L’Arménie, petit pays mais grandes montagnes.

Depuis la Géorgie, pour nous rendre en Iran, nous avions le choix entre passer par l’Azerbaïdjan ou par l’Arménie. Nous avons opté pour l’Arménie pour deux raisons : pas besoin de visa (le visa pour l’Azerbaïdjan est en plus hors de prix) et nous préférons les montagnes à 4 000m que des centaines de kilomètres de plaine.

Nous sommes rentrés en Arménie le vendredi 25 mars par le poste frontière de Sadakhlo. A peine avions nous échangé nos derniers Lari Géorgiens en Drams Arménien que David, un militaire, nous invitait à prendre notre premier café arménien. Bienvenue en Arménie !

Nous avons choisi de prendre la route vers la ville de Vanadzor. Nous avons donc remonté une longue vallée très encaissée et traversé de nombreuses petites villes, qui au premier abord, ressemblent à des

Ville typique du nord de l'Armenie

Ville typique du nord de l’Armenie

friches industrielles. En cause, les vestiges de l’industrie de l’ex-URSS. Usines de taules rouillées, téléphériques abandonnés, … Mais ces citées ouvrières vivent toujours. De quoi ? On a du mal à le savoir. Nous avons été plusieurs fois surpris de voir que ce qui semblait être une usine à l’abandon était en fait une marbrerie en pleine activité…
La vie ne semble pas facile en Arménie mais avec nous, les Arméniens sont bien plus souriants que leur voisins Géorgiens. Les coups de klaxon, les « Hello ! » et les invitations accompagneront toute notre traversée du pays.
Ici, les voitures ne sont plus importées du Japon ou d’Europe comme en Géorgie. Ce sont bien souvent de vieilles Lada russes. Les camions et les bus semblent également avoir des millions de kilomètres au compteur !

Une fois passée la ville de Vanadzor, les choses sérieuses ont commencé. Nous sommes montés jusqu’au lac Sevan, à 1 900m d’altitude. Il s’agit d’un des plus grands lacs d’altitude du monde. Il est entouré de sommets à plus de 3 000m et surplombé de plusieurs monastères très bien conservés.
C’est au bord du lac que nous avons fait nos retrouvailles avec… la neige ! Heureusement hébergés dans un restaurant en compagnie de nos amis allemands cyclo Annett et Raimund, nous nous sommes réveillés un matin avec au sol pas moins de 15 cm de neige… Paysages grandioses garantis mais le pilotage du vélo devient plus acrobatique… Heureusement les véhicules adoptaient une conduite raisonnable.

Mais la neige et le froid nous ont également permis d’être invités par des gens. Pour un petit déjeuner, un café, une vodka ou même pour dormir. Jusqu’ici, nous avions bivouaqué dans la nature, dans une maison en construction ou près d’une station-service.
A Martouni, Gari et ses amis, nous hébergent dans l’ancienne maison familiale. Chauffée au poêle à bouses

Amis d'un soir

Amis d’un soir

(de vache), le confort est rudimentaire mais largement suffisant au regard de ce qu’aurait été une nuit sous la tente par -10°C ! D’autant que nos hôtes sont aux petits soins avec nous et nous offrent pain, fromage, yaourt, jus de pêche…tout fait maison, c’est une évidence !
En quittant Martouni, nous nous sommes lancés dans des ascensions de cols au dessus de 2 000m. Cinq ou six au total ! Nous pensions aux températures d’été lorsque nous nous retrouvions dans les petites tempêtes de neiges en haut des cols… L’hiver se fait long… L’Arménie est belle mais elle se mérite !

Nous nous sommes effectivement retrouvés plusieurs fois à plus de 2 000m sous la neige. Dans le col avant Goris, par exemple, nous avons dû batailler face au vent pendant plusieurs kilomètres, insupportable… sans parler de l’état exécrable de la route ! Et une fois la montée gravie, alors que nous nous réjouissions de la descente qui s’annonçait, un épais brouillard et la neige nous empêchaient d’y voir à plus de 20 mètres… Heureusement que cette fois-ci la route était à peu près lisse… C’est dans le cabanon d’un pompiste que nous avons trouvé refuge, lui demandant un café pour nous réchauffer.

De fil en aiguille, il nous a invité chez lui, à Goris, pour passer la nuit au chaud.

La vie de la famille se passe ici, de jour comme de nuit !

La vie de la famille se passe ici, de jour comme de nuit !

Nous avons alors été accueilli par Anouch dans la maison familiale. Au sous sol, le garage, la salle de bain et l’étable pour les deux vaches et le veau. A l’étage nous n’avons pu voir qu’une seule pièce. La pièce de vie. La seule chauffée. A notre arrivée, le fils et le mari faisaient la sieste, allongés autour du poêle à bois. Nous avons passé la soirée avec eux, regardant les centimètres de neige s’accumuler. Anouch courant dans tous les sens pour prendre soin de son mari et de son fils, pendant qu’eux, regardaient la télévision. Elle nous a préparé une omelette et servi du fromage, qu’elle a sorti du placard, pas de frigo ici et le fromage vient du lait de la vache.
Il nous a fallu améliorer encore un peu plus notre langage des signes pour communiquer…

Nous sommes repartis le lendemain sur 20cm de neige fraiche, pour nous trouver une chambre d’hôte que l’on nous avait conseillé. Et nous n’étions pas au bout de nos surprises. C’est Larisa, une dame d’un certain âge, qui nous a accueillis chez elle, dans son unique pièce à vivre également. Via le site Couchsurfing, elle héberge des voyageurs à un prix dérisoire, quelques euros. Elle nous a cuisiné de bons plats et nous avons croisé un voyageur néerlandais avec qui nous avons pu échangé des bons plans pour les pays à venir ; l’Iran pour nous et la Turquie pour lui. Nous avons passé la nuit dans le salon chauffé au poêle, où elle dort aussi.
Le lendemain, au moment de partir, Larisa lance à Elisabeth, sur un air plaintif : «  Ohhh Elisabeth Elisabeth vélocipède ohhh Elisabeth Elisabeth vélocipède ohhh ohhh ! ». Difficile pour les Arméniens et en particulier les gens âgés de comprendre nos motivations à faire ce voyage…

Reposés de cet épisode hivernal, il nous restait alors deux cols au dessus de 2 000m à franchir. Le premier nous a mené à Kapan en longeant la « frontière » avec le Haut-Karabagh, une région appartenant à l’Azerbaïdjan mais sous contrôle Arménien. Cette région est source de conflit meurtriers depuis près de 30 ans, depuis la chute de l’URSS. Les Arméniens nourrissent une haine féroce envers les Azeris à ce sujet. On imagine que de l’autre côté, c’est réciproque.

A Kapan, encore une fois la générosité des arméniens nous a permis de dormir au chaud et de bien nous reposer dans une station service.

Nous avions prévu de faire la dernière ascension sur deux jours pour monter jusqu’à 2 500m afin de ne pas nous épuiser. Mais c’était sans compter sur la rencontre d’Armen et ses amis…

Et une et deux et trois stop stop non merci !!! Bon ok ...

Et une et deux et trois stop stop non merci !!! Bon ok …

A l’entrée de Kadjaran, ils nous ont invités à leur pique-nique entre hommes. Rémy a bien essayé de refuser un à un les cinq verres de vodka… sans succès ! Armen nous a ensuite invité à dormir chez lui, ravi que nous rencontrions sa famille. En famille, ce sera certainement plus tranquille pensions-nous… Mais non, on remet ça autour d’un bon repas préparé par Mila, son épouse. Elisabeth ne coupe cette fois pas au Cognac !
Une soirée mémorable mais nous redoutons le dernier col arménien à franchir et ses 800m de dénivelé prévu le lendemain matin.

Mais aussi étrange que cela puisse paraître, la montée s’est finalement très bien passée malgré les gros pourcentages. Doucement mais surement, nous sommes arrivés en haut des 2 530m !
En descendant vers Meghri, nous sentions le printemps arriver. A chaque kilomètre parcouru, nous sentions la température augmenter. Fin de l’hiver !

 

Géorgie et Arménie : bilan & conseils aux voyageurs

Nous avons passé un mois en Géorgie (275 km) et deux semaines en Arménie (675 km). Nous y étions en mars 2016.
05-caucaseDeux pays magnifiques de par leur géographie très montagneuse mais par conséquent, très physiques à parcourir à vélo. En Arménie nous avons franchi 6 cols au dessus de 2 000m.

Nous y sommes passés en fin d’hiver et certains cols étaient tout juste ouverts. Un autre, le Goderdzi Pass en Géorgie était lui toujours fermé. Nous avons cependant pu le passer au prix de longs kilomètres à pousser les vélos dans la neige…

Les cartes utilisées :
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ous avons utilisé la carte Reise du Caucase offerte par la Compagnie des Cartes. Elle couvre toute la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Dans ces deux pays, les routes praticables sont peu nombreuses et apparaissent donc toutes sur la carte. Les reliefs et petites villes sont correctement représentés, la plupart des cols sont indiqués, on devine facilement à quoi l’on doit s’attendre !

Les routes et le trafic routier :
Géorgie : nous avons peu roulé en Géorgie mais ce que l’on peut dire c’est que les géorgiens conduisent n’importe comment ! En ville notamment ! Les routes secondaires sont généralement en mauvais état mais évitent le contact avec les voitures. La route du Goderdzi Pass est en relativement bon état et agréable jusqu’à la petite ville de Khulo. Après, c’est l’aventure ! Une piste de cailloux… mais décors splendides.

A Tbilisi, le trafic est dense, les conducteur roulent selon leur propres règles, mais à vélo, nous nous sentions plus en sécurité en ville que sur les routes de campagnes. Les automobilistes sont prudents envers nous, ne roulent pas vite et les yeux bien ouverts !

Enfin la route entre Tbilisi et la frontière arménienne est très étroite, très passante et donc très dangereuse.
Arménie : l’état des routes n’est pas meilleur mais le trafic beaucoup moins important. Les véhicules sont beaucoup plus anciens et donc bien moins rapides.
Nous avons eu a passer quelques tunnels peu ou pas du tout éclairés. Celui qui permet d’arriver au lac Sevan est plus ou moins lumineux mais il monte en pente douce sur plusieurs kilomètres. Les conducteurs ralentissent dans les tunnels, certains camions sont parfois à l’arrêt et nous connaissons des cyclos qui ont du doubler des camions dans certains tunnels !
Globalement il faut se méfier des nombreux nids de poule qui ont mis nos vélos à rude épreuve.

Nous avons particulièrement aimé la route par le Goderdzi Pass qui relie Batumi à Tbilisi par le sud. Malgré la difficulté de cette aventure dans les cailloux et la neige, elle reste un super souvenir.
Rouler au bord du lac Sevan fut également très agréable. Enfin, chaque col en Arménie, malgré la difficulté des pentes parfois très fortes, nous ont ravi par leurs paysages.

Fin de la piste dégagée...

Fin de la piste dégagée…

La neige sur la route ne nous a pas posé de problème, le passage des voitures remplace le passage des déneigeuses et cela marche plutôt bien ! Un peu de neige au sommet de certains cols, il faut alors pousser un peu les vélos mais ça passe !

Infos pratiques cyclos :

  • Nous achetions de l’eau minérale ou filtrions l’eau que nous trouvions.
  • Les markets sont ouverts tous les jours.
  • Nous avons eu un incident avec un chien, sur la route vers Kuhlo : il a voulu s’en prendre à nos mollets avant de croquer l’une de nos sacoches arrières. Un ami cyclo a eu la même mésaventure quelques heures plus tard avec le même animal. Depuis, nous avons acheté une bombe au poivre dans un magasin de chasse.
  • Certains amis ont eu des soucis avec des chiens, aucun problèmes pour nous. Nous ralentissions à chaque approche de chiens agressifs ; ils comprennent que nous sommes des humains et stoppent net !
  • Internet : dans les villes on trouve assez facilement dans de petits restaurants mais dans les villages, ça devient difficile.
  • Nous avons pris le train entre Chaschuri et Tbilisi. Le personnel a été exécrable. Bien que nous ayons pris le soin de demander si les vélos posaient problème, ils ont failli nous refuser l’accès au train. Une fois à bord, nous avons dû payer un supplément de quelques euros soit disant pour le transport des vélos. Au guichet, l’hôtesse ne nous en avait pas parlé. Les vélos rentrent mais ils sont restés entre les sièges passager, heureusement que le train était vide !
  • Faire du camping sauvage est facile. Mais il ne faut pas hésiter à demander l’hospitalité, surtout en hiver lorsqu’il fait froid, les gens vous ouvrirons leur porte ou vous trouveront un endroit à l’abri. Les stations-essence sont toujours un lieu de refuge.
  • Peu, voir pas de Warmshower en Arménie. En Géorgie quelques uns dont Lado, à Tbilisi. Il est adorable et possède un magasin de vélo. Très pratique pour quelques réparations.
  • Oubliez l’anglais ! Apprendre quelques mots de russe s’est révélé être très pratique et convivial. D’autant que si vous allez vers l’Asie Centrale, ils vous resserviront là-bas.
  • Si on vous invite à manger en vous faisant un geste de « décapitation », pas de panique, cela veut simplement dire que vous mangerez plus qu’à votre faim ! ( nous avons mis un moment à comprendre ! )
  • Un geste de « pichenette » dans le cou ? Viens boire une vodka ! ( ce n’est JAMAIS une, mais au moins 5 ! )
Le kachapuri, plat traditionnel de la région d'Adjarie

Le kachapuri, plat traditionnel de la région d’Adjarie

Nourriture : En Géorgie et en Arménie, l’alcool coule à flots !

  • Après une journée d’efforts, arrêtez vous pour un Kachapuri : pain, fromage, œuf et beurre…
  • Profitez du vin et Cognac avant l’Iran !
  • La viande est très présente un peu partout.
  • Les plats sont toujours très (TRES) bien servi ! Ne faites pas comme Rémy, soyez modeste dans vos commandes.
  • En Géorgie il y a peu de variété en fruits et légumes mais c’est encore pire en Arménie. Et tout est importé, donc c’est cher.

Tourisme :

Géorgie :

  • Batumi artistique

    Batumi artistique

    A Batumi, une journée suffit pour apprécier une balade en bord de mer et se promener en centre ville. Prendre les télécabine n’a franchement aucun intérêt. Mais si comme nous vous faites votre visa iranien, allez flâner dans le Jardin Botanique à une dizaine de kilomètres du centre ville. Très grand et très agréable. Il suffit de prendre un bus depuis le port pour un ou deux Lari.

  • Tbilisi by night - Peace Bridge

    Tbilisi by night – Peace Bridge

    Tbilisi est une ville qui nous a beaucoup plu. Une capitale à taille humaine. Louer une salle privée dans les bains peut être très revigorant. Sinon flânez dans les petites rues du centre ville.

Arménie :

  • Le Lac Sevan est superbe à voir. Les trois monastères qui le surplombent ou le bordent méritent le détour.
  • Beaucoup de gens nous ont conseillés de nous rendre à Tatev (monastères, gorges) mais la neige nous en a empêché.

De Batumi à Tbilissi, des hauts et des bas…

Première partie: tenter le visa iranien à Batumi

Le 28 février nous passons la frontière géorgienne et dès les premiers coups de pédales, le contraste est saisissant ! La 2×2 voies que nous suivions depuis Samsun se transforment en une route à double sens en très mauvais état. Des vitrines entières sont réservées à l’alcool, en particulier à la vodka. Les églises orthodoxes ont remplacé les mosquées. Et les géorgiens, au volant de leur grosses cylindrées, bien souvent abîmées, conduisent comme des dinguent en se doublant n’importe quand, en coupant les virages, etc… Bref, il va nous falloir faire preuve de vigilance !

Arrivés à Batumi, nous ne pensions y rester qu’un jour ou deux. Mais sur place nous retrouvons Alessandro, un cyclo franco-italien rencontré à Trabzon quelques jours auparavant. Il nous apprend qu’à priori, il serait possible d’obtenir le visa iranien au consulat sans lettre d’invitation (LOI). Pour obtenir une LOI, il faut contacter une agence de voyage iranienne et payer entre 30 et 40$ par personne. Et le tout prend entre 7 et 10 jours, sans garantie ensuite d’obtenir le visa iranien… Autant dire que nous sommes ouverts à toute autre proposition.
C’est pourquoi l’info d’Alessandro éveille notre curiosité. Après un passage par l’office du tourisme pour obtenir la bonne adresse (83 Parnavez Mepe – Batumi), nous nous rendons alors, sans trop y croire, au consulat le lundi en fin de matinée.
Un homme, la soixantaine, plutôt agréable, nous informe en quelques minutes… qu’on peut bien entendu faire la demande, qu’il n’y a aucun problème et, plus surprenant, qu’il n’a jamais entendu parlé de la LOI.
Après une concertation avec notre ami italien, nous retournons tous les trois au consulat pour engager les démarches. Une fois les formulaires remplis, on nous demande d’aller déposer 50€ en liquide pour chaque visa, sur un compte, dans une banque. Celle-ci est toute proche. A l’intérieur, de grands écrans affichent la liste de la cinquantaine de guichets et les numéros qui doivent s’y rendre. Entre les innombrables bureaux de changes et cette « banque à la chaîne », la circulation des différentes devises à Batumi nous laisse perplexes…
Mais malgré notre n°607, nous passons relativement vite et retournons au consulat juste avant sa fermeture, pour y déposer le reçu de la banque. Nous pensons alors que la demande de visa est envoyée.
Mais le lendemain matin, à 10h, on nous appelle pour nous dire qu’il y a un problème avec les photos. Il faut refaire les photos d’Elisabeth qui, malgré leur format biométrique ne correspondent pas. Le consulat demande des photos 3x4cm. Nous trouvons donc un « faux-tographe » qui règle l’affaire en 10 minutes, équipé d’un vieil appareil photo compact… Mais peu importe, cette fois au consulat tout le monde est content. Notre demande de visa est envoyée. Ne reste plus qu’à attendre… entre 3 et 6 jours.
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3 à 6 jours pendant lesquels nous visitons la ville de long en large. Une journée au Jardin Botanique, un tour en télécabine sur les hauteurs, une balade en bord de mer à observer au loin la partie de chasse des dauphins, les premiers accords de ukulélé pour Rémy… Bref nous arrivons vite à court d’idées. Nous rencontrons Clémence et Andres, un couple de cyclos franco-argentin, ici pour les mêmes raisons que nous. Mais eux décident de ne pas attendre le visa à Batumi et de partir vers l’Arménie par la route du sud. Ils reviendront plus tard en bus pour le récupérer.
Après plus d’une semaine dans cette ville très contrastée, entre hôtels de luxe, casino et quartiers « ex-URSS », nous allons récupérer nos visas au consulat, le lundi 7 mars. On nous demande d’y laisser nos passeports et de revenir dans deux heures. Décidément, ils aiment bien le suspens ! Nous en profitons alors pour préparer nos vélos dans l’optique de reprendre la route aussitôt. Une dernière surprise, et pas des moindres, nous attend au consulat. A la place des 30 jours demandés, notre visa iranien ne sera valable que 15 jours… Peut-être n’était-ce finalement pas une bonne affaire de se passer de la lettre d’invitation… Déçus par cette courte durée qui risque de compliquer notre séjour en Iran (car nous comptons y demander les visas d’Asie Centrale), nous relativisons cependant très vite, en repensant à la galère de tous ces migrants qui tentent de rejoindre l’Europe…
Les visas en poche, nous décidons d’emboiter le pas de nos amis cyclos franco-argentin et de prendre la route du sud qui passe par le col de Goderdzi, à 2 025m. Certains géorgiens nous disent que ça passe, d’autres qu’il y a trop de neige : on verra !

Deuxième partie : franchir un col à 2 025m début mars

J'écris ton nom...

J’écris ton nom…

Une fois quittée la piste cyclable le long de la mer, la sortie de Batumi s’avère être au moins aussi sportive que l’entrée. Nous zigzaguons entre les mini-bus, les voitures, les camions, les piétons et les vaches tout en évitant les énormes nids de poule… Puis, presque tout d’un coup, la route s’élève un peu, on rejoint le bord de la rivière et cette folie s’apaise.
Il fait beau, la route est en bon état, nous nous enfonçons dans la vallée. Les montagnes s’élèvent très rapidement de part et d’autre. Nous passons la première nuit de cette ascension en bord de rivière, sur le terrain d’un restaurant.
Le lendemain, nous continuons de monter tranquillement vers la petite ville de Khulo. Le calme de cette jolie vallée nous conforte dans notre choix d’avoir pris la route du sud. Celle du nord étant une 2×2 voies, certainement très passante.
Vers la mi-journée, nous connaissons notre première mauvaise rencontre avec un chien ! Après avoir voulu mordre les roues d’une voiture (c’est dire l’intelligence de la bête…), il se dirige vers nous visiblement pas amicalement, ses dents claquant à quelques centimètres des mollets d’Elisabeth. Nos cris le font reculer mais il revient alors vers les jambes de Rémy, puis s’attaque à l’une de ses sacoches arrières ! Il finit par lâcher prise. Bilan, un trou dans une sacoche et une belle frayeur ! Nous pestons, d’autant que nous apprendrons quelques heures plus tard, que notre ami italien a connu la même mésaventure !
Nous repartons armés de bâtons et de cailloux (des petits parce que ça monte !). Le calme de la vallée et ses sublimes paysages nous aident à oublier cet animal stupide.

On trinque avec notre ami Géorgien

On trinque avec notre ami Géorgien

Les derniers kilomètres avant Khulo s’avèrent plus pentus et nous demandons s’il est possible de poser la tente à des gens en bord de route. Amiran, un géorgien très communicatif, nous installe finalement sur le terrain de ses voisins, absents pour plusieurs jours.
Au coucher du soleil, nous apercevons Alessandro sur la route. Il nous rejoint pour passer la nuit.
Notre ami géorgien revient dans la soirée avec de la salade, du pain et du vin histoire de fêter ça ! Et ici, les verres de vin, on les boit cul-sec ! Nous passons alors un moment plutôt amusant à tenter de converser, en baragouinant quelques mots de russes et en vidant en quelques minutes le litre de vin de premier choix !

Au petit matin, nous repartons en compagnie d ‘Alessandro et décidons de franchir le col ensemble. Une fois le petit village de Khulo passé, la route asphaltée se termine et est remplacée par un chemin de cailloux en plus ou moins bon état. Nous longeons la rivière en pente douce et sommes doublés par de nombreux camions de chantiers, plus poussiéreux les uns que les autres. Il faut dire que le cours d’eau est en train d’être bétonné et dompté par la construction de plusieurs grands barrages… Nous assistons certainement là, à la disparition d’un coin de nature préservée…

Le temps est toujours au beau fixe et nous montons doucement mais surement dans la bonne humeur.

Dans la montée vers le Goderdzi Pass

Dans la montée vers le Goderdzi Pass

Nous traversons de petits villages qui semblent totalement isolés et dont les habitants nous regardent passer, d’un air plutôt perplexe. Plus nous montons, plus la neige se fait présente sur les bas côtés et plus on essaye de nous dire que, plus haut, la route est fermée… Mais nous repérons les traces fraiches de deux vélos, à coup sûr, celles de nos amis Clémence et Andres. Tant que nous ne les voyons pas redescendre, nous continuons !

Après plusieurs heures et 20 km de montée pas évidente dans les cailloux, nous nous retrouvons face à une route qui n’est plus dégagée. Un bon mètre de neige la recouvre !

Fin de la piste dégagée...

Fin de la piste dégagée…

Nous sommes à 1700m d’altitude, il en reste plus de 300 pour atteindre le col…
Réalistes, nous rebroussons chemin et nous dirigeons vers la petite station de ski aperçue quelques minutes auparavant, dans l’espoir de pouvoir y passer la nuit car le jour commence déjà à tomber.
Le personnel ne semble pas si surpris de nous voir et pour cause, Clémence et Andres était là la veille au soir… Comme eux, nous passons la nuit près du chalet de l’administration et à 10h du matin, embarquons les vélos dans la télécabine qui nous emmène presque au col. Nous avons de la chance dans notre galère car la station a ouvert ses portes pour la première fois cette saison. Sans ça, nous n’aurions pas eu d’autre choix que de redescendre jusque Batumi.

En haut de la remontée mécanique, nous nous retrouvons sur une piste de ski, sous le regard éberlué et amusé de quelques skieurs.
Il nous faut maintenant pousser les vélos dans la neige. Nous retrouvons rapidement les traces de nos amis, ce qui nous aide bien, tant pour avancer que pour garder le moral et se dire que ça passe. La neige est pour le moment assez dure, il ne faut pas trop trainer car le soleil monte et la difficulté de notre aventure risque d’aller en s’amplifiant. 06-caucaseMais tous trois amusé de cette situation hors du commun, nous prenons le temps d’immortaliser ces moments.
Une fois au col, à 2025m, nous pensons avoir fait le plus dur lorsqu’un homme sort d’un bâtiment qui semble être un hôtel. Il s’agit du gérant et il nous mitraille de photos avec son smartphone en nous expliquant qu’il nous reste 10km de descente dans la neige avant de retrouver la route ! On relativise, ce sera de la descente…
C’est alors parti pour près de 3h de galère à pousser les vélos dans une neige de plus en plus molle et humide. Les uns derrière les autres, tout monde roule dans la même trace et le fait d’être à plusieurs renforce notre motivation. De plus, la beauté et le calme des paysages alentours (petits chalets de bois entourés d’une neige immaculée), nous donne un peu de baume au cœur.

Et 7km de descente à pousser...

Et 7km de descente à pousser…

Au bout de plusieurs kilomètres, il nous faut franchir des ruisseaux, ce qui finit de tremper nos pieds ! Mais cette fonte de neige indique que nous sommes proche de la fin ! Et effectivement nous retrouvons rapidement un chemin de cailloux. Épuisés mais ravis de pouvoir remonter sur nos vélos, nous dévalons tant bien que mal les derniers kilomètres en lacets jusqu’à la route asphaltée.
Dans notre lancée nous descendons jusqu’à la ville d’Akhaltsikhé, 30km plus loin, afin de prendre une petite chambre d’hôtel bien méritée. Le soir, devant un kachapuri revigorant, nous nous remémorons, fiers, ces deux journées épiques !

Troisième partie : Prendre un train géorgien

Le lendemain, nous prenons la décision de nous rendre à Chaschuri, à 75km afin d’y prendre un train pour Tbilisi où les parents d’Elisabeth viennent nous rejoindre pour une semaine. Il va nous falloir y arriver avant 15h et sous la pluie… C’est chose faite à 14h45 !

Nous prenons nos billets de train en expliquant que nous avons des vélos : « niet problem ! ». Mais une fois sur le quai, la chanson n’est plus la même. On nous fait d’abord aller d’un côté puis de l’autre pour attendre le train au bon endroit. Le train arrive alors et nous constatons que le niveau du train est un mètre au dessus de celui du quai… Une agente arrive et commence à nous dire que ce n’est pas possible d’embarquer les vélos. Elisabeth meurt d’envie de lui répondre que nous venons de passer un col à 2 025m dans la neige et que donc, mettre deux vélos dans un train, ne devrait pas poser tant de problèmes que ça ! On nous emmène de l’autre côté du quai et nous sommes alors autorisé à monter à bord. Tous les agents de quai et du train s’énervent de la situation et nous également. Nous commençons à monter un vélo et des sacoches et le train se met à démarrer ! Rémy à l’intérieur, Elisabeth sur le quai avec les agents et le reste des affaires… Tout le monde crie et après quelques mètres, le train s’arrête. Cela à pour effet de motiver les agents à nous aider… en balançant nos sacoches dans le train… Quelques minutes plus tard, nous sommes enfin installés. Le chef du train, très antipathique, nous demande 10 lari (3,50€) supplémentaires, c’est soit disant le tarif pour les vélos.

Nous arrivons à Tbilisi, capitale de la Géorgie. Nous y avons passé une semaine en compagnie de la famille d’Elisabeth. Quelques jours bien revigorants à visiter cette ville très contrastée. D’un côté tournée vers l’ouest avec ses immeubles flambants neufs et des rues entières en rénovation et de l’autre, toujours un pied en URSS avec ses rues défoncées et ses quartiers d’habitations d’un autre temps. Tbilisi c’est aussi une gastronomie étonnante et plutôt qualitative, des musées intéressants, une circulation insupportable et des taxis à tous les coins de rue qui essayent de doubler les tarifs en permanence.

Bien reposés, nous allons maintenant prendre la direction de l’Arménie, du lac Sevan et des hautes montagnes.