de leurs enseignants que nous remercions encore une fois ! De cartes postales en visioconférences, d’échanges de mails en problèmes de mathématiques, nous avons été ravis de vivre ces échanges d’une grande richesse pour les enfants comme pour nous !

En ce 17 juin, donc, les parents d’élèves étaient au four et au moulin, et c’est peu de le dire, pour faire de cette belle journée de début d’été, un moment convivial pour les petits comme pour les grands !
Peu avant le repas du midi, les enfants nous ont offerts trois livres illustrés de leurs dessins et reprenant des moment de notre voyage. Nous tenons encore une fois à les remercier pour ces superbes cadeaux que nous garderons précieusement et qui s’ajouterons aux autres « objets-souvenirs » de notre aventure.


Après nous êtres remis de nos émotions et repus de pizzas « faites maison », nous avons présenté un petit diaporama d’une heure qui fût un agréable moment d’échanges avec les enfants et leurs parents.

Pour finir, nous vous souhaitons à tous, de belles vacances d’été.

Deux mois au pays du soleil levant

En cette fin novembre, il nous aura fallu une semaine pour faire le tour de l’île volcanique de Jeju-do, au sud de la Corée du Sud. Impressionnante par sa géologie façonnée par le volcan culminant à près de 2 000m en son centre, l’île possède également de nombreux aspects consternants dus principalement à la folie du tourisme. En effet, il est bien difficile de trouver des endroits où la nature est préservée et éloignée d’infrastructures bétonnées. Chaque « site naturel d’intérêt » (cascade, falaise, tube de lave, etc…) est soigneusement clôturé et systématiquement payant. Sur Jeju-do, on a surtout regretté de ne pas y trouver le côté sauvage que cette île dite « subtropicale » dev(r)ait avoir…

Une fois revenu à Jeju (ville), nous avons enchaîné deux ferrys de nuit pour nous rendre à Busan puis à Fukuoka au Japon. Nous avons effectué les trajets en seconde classe où l’on dort au sol sur de simples futons. Asian Style ! Et dans ces ferrys, il y a un « onsen » (bain public japonais) !

Le bateau accosté et la douane passée, la première chose à faire fût de changer nos rétroviseurs de côté. Ici on roule à gauche !
Pendant que nous parcourions les 25km pour sortir de l’immense agglomération de Fukuoka, nous avons eu la bonne surprise de retrouver des cyclistes dans les rues , ainsi que des voitures (très carrées) de taille raisonnable et souvent silencieuses (technologie hybride). La ville, en contrepartie de son étalement impressionnant n’est pas faite d’immenses tours d’habitation, à l’inverse des villes coréennes mais plutôt de petits immeubles de trois ou quatre étages tout au plus et plus loin, des quartiers de maisons traditionnelles.

Campagne japonaise

La ville derrière nous, nous avons découvert la campagne japonaise, elle aussi très peuplée ! Là où il n’y a ni habitations ni montagnes, il y a des cultures, un peu à l’image de la Corée du Sud mais encore plus optimisées ! Des rizières principalement.
Pas facile de trouver un endroit pour poser la tente lorsque la nuit approche, et qu’elle approche vite à cette période de l’année !
Un japonais aura bien faillit nous proposer l’hospitalité mais sa femme, par téléphone, ne voyait pas les choses de cette manière…
Pendant deux jours donc, nous avons roulé en milieu campagnard parmi ces maisons de bois sombre, à la toiture imposante et toujours brillante. Nous avons également pris de la hauteur et nous sommes retrouvés à traverser de belles forêts de bambous avec ici et là, des palmiers(!).

Et dans les bambous…

Quelles étaient agréables ces petites routes quasi inutilisées ! Car il faut préciser que le réseau routier au Japon est très dense. Parfois trois, voire quatre routes suivent parallèlement la même direction : l’autoroute payante, la route nationale, l’ancienne route nationale et la petite voie qui traverse les villages…
Tout allait donc pour le mieux jusqu’à ce que, en milieu d’après-midi, nous nous retrouvions face à une route fermée. Nous apprendrons par la suite que la cause de cette fermeture n’était autre que le terrible tremblement de terre qui a secoué la région en avril 2016.
Pensant arriver tranquillement en fin de journée chez nos hôtes au pied du mont Aso, il nous a alors fallu prendre une déviation sans trop savoir où nous allions… Et directement la route s’est élevée. Les kilomètres passaient, doucement (5km/h…), l’heure avançait et ça continuait de grimper. Parmi le flot ininterrompu de bagnoles (car c’est la seule route ouverte) un couple nous a bien proposé de nous amener à destination mais en nous précisant qu’on était « presque arrivé en haut » et qu’après  ce n’était « plus que de la descente ». On a donc décliné pour ensuite pester car il y avait encore une heure d’ascension ! C’est à la nuit tombante que nous sommes finalement arrivés au sommet du col, à plus de 1 000 mètres d’altitude, et que nous avons entamé la descente, certainement la plus angoissante de notre voyage, sur une route étroite, à l’heure où les gens rentrent du boulot, dans le froid, le noir total et avec un minimum d’éclairage… Arrivés en bas, un petit coup de pouce du destin nous a fait nous adresser à une jeune femme qui connaissait nos futures hôtes, et qui a pu nous escorter jusqu’à chez eux.

Quel soulagement ce fût d’arriver chez Shunro et Sachko après tout de même une dernière ascension, presque prévue d’avance tellement les écolos ont la fâcheuse tendance d’habiter dans des endroits reculés et le plus haut possible. Et quelle joie ce fût qu’ils nous emmènent, le soir même, au onsen tout proche ! Les onsen, ces bains publiques souvent naturels sont une véritable institution au Japon mais peuvent être des endroits quelques peu perturbant du point de vue d’européens… La première étape consiste à entrer dans les vestiaires collectifs. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. C’est ici qu’on se met à son aise, ce qui veut dire nu, pour ensuite entrer dans la salle des bains. Dans une atmosphère vaporeuse et bercée par un douce musique, chacun(e) prend alors place sur un l’un des petits sièges, face à un miroir et s’adonne à sa toilette. C’est ensuite détente et relaxation assurée dans des grands bassins, parfois en pierres ou en bois, remplis d’une eau chauffée à plus de 40°C ! Plusieurs bassins pour plusieurs températures ; parfois un jacuzzi, parfois un espace extérieur. La première visite au onsen est donc un étrange moment étant donné la pudeur occidentale mais passée cette gène, on n’attend plus que la prochaine occasion d’y retourner !

Les mesures doivent être précises!

Nous sommes ensuite restés deux semaines chez nos hôtes, acteurs du mouvement de Transition au Japon (voir notre article à ce sujet), au cours desquelles nous les avons aidés à de multiples tâches : coupe de bois, nettoyage du potager, construction d’un bâtiment avec des techniques traditionnelles, chasse au « trésor-topinambour » , etc.

Le climat sur cette île de Shikoku était encore agréable à cette période de l’année. Mais lorsque nous avons repris la route, mi-décembre, pour rejoindre Yamaguchi sur l’île d’Onshu un peu plus au nord, les quatre jours de pédalage nécessaires ont été bien plus humides et froids !
Heureusement la première nuit, qui fût la plus glaciale, Takeshi un cycliste rencontré au supermarché nous a offerts de dormir au chaud, à l’intérieur de son salon de thé. Aux petits soins avec nous, il nous a fait découvrir le matcha, le thé traditionnel japonais.

La côte nous a permis de retrouver un climat plus doux mais un environnement ultra-urbanisé.

Soleil levant sur le Pacifique!

Ce qui ne nous a cependant pas empêché de trouver un bivouac au bord de la mer et de passer la soirée autour d’un feu de camp revigorant !
Rouler à gauche ne pose pas de réel soucis en soi, on s’y habitue en quelques jours mais ce changement dans nos habitudes aura sans doute tout de même été la cause de la première chute du voyage pour Rémy. Sans gravité, seul le rétroviseur y a laissé des plumes!

La suite de la route jusque Yamaguchi, mis à part le passage par le tunnel piéton (!) qui relie l’île de Shikoku à celle d’Onshu, n’aura été qu’une successions de villes très étendues et de grosses routes inhospitalières.

Chez Hiro et Miki avec nos amis volontaires!

A Yamaguchi, c’est chez Hiro et Miki que nous passé deux nouvelles semaines de volontariat. Mais alors que nous pensions arriver dans une exploitation en agriculture biologique, nous nous sommes finalement retrouvés en compagnies de six autres volontaires venus du Danemark, de France ou encore de Singapour, au sein d’une expérience de vie en communauté, selon nous, pas très équilibrée. Malgré la générosité sans limite de nos hôtes, nous n’étions clairement pas sur la même longueur d’onde et n’avons pas réussi, et ce n’est pas faute d’avoir essayer, à nous comprendre.
Il serait long d’exposer ici nos états d’âmes à ce sujet. L’important étant, qu’en compagnie des autres volontaires, nous avons pu passer d’agréables fêtes de fin d’année.

Pour ne pas quitter le Japon sans avoir visiter la moindre grande ville, nous avons pris la décision de nous rendre à Hiroshima. La route fût encore une fois inintéressante au possible ; toujours ces mêmes zones commerciales ou industrielles qui ont bétonnées le moindre mètre carré de terre constructible.

Photo souvenir avec Missie et ses amies!

Malgré tout, une jolie rencontre, celle de Missie, aura éclairé cet ennuyeux trajet. Cette dame nous a arrêtés sur la route par curiosité, puis nous a invités dans son petit snack où nous avons passé un très agréable moment à échanger (enfin!) avec plusieurs japonais.

Dernière étape avant la ville tristement célèbre, l’île de Miyajima, véritable lieu spirituel pour les nippons mais également attraction touristique majeure du pays. Accueillis par un nombre impressionnant de daims nourris par les badauds, nous avons commencé la visite des différents lieux de cultes. Le temple Daisho-in construit à flanc de montagne et au beau milieu d’une superbe forêt nous a particulièrement plu. C’est une véritable vitrine de la religion bouddhiste, avec ses moulins à prières, ses centaines (milliers?) de statues de bouddha, ses odeurs d’encens et ses nombreux temples qui résonnent au son des fameux chants monotones qui appellent forcément à la paix intérieure et à la médiation.
Contrairement à chez nous, les japonais sont encore très pratiquants bien que pas toujours croyants. En effet, ici, culture, traditions et religions sont intrinsèquement liés et il n’est pas nécessaire de se dire bouddhiste pour aller s’incliner devant tel ou tel temple ou pour caresser la pierre qui vous portera chance pour l’année à venir.

Rencontre d’un troisième type!

Et pour finir, avant de rejoindre Hiroshima, nous avons pu bivouaquer sur l’une des petite plage de Miyajima en compagnie d’un daim particulièrement curieux.

Le 8 janvier, c’est encore une fois sous la pluie que nous avons roulé jusqu’à la tragiquement célèbre Hiroshima, dans le but, entre autre, d’y visiter le musée et le mémorial dédié à l’horreur de 1945, qui aurait fait autour de 200 000 victimes.

Mémorial d’Hiroshima

Plus de soixante-dix ans après, se retrouver à l’endroit même où l’humanité a décidé de mettre les plus hauts progrès scientifiques au service d’une cruauté et d’un cynisme qui dépasse l’entendement, fût pour nous bouleversant et terrifiant. D’autant plus que cette nation, soit disant la plus grande puissance mondiale, n’a jamais prononcé la moindre excuse ni le moindre regret…

Une fois ce « pèlerinage » accompli, nous avons visité cette ville parcourue de plusieurs imposantes rivières. La déambulation à vélo s’est avérée, à notre grande surprise, plutôt agréable sur les larges trottoirs ou dans les petites rues parallèles désertes.

Hiroshima

Et enfin nous avons pu découvrir une « vraie » ville japonaise, telles qu’on se les représentait. De grands boulevards bordés de hauts immeubles très carrés à l’architecture minimaliste (impératif dû à la forte activité sismique de l’archipel?), qui se croisent en de larges carrefours que les piétons envahissent prestement dès que le petit bonhomme vert et des petits cris d’oiseau les y autorisent ; de longues artères commerçantes couvertes où les enseignes des magasins rivalisent de taille et de couleurs ; des immenses salles de jeux (jeux vidéo et jeux d’argent) au vacarme assourdissant, qui ne semblent pourtant pas déranger le moins du monde les véritables zombies esclaves de leur addiction virtuelle ; des parkings à vélos bondés, parfois payants, où les bicyclettes sont négligemment verrouillées d’un minuscule anti-vol ; des rues moins fréquentées, pleines de petits restaurants en tous genres, à la devanture sombre et qui vous entraînent en sous sol.

Préparation de nos Okonomiyaki !

Assumant notre statut, une fois n’est pas coutume, de touristes conventionnels, nous sommes allés manger un Okonomiyaki, la spécialité locale, au Okonomi Mura, un bâtiment de quatre étages dédié à ce plat à base de chou, d’oeuf et d’une sauce bien particulière. Alors que nous sommes attablés à une sorte de bar, la cuisinière confectionne l’Okonomiyaki devant nous sur un grill. Convivialité garantie !

Après la visite du très apaisant jardin Shukkeien, typiquement japonais, il était temps pour nous de quitter Hiroshima pour nous rendre 150km plus au nord, à Oda, pour notre dernier WWOOFING chez Yoshi, un ami de Shunro. La neige annoncée pour les jours à venir nous a fait presser le « coup de pédale » et couvrir la distance en deux jours. La première journée fût bien agréable sur de petites routes aussi désertées que les villages traversés. Le froid et la neige menaçant, nous avons trouvé refuge dans une petite gare pour y passer la nuit. Mais le lendemain, la pluie puis la neige ne nous ont pas épargnés ! C’est in-extremis que nous avons gravit les contreforts du mont Sanbe avant qu’un épais manteau blanc ne recouvre le paysage au cours de la nuit suivante.

Chez Yoshi, Haruka et Chihiro – Oda

Yoshi, Haruka, son épouse et Chihiro, leur petite fille, nous ont accueillis pendant deux semaines sous leur toit, au milieu de la forêt, et eux aussi nous ont offerts à notre arrivée, d’aller nous détendre et nous réchauffer au onsen ! Peinture, cuisine, coupage de bois, isolation, soins aux animaux ou encore préparation de kimchee (fermentation de chou épicé) auront été quelques unes de nos activités. Et sinon, c’est autour de la cuisine que nous avons pu échanger nos savoirs-faire : eux nous apprenaient à faire de la soupe miso (qui fait partie de la base alimentaire des japonais avec le riz), des giosas (genres de raviolis) ou du tempura (légumes enfarinés et fris) et nous leur faisions goûter tartes, quiches et autre gâteau marbré.

Le départ de chez Yoshi, le 27 janvier, devait signifier la fin de nos aventures japonaises… Mais c’était sans compter sur une écharde oubliée dans le doigt de Rémy, qui nous a obligé à passer plusieurs heures à l’hôpital le 28, alors que nous devions prendre le bateau le soir même pour la Russie. Trois points de sutures plus tard, nous étions au terminal maritime de Sakaiminato et ce fût cette fois la douane qui faillit nous refuser le départ au motif que sur son visa, le prénom d’Elisabeth était écrit avec un « Z »…
Nous avons finalement embarqué et par la même occasion entamé notre retour vers l’Europe, par la glaciale Russie…

Quelques semaines au Kirghizistan

On ne racontera pas ici les rencontres que nous y avons faites car il n’y en a pour ainsi dire presque pas eu. Bien sûr il y eut tout de même des sourires par centaines et de nombreux « hello » très sympathiques ; nous fûmes même accueillis par une adorable famille, qui fût aux petits soins avec nous alors que dehors, il tombait des trombes d’eau !

Accueillis par une famille Kirghize

Accueillis par une famille Kirghize

Ils nous offrirent l’hospitalité dans une petite pièce adjacente à leur maison. L’intérieur était des plus classiques pour l’Asie Centrale : des tapis au sol, une table basse pour partager le repas, une commode sur laquelle repose des dizaines de matelas (souvent « faits maison ») et qui transforme cette salle à manger en chambre à coucher une fois la nuit tombée.

De plus en plus tournés vers le tourisme, les kirghizes ne virent bien souvent en nous, occidentaux, que de simples « portes-monnaie sur roues », avec la certitude qu’en tant que Français, nous n’étions pas loin d’être millionnaires…
Mais le Kirghizistan nous permit aussi de nous retrouver, après avoir pris des chemins différents pour franchir les Pamirs. Retrouvailles certes sous la pluie lors de la première étape, mais retrouvailles agréables car très attendues !
Parcourir ce pays à vélo nous laisse un sentiment partagé. Nous roulions parfois sur un superbe asphalte, digne d’une route européenne, mais étions aux prises avec les automobilistes kirghizes. Certainement les pires que nous ayons rencontrés ! Inconscients et sans aucune attention quant aux pauvres cyclistes qui ont osés s’aventurer sur leur chemin. Heureusement, la majeure partie de notre périple Kirghize nous a fait suivre une piste, certes très poussiéreuse, mais quasi vide de circulation.

Belle grimpette!

Belle grimpette!

Ces deux semaines entre Osh et le lac Issyk-Kul ont été physiquement des plus difficiles. Plusieurs cols au dessus de 3 000m, une piste donc, en très mauvaise état et des nuages de poussière à chaque passage d’un véhicule.

Mais l’ambiance et les paysages furent magnifiques. Au milieu de vertes vallées, où se sont installées pour l’été des familles kirghizes dans leurs yourtes traditionnelles avec leurs troupeaux. Vaches, moutons et chevaux. Au bord d’une rivière, des gamins d’à peine dix ans remplissaient un gros bidon d’eau pour le camp et en profitaient pour se brosser les dents. Régulièrement, d’autres jeunes garçons venaient nous saluer du haut de leur cheval trois fois plus grand qu’eux. Et dès le plus jeune âge, c’est à dos d’âne qu’ils menaient des troupeaux de plusieurs dizaines de bêtes.
kg01Le point d’orgue de cette « chevauchée », le sublime lac Song-Kul ! Un lac à 3 000 mètres d’altitude. Aucune construction en dur, que des yourtes dans le paysage. Les familles Kirghizes viennent ici pendant l’été pour les animaux. Des centaines de moutons broutent l’herbe verte, les chevaux en liberté sont automnes et vont et viennent à leur grès. Le lait, de vache, de brebis ou de jument, est ici la base alimentaire.

Après un dernier col à 3 500m, nous sommes redescendus vers le lac Issyk-Kul qui est le second plus grand lac d’altitude au monde. Immense, à tel point que les Kirghizes l’appellent « la mer », il prend d’ailleurs parfois des allures de « côte d’azur ». Plusieurs stations balnéaires accueillent les touristes de Bishkek, la capitale, et des russes qui viennent passer ici des vacances « à l’occidental ». Après les habits traditionnels et les yourtes des montagnes, place aux bikinis et aux parasols des plages !Les eaux limpides du lac et ses plages de sable ou de galets, nous permirent de décompresser le soir, après des journées entières à pester et à insulter (de loin) les « fous du volant » kirghizes qui semblaient chercher à passer le plus près possible de nous…

Une fois à Karakol, à l’extrémité Est du lac, nous nous sommes installés dans une guesthouse. Au programme, du repos pour quelques jours. Après un bon repas le soir en compagnie de Nicolas, un cyclo français déjà rencontré en Iran, nous nous aperçûmes que notre appareil photo nous avait été dérobé, ainsi que de l’argent et d’autres effets personnels… Une mauvaise surprise, d’autant plus choquante qu’après un an de voyage, nous avions appris à faire confiance aux gens. Peut-être trop… ?

Nous fîmes alors la rencontre de la police locale, dont une dizaine d’agents débarquèrent le soir même pour faire les premières constatations et prendre nos « premières » dépositions. Le lendemain, on prend les mêmes, on en rajoute et on recommence. La journée tourna au sketch lorsqu’une quinzaine de policiers revinrent investir les lieux. Tous les lieux. La salle de petit déjeuner pour boire le café et nous poser quelques questions ; le jardin pour discuter et goûter les pommes ; la cour pour profiter de la jolie balancelle en bois… Pendant ce temps, quelques uns travaillaient un peu quand même et interrogeaient par exemple notre ami cyclo sur l’itinéraire de son dernier trek. Une information certainement cruciale pour le déroulement de l’enquête ! Avant de partir un policier nous avoua ne pas être sûr de retrouver nos affaires… Tu m’étonnes !

160825-karakol_201Pour nous remettre de nos émotions et penser à autre chose, nous avons alors décidé de partir avec trois amis cyclos français pour un trek de six jours dans les montagnes de Karakol. Au programme : deux cols à plus de 3 700m, un lac d’altitude, des glaciers et des sources d’eau chaude pour terminer. Une belle expérience de randonnée en autonomie et en groupe. Nos corps ont soufferts mais nos yeux se sont encore régalés ! Merci à nos amis de marche pour les photos.

A 3 800m, au dessus du lac Ala-Kul

A 3 800m, au dessus du lac Ala-Kul


Prochaine étape un bref passage au Kazakhstan pour y faire le visa Russe…

Quand tout ne se passe pas comme prévu…

Nous reprenons la route du Pamir après un bref repos à Khorog en ce 4 juillet, accompagnés par nos deux amis français.
La fameuse route M41 se trouve être en bien meilleur état que la portion précédente. Tant mieux, car pédaler sera certainement plus difficile à des altitudes supérieures à 4 000m.

Nous nous élançons dans cette large vallée, en pente légère. Cinquante kilomètres par jour, pas plus. Nous prenons soin de ne pas avancer trop vite pour habituer nos corps à l’altitude. Sur une distance de 150km nous monterons 2000m de dénivelé, pour nous retrouver à notre premier col à 4271 mètres.

Pas engageant...

Pas engageant…

Les montagnes qui nous entourent sont à plus de 4000m, parfois 5000 et même 6000 ! Vertigineux ! La pluie et le froid s’installent petit à petit, un vent fort nous pousse dans le dos. L’envie d’être sur le plateau du Pamir est là, nous sommes tous les quatre excités de rouler sur une des routes les plus hautes du monde !
Une pause à Jelandy, un petit village à 3 500 m qui dispose de sources d’eau chaude. Un petit bain à 40°C en fin de journée nous fait le plus grand bien. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, c’est ici un lieu de rencontre, on prend soin de soi, on frotte son voisin dans le dos, on se lave, on discute, on rigole…

Après cette pause revigorante et une bonne nuit de sommeil, nous voilà d’attaque pour ce premier col. Nous quittons le village, et très vite, en prenant doucement de l’altitude, les lumières changent, sont plus dures, les nuages sont plus près de nous, l’air est différent et nous ressentons alors une atmosphère particulière que nous n’avions jamais ressentie ailleurs. Le calme règne, nous croisons une famille de bergers et leur grand troupeau de moutons. Notre respiration devient déjà plus difficile et pourtant des gens vivent ici !

Elisabeth à 4 300m!

Elisabeth à 4 300m!

Les derniers 4km avant le col sont des plus difficiles. Certes, le vent s’est renforcé et nous aide à pousser nos vélos, mais la pente est plus raide. Rémy redescend plusieurs fois pour pousser mon vélo (Elisabeth)… Après 2 heures de montée, nous voilà en haut! Quel soulagement! Nous allons pouvoir redescendre! Je n’ai d’ailleurs qu’une envie, descendre pour retrouver un souffle correct. Nous faisons une pause au chaud, accueillis par une famille de bergers. Thé et yaourt au lait de chèvre. Un délice! Et quelle hospitalité! Mais je commence à me sentir mal. Le père de famille qui nous accueille me sert et me ressert de thé, me forçant à prendre du sucre. Une hypoglycémie? Ok, va pour le sucre.

Nous repartons assez vite, je sens que je dois descendre encore en altitude. 14 km de descente sur une route caillouteuse, mais le vent nous pousse toujours. A ce moment là, je crois que je me suis mise dans la tête que je dois descendre et tout ira mieux, je ne dois pas penser à mes symptômes mais me concentrer sur la route, profiter de ce paysage lunaire, vide de vie, où la lumière du soleil n’a jamais été aussi forte.

Un peu de chaleur humaine à 4 000m.

Un peu de chaleur humaine à 4 000m.

Et là, un nouveau col se dessine devant nous ; remonter à 4200 mètres ? Hors de question ! Les quelques minutes de repos près de la rivière n’y font rien, mon malaise devient plus fort, je vais alors me réfugier dans une ferme qui se trouve par chance juste à côté. La famille nous accueille les bras ouverts. On prend ma tension et on m’allume le poêle. Thé, pastèque, kéfir, ils prendront soin de moi… D’autres symptômes viendront dans la soirée, nous prendrons alors la décision de redescendre à Khorog, là où nous étions quatre jours auparavant. Vers 21h, le taxi arrive enfin. Super ! La mauvaise nouvelle est qu’il est rempli d’une vache… découpée ! Même la tête est là… et bien sûr, non emballée ! Pas de siège, peu de place. Ce sera pour Rémy un voyage assis au sol entre les morceaux, nos sacoches en vrac sur la carcasse, nos vélos sur le toit et moi à l’avant… Je ne m’étais pas rendue compte sur le moment de l’état de la voiture, mon souhait étant de redescendre au plus vite…

Le lendemain, nous voilà de nouveau à Khorog. Plus de peur que de mal mais je mettrais malgré tout trois jours à me remettre complètement de cette aventure…
Et là, il a fallu trouver une solution alternative. Etant donné qu’il n’y a qu’une route que les touristes peuvent prendre, qu’il y a 500 km à plus de 4 000m, un col à 4 600m, peu de voitures, le choix a été fait : je prendrai un avion pour me rendre au Kyrgyzstan et Rémy reprendra cette fameuse route, seul. Et nous nous retrouverons à Osh, au Kyrgyzstan, pour continuer notre chemin.

J’aurais de la chance lors de cette folle épopée ; 15 heures de voiture sur une route très mauvaise jusque Dushanbé, aux côtés d’une professeure d’anglais Tadjik. En attendant mon avion je retrouverais des amis de Chambéry, Brigitte et Nicolas, et d’autres suisses, Jonas et Emmanuelle. Puis une fois à Bishkek, une « couchsurfeuse » m’accueille et nous allons marcher dans les montagnes aux alentours. Une traversée du Kyrgyzstan en voiture de 15h à nouveau, m’amènera à Osh où je retrouverai d’autres amis de voyage.

Pour Rémy, le voyage fût tout à fait différent…

160725-pano_pamir01Le vendredi 15 juillet au matin, c’était donc l’heure de se dire au-revoir pour quelques jours. Après un an de voyage, à être presque 24h/24 ensemble, j’ai ressenti une sensation très étrange au moment de m’élancer seul sur la Pamir Highway. J’étais triste que nos chemins se séparent car ce voyage, nous l’avions rêvé et pensé à deux, et en même temps, je dois avouer que je ressentais une réelle excitation à partir, seul, faire cette route dont je rêvais depuis des années.

J’ai donc re-parcouru les 180km déjà effectués dix jours plus tôt en trouvant de nouveau endroits de bivouac, dont un particulièrement agréable, au bord d’une rivière à 3500m.
Pendant un an, j’ai pédalé en me calant sur le rythme d’Elisabeth mais là, seul, j’ai eu du mal à trouver le mien. J’allais trop vite et me retrouvais essoufflé au milieu des côtes, souvent raides.
J’ai fait de plus longues journées de vélo, autour de 70-80km. Non pas que mes forces étaient décuplées mais plutôt que je raccourcissais les pauses, car tout seul…

La famille Tadjik qui nous a aidés lorsqu'Elisabeth n'allait pas.

La famille Tadjik qui nous a aidés lorsqu’Elisabeth n’allait pas.

Une fois repassé le premier col à 4 300m, je suis allé remercier une nouvelle fois la famille qui nous avait aidés quelques jours auparavant lorsqu’Elisabeth ne se sentait pas bien. J’ai ensuite poursuivi ma route malgré leur invitation à rester prendre le thé et manger, car derrière moi, l’orage menaçait… Il me faisait régulièrement sentir quelques gouttes et entendre son grondement lointain, ce qui me fît augmenter l’allure. J’ai donc rejoint aussi rapidement que possible, avec heureusement un vent favorable, la petite ville d’Alichur. Là-bas, deux jeunes Kirghizes d’une dizaine d’années m’ont tout de suite proposé de m’emmener vers une « gastinica », un genre de chambre d’hôte. Un dernier regard vers le ciel m’a convaincu de prendre cette chambre pour m’y reposer après cette journée harassante !

Alichur après l'orage.

Alichur après l’orage.

Une fois l’orage passé, je me suis baladé dans ce village à 3 800m d’altitude. Les enfants faisaient du vélo entre les maisons carrées, au toit plat, faites de briques de terre ; des yaks broutaient près d’un terrain de basket-ball, face à la mosquée. Ici la végétation est presque inexistante, alors près de chaque maison, on trouve des tas de bouses séchées pour alimenter les poêles en prévision de l’hiver qui, m’a-t-on dit, est souvent très rude : -40°C.

Le lendemain, le ciel avait retrouvé son bleu impeccable. J’ai alors longé la longue plaine verdoyante d’Alichur, le vent dans le dos. Ça et là des yourtes et leurs troupeaux, installés près des cours d’eau. Je me lançais ensuite dans une longue descente de plusieurs dizaines de kilomètres au milieu de grande montagnes rouges, vertes ou ocres. Le midi, pas moyen de me mettre à l’abri du vent. Je suis alors allé manger dans une yourte, en bord de route. Pâtes façon « plov », viande de yak, yaourt de lait de yak et thé à volonté pour quelques euros. L’intérieur de la yourte était tout ce qu’il y a de plus traditionnel, tapis au sol et sur les « murs » et poêle à bouse au centre. Et la famille, Kirghize, était également en habits traditionnels. La communauté Kirghize est très présente dans le massif du Pamir. L’ambiance était parfaite, à ceci près que je n’étais pas un invité mais un client… J’ai donc mangé seul sur une petite table alors que la famille prenait le repas au même moment.

Bivouac bucolique.

Bivouac bucolique.

A l’heure du bivouac, alors que je commençais à trouver le temps long, Nida et Dan, deux cyclistes anglais, sont arrivés et m’ont rejoint. C’est à ce moment que j’ai vraiment réalisé l’importance de voyager à deux (ou plus). Pouvoir partager ses impressions, ses humeurs, les choses qu’on a appréciées ou au contraire qui nous ont dérangées.

Le jour suivant nous avons donc roulé tous les trois jusque Murghab. Cette ville étape au bazaar fait de containers fût l’occasion pour moi de faire des provisions et pour eux de prendre un Home Stay pour s’y reposer.
J’ai donc poursuivi tout seul et l’après-midi a été des plus dur ! Violent vent de face sur des lignes droites interminables en légère montée ; autant dire que je ne suis pas allé bien vite. C’est épuisé , après plusieurs heures à 8 ou 9km/h, que j’ai enfin trouvé refuge à l’abri d’une maison en ruine.
Sans le savoir je m’étais installé à moins de 500m d’un groupe de quatre cyclos que j’ai rencontré le lendemain matin et avec qui j’ai ensuite roulé plusieurs jours jusqu’à Osh.
Anne et Ben, un couple franco-belge et Aina et Jordi, un couple espagnol. Pas pressés le matin et prenant leur temps l’après-midi, ils ont été la rencontre parfaite pour ralentir mon rythme quelques peu effréné des jours précédents.160725-pamir_204

Nous avons donc franchi ensemble plusieurs cols au-dessus de 4 000m. Nous avons découvert avec émerveillement les eaux bleues du lac Kara-Kul qui est la conséquence d’un impact de météorite il y a 25 millions d’années.

Nous avons bivouaqué dans des endroits très variés, un ancien caravansérail, une gravière ou encore l’enceinte d’une maison en ruine, mais qui avaient tous un point commun : ils nous abritaient du vent. Ce vent de face qui ne daignait se calmer qu’entre 22h et 10h… Voyager à cinq apporte également un plus en terme de cuisine ! Les classiques pâtes ou riz étaient alors agrémentées de sauces finement concoctées et parfois même d’une salade! Nous nous demandions même parfois comment nous faisions pour si bien manger avec le peu de nourriture disponible dans les rares petits magasins.

Derrière, le Pamir.

Derrière, le Pamir.

Je suis ravi d’avoir pu parcourir cette route mythique, l’une des plus hautes du monde mais je ne peux cependant pas cacher mon regret d’avoir eu si peu de réels contacts humains. La Pamir Highway est une route touristique et les habitants s’adaptent en conséquence. Certaines yourtes sont à quelques mètres de la route et proposent des repas et du thé tels de véritables petits restaurants. On imagine sans mal qu’il y a quelques années elles étaient installées bien plus haut dans la montagne, auprès des troupeaux de vaches, de yaks et de moutons. Les enfants crient des « hello » et des « atcouda ? » (d’où viens-tu?) amicaux mais réclament aussi des cadeaux, des Snikers ou même de l’argent. A refaire, je préfèrerai re-parcourir la Turquie, par exemple, où l’on faisait des rencontres sincères et touchantes.

Les photos parleront mieux que mes mots pour finir de décrire ces paysages malgré tout surprenants, hostiles et impressionnants que j’ai pu parcourir pendant dix jours.

A l’assaut des montagnes Tadjikes !

Après quatre jours reposants à Dushanbe, notre permit GBAO en poche (autorisation pour accéder à la région autonome du Haut Badakhchan), nous avons repris la route avec en ligne de mire les hautes montagnes du Tadjikistan et la fameuse Pamir Highway. Il s’agit de la seule route qui relie la Chine en traversant le massif des Pamirs. Elle fût construite au début du XXème siècle par l’Union Soviétique. C’est loin d’être une Highway (autoroute), c’est en réalité une route à moitié asphaltée qui passe par plusieurs cols à plus de 4 000m d’altitude. Il y a peu de circulation, simplement quelques voitures, 4×4 et camions mais surtout, beaucoup de cyclistes à cette époque de l’année!

Depuis la capitale, Dushanbe, il y a deux options. La route du nord, avec un col à plus de 3 000 mètres, et la route du sud, moins haute mais de 100km plus longue. Nous avons choisi celle du sud qui semble moins empruntée.

Si si, on a passé les 10 000km!

Si si, on a passé les 10 000km!

A Dushanbe, à l’hostel, nous avons rencontré et retrouvé plein de voyageurs en tous genre : à vélo, bien sûr mais aussi à moto, en 4×4, en stop. Des moyens de locomotions très différents mais tous avec la même idée en tête : aller parcourir la route du Pamir ! Nous y avons d’ailleurs retrouvé Lise et Baptiste, un couple de cyclos français rencontré quelques semaines plus tôt en Iran et parti depuis neuf mois de France.
Au soir du premier jour, ils nous ont rejoint à l’heure du bivouac. Nos rythmes de vie et de pédalage s’accordant, nous avons alors décidé de rouler quelques temps ensemble. Nouvelle expérience pour nous, voyager à plusieurs.

Lac artificiel de Nurak.

Lac artificiel de Nurak.

Jusqu’à la ville de Kulob, la route était en bon état, faite de montées progressives avec de superbes paysages, dont le lac artificiel de Nurak et ses eaux turquoises. Mais par contre, deux tunnels de plusieurs kilomètres de long… A peine étions-nous entrés dans le premier qu’une panne de courant nous a plongés dans le noir total pour les trois derniers kms… heureusement que nos frontales étaient bien chargées ! Comme pour compenser cet incident, nous nous sommes fait escorter dans le second par une voiture en feux de détresse ! La classe !

En haut du col à 2 000m.

En haut du col à 2 000m.

Après Kulob, il a été question de franchir un col à 2 000m. Première vraie difficulté de la Pamir Highway sous la chaleur et en bonne partie dans des pentes raides et dans les cailloux. Nous avions un sentiment de réconfort lorsque nous nous faisions parfois doubler par de gros camions qui semblaient galérer autant que nous ! Vitesse moyenne de la montée 4,8km/h…
Une fois en haut, après avoir engloutis une pastèque gentiment offerte pendant la pause devenue quotidienne entre 12h et 16h, nous avons entamé la descente. Nous pensions profiter d’une belle et longue descente jusqu’à la frontière afghane, mais c’était sans compter sur l’immense chantier, sur 50km, de la future nouvelle route auquel s’affairent des entreprises Chinoises, Turques et Iraniennes. Résultat : nous avons fait du VTT de

Descente dans la poussière...

Descente dans la poussière…

descente sur des vélos de voyage ! Slalom entre camions, tractopelles, trous, cailloux et le tout dans un épais nuage de poussière qui, au bout de plusieurs heures, se dissipe pour nous laisser découvrir les hauts sommets afghans et la vallée du Panj, la rivière qui délimite la frontière entre les deux pays. Superbe !

Épuisés par cette journée, nous avons trouvé, comme en récompense, un joli bivouac parmi les pistachiers. Cerise sur le gâteau, la possibilité de prendre une courte douche avec notre poche à eau et de nettoyer une bonne partie de la couche de poussière qui nous recouvrait!

Nous avons ensuite longé le Panj, cette large rivière impressionnante et déchaînée, pendant près de 400km jusqu’à la ville de Korogh. La route, à priori en pente légère, fût en fait une interminable succession de montées-descentes, souvent dans les cailloux. Encaissée entre d’immenses montagnes l’accès a été creusée dans la falaise.

Les Afghans creusent dans la roche pour y construire une piste...

Les Afghans creusent dans la roche pour y construire une piste…

Face à nous, les afghans semblent batailler pour faire de même ou pour dégager les éboulements. Mais eux creuses à la « main » et le chantier de cette piste le long du Panj semble démesuré au regard des moyens dont ils semblent disposer !

La route que nous avons empruntée nous a fait suivre les méandres de la rivière et nous a fait traverser de nombreux villages tadjiks, véritables oasis de verdure au milieu de montagnes minérales et arides. Ils étaient pour nous l’occasion d’une pause fraîcheur à l’ombre des grands arbres ou près d’un torrent. Nous cherchions aussi à nous y ravitailler dans les petits magasins souvent très mal approvisionnés. Et lorsque nous ne trouvions pas de pain, par exemple, il n’était pas rare qu’un tadjik nous en dégotte chez lui ou chez un voisin.

Des potagers bien fournis!

Des potagers bien fournis!

La vie dans ces villages tourne autour des potagers, des arbres fruitiers et des animaux de ferme. Ces villages sont d’ailleurs tout le temps construits à l’endroit où coulent les torrents qui descendent de la montagne. Nous avons été surpris d’y trouver une telle abondance de fruits et légumes ! Les grands potagers au bord de la rivière fournissent pommes de terre, choux, tomates, oignons et courges. Les vergers eux regorgent d’abricots, de pommes, de noix, de cerises et de « tutes » (genre de mûres mais sur un arbre). Nous avons pu découvrir tout cela au sein d’une famille qui nous a invités tous les quatre à passer la nuit chez eux. Le père de famille, très fier de son potager et de son verger en surplomb de la rivière, nous a fait faire une visite complète. Comme partout ailleurs, l’eau du torrent est canalisée pour irriguer les plantations et pour subvenir aux besoins des quatre générations de la famille.
Sans aucun doute le repas qu’ils nous ont servi venait tout droit de la production familiale. Ils nous ont d’ailleurs confirmés leur quasi autonomie alimentaire. Par nécessité, car les revenus sont très faibles, et car c’est une évidence pour eux de produire leur propre nourriture. Malheureusement, une nouvelle route va passer exactement dans leur verger qui est donc condamné à disparaître, alors que la famille le bichonne depuis plus de 200 ans, génération après génération…

Contemplation d'un village afghan.

Contemplation d’un village afghan.

Malgré l’isolement de la région que nous traversons, côté afghan, les villages paraissent être encore bien plus pauvres. Seule la rivière nous sépare de ce pays et nous pouvons donc observer leur mode de vie et parfois échanger quelques signes de main et des « hello ». Là-bas, pas de voitures, les gens se déplacent à moto ou à dos d’âne. A priori pas ou peu d’électricité et les maisons faites de terre semblent être d’une fragilité effrayante au regard des éboulements qui ont l’air de se produire régulièrement… Les habitants nous donnent l’impression de vivre en autonomie grâce aux animaux et aux terrains cultivés, parfois sur les pentes vertigineuses.

La vallée s'élargit, les champs aussi!

La vallée s’élargit, les champs aussi!

Après la ville de Vanj, à une centaine de kilomètres de Korogh, la vallée s’élargit et le Panj s’apaise pour former une sorte de grand lac. Les cultures s’étendent et la végétation en générale gagne du terrain. Le bruit assourdissant de la rivière déchaînée des jours précédents laisse place à un calme reposant. Seul le passages des camions et des 4×4 taxis qui se croient au Paris-Dakar viennent rompre le silence.

Ces dix derniers jours ont certainement été les plus sportifs de notre voyage. Mais le fait de voyager à quatre nous a indéniablement apporté une énergie supplémentaire pour affronter les cailloux et les pentes raides et atteindre Korogh, dernière ville étape avant de commencer l’ascension des Pamirs.

Problèmes administratifs, changements de plans et remise en question

To flight or not to flight…

To Flight or not to flight

To Flight or not to flight

L’un des piliers de notre voyage était de ne pas prendre d’avion. Aujourd’hui, pour plusieurs raisons, nous avons été amené à reconsidérer la chose, car notre demande de visa turkmène n’a pas abouti. Nous étions bloqués à Mashhad en Iran, aux portes du Turkménistan, sans autre solution réaliste que de voler jusqu’au Kazakhstan.

Je (Rémy) profite de cette occasion pour faire part de mon point de vue au sujet de ce moyen de transport.
Et je dois l’avouer, j’ai une certaine fascination pour ces appareils. Lorsque l’un d’eux me survole ou lorsque je passe à proximité d’un aéroport, je ne peux m’empêcher de les regarder et d’imaginer d’où ils viennent et où ils vont.
Et en même temps, ils me déplaisent tant par ce qu’ils représentent. La société du toujours plus vite, plus loin et plus souvent.

L’avion est donc pour moi un moyen de transport formidable. Cependant, comme bien d’autres inventions humaines, il est utilisé dans la démesure, sans le moindre début de réflexion sur les conséquences de son abus. Il est présenté comme un outil de liberté. La liberté de se déplacer rapidement, loin et souvent, à des prix de plus en plus dérisoires au regard de la quantité astronomique de carburant qu’il consomme. Liberté pour qui ? Pour les quelques pourcents de la population qui peuvent se le permettre.
Cette liberté n’est donc pas accessible pour une grande partie des femmes et des hommes qui vivent sur cette planète, ne serait-ce que pour une question de richesse. Et même si tout le monde avait les moyens de se payer des voyages en avion, le climat ne le supporterait pas. Je pense qu’aujourd’hui, il est important que chacun se pose la question de la pertinence de prendre l’avion pour ses vacances ou pour gagner quelques heures. Tout comme la pertinence de prendre la voiture, mais ce n’est pas le sujet…

Quand on ne fait plus de vélo, on perd les pédales !

Arrivée à l'aéroport d'Aktau, Kazakhstan

Arrivée à l’aéroport d’Aktau, Kazakhstan

Nous sommes donc arrivés par les airs à Aktau au Kazakhstan. Nous avons rejoint la superbe ville de Khiva en prenant trains et camions et en roulant un peu à vélo quand même. Bilan de ces transports : casques, ukulélé, compteur et phare du vélo cassés.
A Khiva, des soucis de santé (bienvenue en Ouzbékistan) nous ont contraints de rester quatre jours. Le temps d’admirer chaque carreau en céramique turquoise de la grande tour de la ville, mais surtout le temps pour nos esprits voyageurs de cogiter sur la suite à donner à notre périple.

Depuis trois semaines maintenant, nos esprits comme nos corps sont déboussolés et cherchent leur chemin.
Nous avons brinquebalé nos corps de Teheran à Mashhad pour revenir à Teheran prendre l’avion pour Aktau, puis le train jusqu’à Kungrad et des camions jusque Urgench. Un aller-retour à Khiva à vélo avant de reprendre un train, pour éviter un désert, qui nous ramène à Urgench avant de nous emmener à Navoiy. (voir notre itinéraire)

C'est où la sortie...?

C’est où la sortie…?

Dans nos têtes c’est un peu le même schmilblick, seuls les destinations changent. Où aller ? En Inde, en Chine, au Japon, en Mongolie, en Asie du Sud-Est, en Europe ? Et par quel route ? Par la Russie, par la Chine, le Kazakhstan ? Notre voyage a-t-il toujours un sens si ont choisi telle ou telle option ? Nos esprits sont en ébullition et le font savoir à nos corps. Un sentiment d’errance physique et mentale auquel nous devons mettre un terme si nous voulons continuer de profiter pleinement de notre voyage, aujourd’hui et maintenant.

Nous avons décidé de ne pas reprendre l’avion une seconde fois et donc de ne pas nous rendre en Inde pour le moment. Car en effet, il n’est pas possible actuellement de se rendre en Inde par voie terrestre, du moins par l’ouest. Il est impossible d’entrée au Pakistan et d’emprunter la mythique Karakoram Highway et la frontière entre la Chine et le Népal est fermée.

Pour entrer en Chine, comme le font la majorité des cyclos, il nous aurait fallu demander le visa à Teheran. A Bishkek (Kirgizistan) comme à Almaty (Kazakhstan), l’obtention semble quasiment impossible.

Après mûres réflexions et concertations, nous avons décidé de continuer notre voyage, mais d’en changer l’itinéraire. Nous avons étudié une route qui nous verrait traverser le Kazakhstan du sud au nord, prendre le Transsibérien de Omsk jusque Vladivostok en Russie. Ensuite, un ferry nous emmènerait jusqu’en Corée (du Sud !) puis au Japon.
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Cela faisait plusieurs mois que nous évoquions le Japon comme possible prolongation du voyage alors allons-y ! En allant vers ces contrées d’extrême Orient, nous espérons aussi retrouver des réseaux de protecteurs de semences, d’associations environnementales et des mouvements de transition que nous avions quelque peu perdu depuis plusieurs mois.

Nous publierons bien sûr, dans les jours à venir, un récit plus positif sur ce pays plein de surprises qu’est l’Ouzbékistan.

L’Arménie, petit pays mais grandes montagnes.

Depuis la Géorgie, pour nous rendre en Iran, nous avions le choix entre passer par l’Azerbaïdjan ou par l’Arménie. Nous avons opté pour l’Arménie pour deux raisons : pas besoin de visa (le visa pour l’Azerbaïdjan est en plus hors de prix) et nous préférons les montagnes à 4 000m que des centaines de kilomètres de plaine.

Nous sommes rentrés en Arménie le vendredi 25 mars par le poste frontière de Sadakhlo. A peine avions nous échangé nos derniers Lari Géorgiens en Drams Arménien que David, un militaire, nous invitait à prendre notre premier café arménien. Bienvenue en Arménie !

Nous avons choisi de prendre la route vers la ville de Vanadzor. Nous avons donc remonté une longue vallée très encaissée et traversé de nombreuses petites villes, qui au premier abord, ressemblent à des

Ville typique du nord de l'Armenie

Ville typique du nord de l’Armenie

friches industrielles. En cause, les vestiges de l’industrie de l’ex-URSS. Usines de taules rouillées, téléphériques abandonnés, … Mais ces citées ouvrières vivent toujours. De quoi ? On a du mal à le savoir. Nous avons été plusieurs fois surpris de voir que ce qui semblait être une usine à l’abandon était en fait une marbrerie en pleine activité…
La vie ne semble pas facile en Arménie mais avec nous, les Arméniens sont bien plus souriants que leur voisins Géorgiens. Les coups de klaxon, les « Hello ! » et les invitations accompagneront toute notre traversée du pays.
Ici, les voitures ne sont plus importées du Japon ou d’Europe comme en Géorgie. Ce sont bien souvent de vieilles Lada russes. Les camions et les bus semblent également avoir des millions de kilomètres au compteur !

Une fois passée la ville de Vanadzor, les choses sérieuses ont commencé. Nous sommes montés jusqu’au lac Sevan, à 1 900m d’altitude. Il s’agit d’un des plus grands lacs d’altitude du monde. Il est entouré de sommets à plus de 3 000m et surplombé de plusieurs monastères très bien conservés.
C’est au bord du lac que nous avons fait nos retrouvailles avec… la neige ! Heureusement hébergés dans un restaurant en compagnie de nos amis allemands cyclo Annett et Raimund, nous nous sommes réveillés un matin avec au sol pas moins de 15 cm de neige… Paysages grandioses garantis mais le pilotage du vélo devient plus acrobatique… Heureusement les véhicules adoptaient une conduite raisonnable.

Mais la neige et le froid nous ont également permis d’être invités par des gens. Pour un petit déjeuner, un café, une vodka ou même pour dormir. Jusqu’ici, nous avions bivouaqué dans la nature, dans une maison en construction ou près d’une station-service.
A Martouni, Gari et ses amis, nous hébergent dans l’ancienne maison familiale. Chauffée au poêle à bouses

Amis d'un soir

Amis d’un soir

(de vache), le confort est rudimentaire mais largement suffisant au regard de ce qu’aurait été une nuit sous la tente par -10°C ! D’autant que nos hôtes sont aux petits soins avec nous et nous offrent pain, fromage, yaourt, jus de pêche…tout fait maison, c’est une évidence !
En quittant Martouni, nous nous sommes lancés dans des ascensions de cols au dessus de 2 000m. Cinq ou six au total ! Nous pensions aux températures d’été lorsque nous nous retrouvions dans les petites tempêtes de neiges en haut des cols… L’hiver se fait long… L’Arménie est belle mais elle se mérite !

Nous nous sommes effectivement retrouvés plusieurs fois à plus de 2 000m sous la neige. Dans le col avant Goris, par exemple, nous avons dû batailler face au vent pendant plusieurs kilomètres, insupportable… sans parler de l’état exécrable de la route ! Et une fois la montée gravie, alors que nous nous réjouissions de la descente qui s’annonçait, un épais brouillard et la neige nous empêchaient d’y voir à plus de 20 mètres… Heureusement que cette fois-ci la route était à peu près lisse… C’est dans le cabanon d’un pompiste que nous avons trouvé refuge, lui demandant un café pour nous réchauffer.

De fil en aiguille, il nous a invité chez lui, à Goris, pour passer la nuit au chaud.

La vie de la famille se passe ici, de jour comme de nuit !

La vie de la famille se passe ici, de jour comme de nuit !

Nous avons alors été accueilli par Anouch dans la maison familiale. Au sous sol, le garage, la salle de bain et l’étable pour les deux vaches et le veau. A l’étage nous n’avons pu voir qu’une seule pièce. La pièce de vie. La seule chauffée. A notre arrivée, le fils et le mari faisaient la sieste, allongés autour du poêle à bois. Nous avons passé la soirée avec eux, regardant les centimètres de neige s’accumuler. Anouch courant dans tous les sens pour prendre soin de son mari et de son fils, pendant qu’eux, regardaient la télévision. Elle nous a préparé une omelette et servi du fromage, qu’elle a sorti du placard, pas de frigo ici et le fromage vient du lait de la vache.
Il nous a fallu améliorer encore un peu plus notre langage des signes pour communiquer…

Nous sommes repartis le lendemain sur 20cm de neige fraiche, pour nous trouver une chambre d’hôte que l’on nous avait conseillé. Et nous n’étions pas au bout de nos surprises. C’est Larisa, une dame d’un certain âge, qui nous a accueillis chez elle, dans son unique pièce à vivre également. Via le site Couchsurfing, elle héberge des voyageurs à un prix dérisoire, quelques euros. Elle nous a cuisiné de bons plats et nous avons croisé un voyageur néerlandais avec qui nous avons pu échangé des bons plans pour les pays à venir ; l’Iran pour nous et la Turquie pour lui. Nous avons passé la nuit dans le salon chauffé au poêle, où elle dort aussi.
Le lendemain, au moment de partir, Larisa lance à Elisabeth, sur un air plaintif : «  Ohhh Elisabeth Elisabeth vélocipède ohhh Elisabeth Elisabeth vélocipède ohhh ohhh ! ». Difficile pour les Arméniens et en particulier les gens âgés de comprendre nos motivations à faire ce voyage…

Reposés de cet épisode hivernal, il nous restait alors deux cols au dessus de 2 000m à franchir. Le premier nous a mené à Kapan en longeant la « frontière » avec le Haut-Karabagh, une région appartenant à l’Azerbaïdjan mais sous contrôle Arménien. Cette région est source de conflit meurtriers depuis près de 30 ans, depuis la chute de l’URSS. Les Arméniens nourrissent une haine féroce envers les Azeris à ce sujet. On imagine que de l’autre côté, c’est réciproque.

A Kapan, encore une fois la générosité des arméniens nous a permis de dormir au chaud et de bien nous reposer dans une station service.

Nous avions prévu de faire la dernière ascension sur deux jours pour monter jusqu’à 2 500m afin de ne pas nous épuiser. Mais c’était sans compter sur la rencontre d’Armen et ses amis…

Et une et deux et trois stop stop non merci !!! Bon ok ...

Et une et deux et trois stop stop non merci !!! Bon ok …

A l’entrée de Kadjaran, ils nous ont invités à leur pique-nique entre hommes. Rémy a bien essayé de refuser un à un les cinq verres de vodka… sans succès ! Armen nous a ensuite invité à dormir chez lui, ravi que nous rencontrions sa famille. En famille, ce sera certainement plus tranquille pensions-nous… Mais non, on remet ça autour d’un bon repas préparé par Mila, son épouse. Elisabeth ne coupe cette fois pas au Cognac !
Une soirée mémorable mais nous redoutons le dernier col arménien à franchir et ses 800m de dénivelé prévu le lendemain matin.

Mais aussi étrange que cela puisse paraître, la montée s’est finalement très bien passée malgré les gros pourcentages. Doucement mais surement, nous sommes arrivés en haut des 2 530m !
En descendant vers Meghri, nous sentions le printemps arriver. A chaque kilomètre parcouru, nous sentions la température augmenter. Fin de l’hiver !

 

De Batumi à Tbilissi, des hauts et des bas…

Première partie: tenter le visa iranien à Batumi

Le 28 février nous passons la frontière géorgienne et dès les premiers coups de pédales, le contraste est saisissant ! La 2×2 voies que nous suivions depuis Samsun se transforment en une route à double sens en très mauvais état. Des vitrines entières sont réservées à l’alcool, en particulier à la vodka. Les églises orthodoxes ont remplacé les mosquées. Et les géorgiens, au volant de leur grosses cylindrées, bien souvent abîmées, conduisent comme des dinguent en se doublant n’importe quand, en coupant les virages, etc… Bref, il va nous falloir faire preuve de vigilance !

Arrivés à Batumi, nous ne pensions y rester qu’un jour ou deux. Mais sur place nous retrouvons Alessandro, un cyclo franco-italien rencontré à Trabzon quelques jours auparavant. Il nous apprend qu’à priori, il serait possible d’obtenir le visa iranien au consulat sans lettre d’invitation (LOI). Pour obtenir une LOI, il faut contacter une agence de voyage iranienne et payer entre 30 et 40$ par personne. Et le tout prend entre 7 et 10 jours, sans garantie ensuite d’obtenir le visa iranien… Autant dire que nous sommes ouverts à toute autre proposition.
C’est pourquoi l’info d’Alessandro éveille notre curiosité. Après un passage par l’office du tourisme pour obtenir la bonne adresse (83 Parnavez Mepe – Batumi), nous nous rendons alors, sans trop y croire, au consulat le lundi en fin de matinée.
Un homme, la soixantaine, plutôt agréable, nous informe en quelques minutes… qu’on peut bien entendu faire la demande, qu’il n’y a aucun problème et, plus surprenant, qu’il n’a jamais entendu parlé de la LOI.
Après une concertation avec notre ami italien, nous retournons tous les trois au consulat pour engager les démarches. Une fois les formulaires remplis, on nous demande d’aller déposer 50€ en liquide pour chaque visa, sur un compte, dans une banque. Celle-ci est toute proche. A l’intérieur, de grands écrans affichent la liste de la cinquantaine de guichets et les numéros qui doivent s’y rendre. Entre les innombrables bureaux de changes et cette « banque à la chaîne », la circulation des différentes devises à Batumi nous laisse perplexes…
Mais malgré notre n°607, nous passons relativement vite et retournons au consulat juste avant sa fermeture, pour y déposer le reçu de la banque. Nous pensons alors que la demande de visa est envoyée.
Mais le lendemain matin, à 10h, on nous appelle pour nous dire qu’il y a un problème avec les photos. Il faut refaire les photos d’Elisabeth qui, malgré leur format biométrique ne correspondent pas. Le consulat demande des photos 3x4cm. Nous trouvons donc un « faux-tographe » qui règle l’affaire en 10 minutes, équipé d’un vieil appareil photo compact… Mais peu importe, cette fois au consulat tout le monde est content. Notre demande de visa est envoyée. Ne reste plus qu’à attendre… entre 3 et 6 jours.
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3 à 6 jours pendant lesquels nous visitons la ville de long en large. Une journée au Jardin Botanique, un tour en télécabine sur les hauteurs, une balade en bord de mer à observer au loin la partie de chasse des dauphins, les premiers accords de ukulélé pour Rémy… Bref nous arrivons vite à court d’idées. Nous rencontrons Clémence et Andres, un couple de cyclos franco-argentin, ici pour les mêmes raisons que nous. Mais eux décident de ne pas attendre le visa à Batumi et de partir vers l’Arménie par la route du sud. Ils reviendront plus tard en bus pour le récupérer.
Après plus d’une semaine dans cette ville très contrastée, entre hôtels de luxe, casino et quartiers « ex-URSS », nous allons récupérer nos visas au consulat, le lundi 7 mars. On nous demande d’y laisser nos passeports et de revenir dans deux heures. Décidément, ils aiment bien le suspens ! Nous en profitons alors pour préparer nos vélos dans l’optique de reprendre la route aussitôt. Une dernière surprise, et pas des moindres, nous attend au consulat. A la place des 30 jours demandés, notre visa iranien ne sera valable que 15 jours… Peut-être n’était-ce finalement pas une bonne affaire de se passer de la lettre d’invitation… Déçus par cette courte durée qui risque de compliquer notre séjour en Iran (car nous comptons y demander les visas d’Asie Centrale), nous relativisons cependant très vite, en repensant à la galère de tous ces migrants qui tentent de rejoindre l’Europe…
Les visas en poche, nous décidons d’emboiter le pas de nos amis cyclos franco-argentin et de prendre la route du sud qui passe par le col de Goderdzi, à 2 025m. Certains géorgiens nous disent que ça passe, d’autres qu’il y a trop de neige : on verra !

Deuxième partie : franchir un col à 2 025m début mars

J'écris ton nom...

J’écris ton nom…

Une fois quittée la piste cyclable le long de la mer, la sortie de Batumi s’avère être au moins aussi sportive que l’entrée. Nous zigzaguons entre les mini-bus, les voitures, les camions, les piétons et les vaches tout en évitant les énormes nids de poule… Puis, presque tout d’un coup, la route s’élève un peu, on rejoint le bord de la rivière et cette folie s’apaise.
Il fait beau, la route est en bon état, nous nous enfonçons dans la vallée. Les montagnes s’élèvent très rapidement de part et d’autre. Nous passons la première nuit de cette ascension en bord de rivière, sur le terrain d’un restaurant.
Le lendemain, nous continuons de monter tranquillement vers la petite ville de Khulo. Le calme de cette jolie vallée nous conforte dans notre choix d’avoir pris la route du sud. Celle du nord étant une 2×2 voies, certainement très passante.
Vers la mi-journée, nous connaissons notre première mauvaise rencontre avec un chien ! Après avoir voulu mordre les roues d’une voiture (c’est dire l’intelligence de la bête…), il se dirige vers nous visiblement pas amicalement, ses dents claquant à quelques centimètres des mollets d’Elisabeth. Nos cris le font reculer mais il revient alors vers les jambes de Rémy, puis s’attaque à l’une de ses sacoches arrières ! Il finit par lâcher prise. Bilan, un trou dans une sacoche et une belle frayeur ! Nous pestons, d’autant que nous apprendrons quelques heures plus tard, que notre ami italien a connu la même mésaventure !
Nous repartons armés de bâtons et de cailloux (des petits parce que ça monte !). Le calme de la vallée et ses sublimes paysages nous aident à oublier cet animal stupide.

On trinque avec notre ami Géorgien

On trinque avec notre ami Géorgien

Les derniers kilomètres avant Khulo s’avèrent plus pentus et nous demandons s’il est possible de poser la tente à des gens en bord de route. Amiran, un géorgien très communicatif, nous installe finalement sur le terrain de ses voisins, absents pour plusieurs jours.
Au coucher du soleil, nous apercevons Alessandro sur la route. Il nous rejoint pour passer la nuit.
Notre ami géorgien revient dans la soirée avec de la salade, du pain et du vin histoire de fêter ça ! Et ici, les verres de vin, on les boit cul-sec ! Nous passons alors un moment plutôt amusant à tenter de converser, en baragouinant quelques mots de russes et en vidant en quelques minutes le litre de vin de premier choix !

Au petit matin, nous repartons en compagnie d ‘Alessandro et décidons de franchir le col ensemble. Une fois le petit village de Khulo passé, la route asphaltée se termine et est remplacée par un chemin de cailloux en plus ou moins bon état. Nous longeons la rivière en pente douce et sommes doublés par de nombreux camions de chantiers, plus poussiéreux les uns que les autres. Il faut dire que le cours d’eau est en train d’être bétonné et dompté par la construction de plusieurs grands barrages… Nous assistons certainement là, à la disparition d’un coin de nature préservée…

Le temps est toujours au beau fixe et nous montons doucement mais surement dans la bonne humeur.

Dans la montée vers le Goderdzi Pass

Dans la montée vers le Goderdzi Pass

Nous traversons de petits villages qui semblent totalement isolés et dont les habitants nous regardent passer, d’un air plutôt perplexe. Plus nous montons, plus la neige se fait présente sur les bas côtés et plus on essaye de nous dire que, plus haut, la route est fermée… Mais nous repérons les traces fraiches de deux vélos, à coup sûr, celles de nos amis Clémence et Andres. Tant que nous ne les voyons pas redescendre, nous continuons !

Après plusieurs heures et 20 km de montée pas évidente dans les cailloux, nous nous retrouvons face à une route qui n’est plus dégagée. Un bon mètre de neige la recouvre !

Fin de la piste dégagée...

Fin de la piste dégagée…

Nous sommes à 1700m d’altitude, il en reste plus de 300 pour atteindre le col…
Réalistes, nous rebroussons chemin et nous dirigeons vers la petite station de ski aperçue quelques minutes auparavant, dans l’espoir de pouvoir y passer la nuit car le jour commence déjà à tomber.
Le personnel ne semble pas si surpris de nous voir et pour cause, Clémence et Andres était là la veille au soir… Comme eux, nous passons la nuit près du chalet de l’administration et à 10h du matin, embarquons les vélos dans la télécabine qui nous emmène presque au col. Nous avons de la chance dans notre galère car la station a ouvert ses portes pour la première fois cette saison. Sans ça, nous n’aurions pas eu d’autre choix que de redescendre jusque Batumi.

En haut de la remontée mécanique, nous nous retrouvons sur une piste de ski, sous le regard éberlué et amusé de quelques skieurs.
Il nous faut maintenant pousser les vélos dans la neige. Nous retrouvons rapidement les traces de nos amis, ce qui nous aide bien, tant pour avancer que pour garder le moral et se dire que ça passe. La neige est pour le moment assez dure, il ne faut pas trop trainer car le soleil monte et la difficulté de notre aventure risque d’aller en s’amplifiant. 06-caucaseMais tous trois amusé de cette situation hors du commun, nous prenons le temps d’immortaliser ces moments.
Une fois au col, à 2025m, nous pensons avoir fait le plus dur lorsqu’un homme sort d’un bâtiment qui semble être un hôtel. Il s’agit du gérant et il nous mitraille de photos avec son smartphone en nous expliquant qu’il nous reste 10km de descente dans la neige avant de retrouver la route ! On relativise, ce sera de la descente…
C’est alors parti pour près de 3h de galère à pousser les vélos dans une neige de plus en plus molle et humide. Les uns derrière les autres, tout monde roule dans la même trace et le fait d’être à plusieurs renforce notre motivation. De plus, la beauté et le calme des paysages alentours (petits chalets de bois entourés d’une neige immaculée), nous donne un peu de baume au cœur.

Et 7km de descente à pousser...

Et 7km de descente à pousser…

Au bout de plusieurs kilomètres, il nous faut franchir des ruisseaux, ce qui finit de tremper nos pieds ! Mais cette fonte de neige indique que nous sommes proche de la fin ! Et effectivement nous retrouvons rapidement un chemin de cailloux. Épuisés mais ravis de pouvoir remonter sur nos vélos, nous dévalons tant bien que mal les derniers kilomètres en lacets jusqu’à la route asphaltée.
Dans notre lancée nous descendons jusqu’à la ville d’Akhaltsikhé, 30km plus loin, afin de prendre une petite chambre d’hôtel bien méritée. Le soir, devant un kachapuri revigorant, nous nous remémorons, fiers, ces deux journées épiques !

Troisième partie : Prendre un train géorgien

Le lendemain, nous prenons la décision de nous rendre à Chaschuri, à 75km afin d’y prendre un train pour Tbilisi où les parents d’Elisabeth viennent nous rejoindre pour une semaine. Il va nous falloir y arriver avant 15h et sous la pluie… C’est chose faite à 14h45 !

Nous prenons nos billets de train en expliquant que nous avons des vélos : « niet problem ! ». Mais une fois sur le quai, la chanson n’est plus la même. On nous fait d’abord aller d’un côté puis de l’autre pour attendre le train au bon endroit. Le train arrive alors et nous constatons que le niveau du train est un mètre au dessus de celui du quai… Une agente arrive et commence à nous dire que ce n’est pas possible d’embarquer les vélos. Elisabeth meurt d’envie de lui répondre que nous venons de passer un col à 2 025m dans la neige et que donc, mettre deux vélos dans un train, ne devrait pas poser tant de problèmes que ça ! On nous emmène de l’autre côté du quai et nous sommes alors autorisé à monter à bord. Tous les agents de quai et du train s’énervent de la situation et nous également. Nous commençons à monter un vélo et des sacoches et le train se met à démarrer ! Rémy à l’intérieur, Elisabeth sur le quai avec les agents et le reste des affaires… Tout le monde crie et après quelques mètres, le train s’arrête. Cela à pour effet de motiver les agents à nous aider… en balançant nos sacoches dans le train… Quelques minutes plus tard, nous sommes enfin installés. Le chef du train, très antipathique, nous demande 10 lari (3,50€) supplémentaires, c’est soit disant le tarif pour les vélos.

Nous arrivons à Tbilisi, capitale de la Géorgie. Nous y avons passé une semaine en compagnie de la famille d’Elisabeth. Quelques jours bien revigorants à visiter cette ville très contrastée. D’un côté tournée vers l’ouest avec ses immeubles flambants neufs et des rues entières en rénovation et de l’autre, toujours un pied en URSS avec ses rues défoncées et ses quartiers d’habitations d’un autre temps. Tbilisi c’est aussi une gastronomie étonnante et plutôt qualitative, des musées intéressants, une circulation insupportable et des taxis à tous les coins de rue qui essayent de doubler les tarifs en permanence.

Bien reposés, nous allons maintenant prendre la direction de l’Arménie, du lac Sevan et des hautes montagnes.

Fin de la Turquie par les côtes de la Mer Noire

Depuis que nous avons quitté la Cappadoce, nous sommes passés par tous les temps. Soleil, pluie neige et par toutes les températures : de -10°C à Bogazilan à 25°C à Samsun !

Après une nuit à -10°C

Après une nuit à -10°C

Nous avons retrouvé « notre » 2×2 voies et ne l’avons plus quittée. Mais à Osmanpasa, le froid et la neige nous ont convaincus de tricher (un peu) et de prendre un bus pour faire 150km, en espérant trouver des conditions plus clémentes près de la Mer Noire.
Et effectivement, les conditions se sont nettement améliorées en terme de températures… par contre, la grisaille et la pluie ont fait leur apparition…

Arrivée dans la ville de notre ami

Arrivée dans la ville de notre ami

Nous nous sommes rendus à Merzifon où nous étions attendus par Mehmet et sa famille. Il est le frère d’Hamza, notre ancien propriétaire et ami, et sans grande surprise, nous avons été accueilli comme des rois !

Deux jours plus tard, après un bivouac sous les pins, c’est au tour d’Emire et Cevat, des amis d’Hamza, de nous offrir l’hospitalité pour deux jours à Samsun et de jouer les guides touristiques. Au programme, balade en ville et visite du musée d’Ataturk à qui la plupart des turcs vouent quasiment un culte !

Mustafa Kemal Ataturk

Mustafa Kemal Attaturk

Il est le personnage important du 20ème siècle en Turquie. Au sortir de la Première Guerre Mondiale et à la chute de l’empire Ottoman, après avoir vaincu les armées alliées, il proclame la République laïque de Turquie, donne le droit de vote aux femmes et remplace l’alphabet arabe par l’alphabet latin. Autant dire que sans lui, la Turquie aurait un tout autre visage aujourd’hui, certainement bien plus tourné vers le Moyen-Orient. Pendant nos deux mois en Turquie, nous avons vu dans presque chaque maison ou appartement un portrait de lui.

Reposés, nous attaquons donc la route qui longe la Mer Noire : une 2×2 voies, très circulante et truffée de tunnels. La plupart ne sont pas très longs, quelques centaines de mètres, mais quelques uns font 2 ou 3 kilomètres… Vraiment pas agréable ! Les montagnes tombant directement dans la mer, il est presque impossible de s’éloigner de la voie rapide sans se lancer dans une ascension… Le moindre espace à peu près plat est occupé et le béton gagne de plus en plus de terrain sur les collines et même sur la mer, comme par exemple l’aéroport de Giresun-Ordu construit sur un polder… Les bivouacs que nous avons fait ne resterons donc pas dans les annales.

Monts à plus de 3000m !

Monts à plus de 3000m !

Malgré tout, après Trabzon, nous avons franchi plusieurs rivières laissant découvrir de sublimes vallées avec en fond, des sommets enneigées au dessus de 3000 mètres. Pour sûr, de magnifiques randonnées à faire au printemps et à l’été !
Heureusement, nous avons régulièrement trouvé refuge via le réseau Warmshower ; chez Firdevs à Ordu, chez Emihan à Giresun ou encore chez Nurullah à Trabzon.

Avec Firdevs, première hôte feminine Warmshower !

Avec Firdevs, première hôte feminine Warmshower !

Tous étudiants ou travaillant à l’université, ils nous ont permis de mettre un pied dans leur monde, à cheval entre traditions, par leur accueil et leur hospitalité, et modernité. Un grand merci à eux pour nous avoir évité la pluie, le bruit de la route et pour avoir passé, à chaque fois de très sympathiques moments !

Après 500 km monotones, nous arrivons ainsi à Batumi, accueillis à la frontière par un « Bienvenue en Géorgie » de la part de la douanière.
C’est notre première frontière terrestre depuis septembre dernier et le changement est au rendez-vous !

Après les paysages oniriques de Cappadoce, nos appareils photos ont quelque peu boudé ceux de la route vers et le long de la Mer Noire. Car en effet, cette dernière tient son nom de la couleur que lui donne le gris du ciel… Par contre, ils ont pu immortaliser toutes les belles rencontres que nous avons encore fait et la nourriture turque que nous avons dégustée !


 

Petit bilan culinaire de nos pérégrinations turques

"Petit" déjeuner

On commence fort avec le petit déjeuner à la turque: pain, olives, fromage, omelette, œuf durs, sucuk ( saucisse turque), miel, tahin, confiture de betterave à sucre, börek et çay à volonté !


150228-trabzon184Le çay. Toute une histoire. Il nous aura sauvé des températures glaciales de l’hiver. Il est le prétexte à la rencontre. Mais attention, une fois que vous aurez atteint le seuil critique du 3/4 de verre, pas plus de 10 secondes et on vous en ressert un deuxième, un troisième… jusqu’à que vous sachiez dire stop ! Et là,  “vous n’aimez pas le thé ? ” ” non non, j’aime bien, mais là c’est trop… “


150228-trabzon169Le börek. On nous en a souvent servi fait-maison, pensant que cela mettait des heures à préparer !  Et bien non, c’est un empilement de Yufka, galette séchées préparées pendant l’été avec du fromage, viande ou autre. En camping c’est super pour remplacer les pâtes à la sauce tomate !


150228-trabzon174Le menemen ! Typique dans le nord de la Turquie. Ce n’est qu’un mélange de tomates, fromage et œuf, le résultat est surprenant !


150228-trabzon065Mais que sont ces formes violettes séchées ? Des aubergines ! Ils s’en servent pour faire des aubergines farcies, de la même façon que nos tomates farcies !


150228-trabzon167Les Hamsi, anchois de la mer noire. Roulés dans de la farine de mais, organisés dans une poêle adéquate, le tour est joué pour le plat le plus typique de la mer Noire !


150228-trabzon187La pide : véritable pizza turque, elle peut mesurer jusqu’à un mètre de long. Garnie de viande, sauce tomate ou fromage, elle est en général très bon marché!


Notre circuit culinaire ne s’est pas arrêté à cela : çig köfte (petites boulettes de viande épicée), yogurtlu tavuk kebab (viande de poulet recouverte de yaourt), soupe paysanne (yaourt, œuf, riz), kestane sekeri (châtaignes glacées), courge sucrée, ayran (boisson à base de yaourt, d’eau et de sel), …