Turquie : bilan & conseils aux voyageurs

Nous avons passé deux mois en Turquie et avons fait 2 050 km (voir la carte de notre itinéraire). Nous y étions les mois de janvier et février 2016.

L'Imam et son épouse

L’Imam et son épouse

La Turquie… Selon l’actualité, c’est la guerre dans la partie sud-est du pays et la crise des réfugiés… Mais pour notre part, nous l’avons vécue comme un pays au paysages variés, souvent superbes, très froid en hiver, où les gens sont souriants et très accueillants.

Les cartes utilisées :
N
ous avons utilisé pour la partie ouest du pays la carte “ITM de la Turquie Ouest au 1/550 000ème” offerte par La Compagnie des Cartes. Elle précise bien les reliefs, kilométrages et petits villages, fort utiles en fin de journée pour tenter de se faire héberger. La typographie est assez différente de nos cartes habituelles, mais on s’y habitue vite. Le problème ; passé un tiers du pays, il nous faut trouver une autre carte, car celle ci s’arrête !
C’est alors un petit atlas que nous trouvons, le XXX plus précis que la carte précédente.Toute les routes asphaltées sont présentes mais il manque une vue d’ensemble du pays pour apprécier des distances.

Les routes et le trafic routier :
160205-goreme11La plupart des routes sont de larges 2×2 deux voies, en très bon état. Un peu impressionnant au début mais les cyclos que nous sommes se sentent vite en sécurité car la « bande d’arrêt d’urgence » est très large. On peut même rouler côte à côte. Le long de la mer Noire les tunnels se succèdent. On peut parfois y échapper par l’ancienne route. Mais globalement, les automobilistes ralentissent dans les tunnels.
Le trafic est assez dense sur les axes principaux, entre les grandes villes mais beaucoup plus tranquille ailleurs. Sur les petites routes d’Anatolie les routes sont quasiment désertes.

160205-goreme07Nous avons particulièrement aimer rouler sur les petites routes entre Eskisehir et la Cappadoce en passant par le Tuz Golu (grand lac de sel au centre de la Turquie).
Par contre la côte de la Mer Noire entre Samsun et la frontière géorgienne est ennuyeuse, dangereuse et il y est difficile de trouver des endroits pour bivouaquer.

Infos pratiques cyclos :

  • Nous achetions de l’eau minérale, l’eau disponible aux abords des mosquées était potable.
  • Les mosquées sont d’ailleurs signe de présence de toilettes et également de lieu pour dormir en cas de mauvais temps ! Ne pas hésiter à y demander l’hospitalité dans les villages voire les petites villes.
  • Il est très facile de se procurer de l’eau chaude si vous avez un thermos, car les turcs en font chauffer en permanence pour le thé.
  • Les markets sont ouverts tous les jours.
  • Les chiens n’ont pas été agressifs avec nous, même s’ils sont impressionnants, ils n’ont jamais rien fait d’autre que d’aboyer.
  • Internet : c’est encore assez facile de trouver une connexion, parfois au milieu de rien un petit café en aura une.
  • Prendre un bus ou un train avec les vélos se fait bien. Un petit supplément au chauffeur est demandé… Ne pas hésiter à essayer de négocier.
  • Après une nuit à -10°C

    Après une nuit à -10°C

    Faire du camping sauvage est facile. Avec l’accord des locaux, on peut poser la tente au pied des maisons sans problème ! Mais surtout, les stations essences truques sont vos amis ! De véritables caravansérail des temps modernes.

  • Les turcs sur Warmshower sont très réactifs dans la mesure où vous les contactez directement par téléphone. Le groupe Warmshower Turquie sur Facebook peut aussi vous sauvez la mise.
  • La communication en anglais n’est pas évidente, surtout hors des villes. Apprendre quelques mots de turcs s’est révélé être très pratique et convivial.
"Petit" déjeuner

“Petit” déjeuner

Nourriture : Les turcs sont les rois des petits déjeuner !

  • Le halva nous a sauvé du froid de l’hiver. C’est une pâte de sésame qui se révèle très énergétique.
  • Il faut gouter au Salep, la boisson à base de bulbe d’orchidée. Original et réconfortant !
  • La viande est très présente un peu partout
  • voir notre article où nous parlons de la nourriture en Turquie.

Fin de la Turquie par les côtes de la Mer Noire

Depuis que nous avons quitté la Cappadoce, nous sommes passés par tous les temps. Soleil, pluie neige et par toutes les températures : de -10°C à Bogazilan à 25°C à Samsun !

Après une nuit à -10°C

Après une nuit à -10°C

Nous avons retrouvé « notre » 2×2 voies et ne l’avons plus quittée. Mais à Osmanpasa, le froid et la neige nous ont convaincus de tricher (un peu) et de prendre un bus pour faire 150km, en espérant trouver des conditions plus clémentes près de la Mer Noire.
Et effectivement, les conditions se sont nettement améliorées en terme de températures… par contre, la grisaille et la pluie ont fait leur apparition…

Arrivée dans la ville de notre ami

Arrivée dans la ville de notre ami

Nous nous sommes rendus à Merzifon où nous étions attendus par Mehmet et sa famille. Il est le frère d’Hamza, notre ancien propriétaire et ami, et sans grande surprise, nous avons été accueilli comme des rois !

Deux jours plus tard, après un bivouac sous les pins, c’est au tour d’Emire et Cevat, des amis d’Hamza, de nous offrir l’hospitalité pour deux jours à Samsun et de jouer les guides touristiques. Au programme, balade en ville et visite du musée d’Ataturk à qui la plupart des turcs vouent quasiment un culte !

Mustafa Kemal Ataturk

Mustafa Kemal Attaturk

Il est le personnage important du 20ème siècle en Turquie. Au sortir de la Première Guerre Mondiale et à la chute de l’empire Ottoman, après avoir vaincu les armées alliées, il proclame la République laïque de Turquie, donne le droit de vote aux femmes et remplace l’alphabet arabe par l’alphabet latin. Autant dire que sans lui, la Turquie aurait un tout autre visage aujourd’hui, certainement bien plus tourné vers le Moyen-Orient. Pendant nos deux mois en Turquie, nous avons vu dans presque chaque maison ou appartement un portrait de lui.

Reposés, nous attaquons donc la route qui longe la Mer Noire : une 2×2 voies, très circulante et truffée de tunnels. La plupart ne sont pas très longs, quelques centaines de mètres, mais quelques uns font 2 ou 3 kilomètres… Vraiment pas agréable ! Les montagnes tombant directement dans la mer, il est presque impossible de s’éloigner de la voie rapide sans se lancer dans une ascension… Le moindre espace à peu près plat est occupé et le béton gagne de plus en plus de terrain sur les collines et même sur la mer, comme par exemple l’aéroport de Giresun-Ordu construit sur un polder… Les bivouacs que nous avons fait ne resterons donc pas dans les annales.

Monts à plus de 3000m !

Monts à plus de 3000m !

Malgré tout, après Trabzon, nous avons franchi plusieurs rivières laissant découvrir de sublimes vallées avec en fond, des sommets enneigées au dessus de 3000 mètres. Pour sûr, de magnifiques randonnées à faire au printemps et à l’été !
Heureusement, nous avons régulièrement trouvé refuge via le réseau Warmshower ; chez Firdevs à Ordu, chez Emihan à Giresun ou encore chez Nurullah à Trabzon.

Avec Firdevs, première hôte feminine Warmshower !

Avec Firdevs, première hôte feminine Warmshower !

Tous étudiants ou travaillant à l’université, ils nous ont permis de mettre un pied dans leur monde, à cheval entre traditions, par leur accueil et leur hospitalité, et modernité. Un grand merci à eux pour nous avoir évité la pluie, le bruit de la route et pour avoir passé, à chaque fois de très sympathiques moments !

Après 500 km monotones, nous arrivons ainsi à Batumi, accueillis à la frontière par un « Bienvenue en Géorgie » de la part de la douanière.
C’est notre première frontière terrestre depuis septembre dernier et le changement est au rendez-vous !

Après les paysages oniriques de Cappadoce, nos appareils photos ont quelque peu boudé ceux de la route vers et le long de la Mer Noire. Car en effet, cette dernière tient son nom de la couleur que lui donne le gris du ciel… Par contre, ils ont pu immortaliser toutes les belles rencontres que nous avons encore fait et la nourriture turque que nous avons dégustée !


 

Petit bilan culinaire de nos pérégrinations turques

"Petit" déjeuner

On commence fort avec le petit déjeuner à la turque: pain, olives, fromage, omelette, œuf durs, sucuk ( saucisse turque), miel, tahin, confiture de betterave à sucre, börek et çay à volonté !


150228-trabzon184Le çay. Toute une histoire. Il nous aura sauvé des températures glaciales de l’hiver. Il est le prétexte à la rencontre. Mais attention, une fois que vous aurez atteint le seuil critique du 3/4 de verre, pas plus de 10 secondes et on vous en ressert un deuxième, un troisième… jusqu’à que vous sachiez dire stop ! Et là,  “vous n’aimez pas le thé ? ” ” non non, j’aime bien, mais là c’est trop… “


150228-trabzon169Le börek. On nous en a souvent servi fait-maison, pensant que cela mettait des heures à préparer !  Et bien non, c’est un empilement de Yufka, galette séchées préparées pendant l’été avec du fromage, viande ou autre. En camping c’est super pour remplacer les pâtes à la sauce tomate !


150228-trabzon174Le menemen ! Typique dans le nord de la Turquie. Ce n’est qu’un mélange de tomates, fromage et œuf, le résultat est surprenant !


150228-trabzon065Mais que sont ces formes violettes séchées ? Des aubergines ! Ils s’en servent pour faire des aubergines farcies, de la même façon que nos tomates farcies !


150228-trabzon167Les Hamsi, anchois de la mer noire. Roulés dans de la farine de mais, organisés dans une poêle adéquate, le tour est joué pour le plat le plus typique de la mer Noire !


150228-trabzon187La pide : véritable pizza turque, elle peut mesurer jusqu’à un mètre de long. Garnie de viande, sauce tomate ou fromage, elle est en général très bon marché!


Notre circuit culinaire ne s’est pas arrêté à cela : çig köfte (petites boulettes de viande épicée), yogurtlu tavuk kebab (viande de poulet recouverte de yaourt), soupe paysanne (yaourt, œuf, riz), kestane sekeri (châtaignes glacées), courge sucrée, ayran (boisson à base de yaourt, d’eau et de sel), …

Kapadokya : çok güzel!

Nous avons passés près d’une semaine dans l’incroyable région de la Cappadoce. Entre volcans, canyons, cheminées de fées, habitations troglodytes et villes souterraines… Nous avons eu droit au soleil, aux nuages et à la neige, de quoi profiter de différentes lumières.


160207-kapadokya003Dès que nous quittons la ville d’Aksaray, le paysage change totalement. Nous passons d’une immense plaine à des montagnes rougeoyantes.


160207-kapadokya020Et quelques kilomètres plus loin, des formes étranges apparaissent entre les habitations…


160207-kapadokya031En prenant de la hauteur, on se rend compte de la géologie très particulière de la région.


A droite, le Hasan Dagi : un des volcans à l'origine de la formation de la CappadoceA droite, le Hasan Dagi : un des volcans à l’origine de la formation de la Cappadoce.


Village d'Ihlara au pied du Hasan DagiLe petit village d’Ihlara au pied du Hasan Dagi.


Ville souterraine de DerinkuyuLa région regorge de villes souterraines. Ici, celle de Derinkuyu qui descend à 85 mètres sous terre.


Ville souterraine de DerinkuyuUn véritable labyrinthe sous-terrain qui servait à se cacher des attaques ennemies.

kapadokya083Premiers pas dans les Vallées Rouge et Rose.


kapadokya086La nature, par l’intermédiaire de l’érosion, a sculpté le tuf, lui donnant de surprenantes formes.


kapadokya093Puis l’Homme y a ajouté sa patte : pigeonniers, grottes…

Un des nombreux tunnels de la vallée roseUn des nombreux tunnels de la vallée Rose : naturels?


kapadokya113L’érosion se poursuit inexorablement, vouant ces formations rocheuses à disparaître!


kapadokya121Les noms des vallées changent au gré des variations de couleur.


Köpek, notre compagnon d'un jourKöpek, notre compagnon d’un jour.


Eglise troglodyteSculptées dans la roche, on découvre de nombreuses églises troglodytes!


kapadokya142Les cavités permettent de sympathiques photos.


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Rose ValleyCappadocia Selfie!


kapadokya157Petite pause bien méritée après de longues heures de marche.

Vue sur Göreme

Sur les hauteurs de Göreme. Petite ville touristique au cœur du Parc. Malgré tout, les dizaines d’hôtels et restaurants se fondent plutôt bien dans le paysage.


Habitations troglodytes

Au pied de la forteresse d’Uçhisar, véritable gruyère de roche.


Impressionnante Pigeon Valley

Impressionnante Pigeon Valley au pied de la forteresse d’Uçhisar.


Impressionnante Pigeon Valley

Elle doit son nom aux innombrables pigeonniers creusés dans les falaises de tuf. Les habitants utilisaient les fientes des pigeons pour fertiliser la terre, très pauvre dans cette région.


Impressionnante Pigeon Valley

Certains sentiers, au bord du canyon, sont quelque peu vertigineux.


Love Valley...

La Love Valley. On vous laisse imaginer d’où vient ce nom…


Dernier jour sous la neige

Notre dernier jour en Cappadoce, la neige ajoute sa touche personnelle…


La chaleur de l’hiver anatolien

Mercredi 20 janvier, nous quittons Iznik, petite ville chargée d’histoire et riche de nombreux sites historiques et archéologiques. Elle est également réputée pour sa céramique, qui orne d’ailleurs l’un de ses minarets, et pour posséder l’arbre le plus vieux de Turquie : 1360 ans ! Nous remercions Soner de nous avoir permis de découvrir tout ça.

Nous partons sous le soleil mais les températures ont bien chuté. Nous laissons derrière nous les rives du lac d’Iznik et commençons à prendre de l’altitude pour nous rendre en quelques jours à Eskisehir, aux portes de l’Anatolie.

160205-goreme11Nous roulons presque sans discontinuer sur la large bande d’arrêt d’urgence d’une 2 x 2 voies où, malgré le trafic plutôt dense, nous nous sentons en sécurité. Pendant quelques jours, la neige se met à tomber par intermittence. L’humidité ambiante renforce la sensation de froid mais plusieurs fois par jour, les turcs nous offrent le thé pour nous réchauffer ! De plus nous ne dormons jamais dehors ! Une nuit dans une station-service, une autre dans une mosquée, l’hospitalité ici est quelque chose de sacrée !

Après ces quelques jours de mauvais temps, nos vélos sont plus sales que jamais et impossible de les nettoyer, les stations de lavages sont hors service à cause des températures autour de -10°C ! Tant pis, ils devront patienter.160205-goreme13
Pour notre part, nous sommes hébergés à Eskisehir par Gökhan et son frère, du réseau Warmshower, qui nous invitent dans un restaurant kurde, leur région d’origine. C’est le ballet des plats et l’art de multiplier les mets les plus simples.

Nous reprenons la route après une journée de pause, direction l’Anatolie, les petites routes et le froid hivernal !

Effectivement, sans surprise, les températures sont plus que froides. Nous passons alors les journées à pédaler et dès que nous nous arrêtons, il faut bouger !! Heureusement, les soupes dans les stations-services ne sont qu’à 3TL (1 euro) et nous réchauffent.
Nous passons la nuit la plus froide (-15degrès) dans un hôtel en bord de route.

Le 26 janvier, nous nous enfonçons un peu plus dans les terres et quittons la voie rapide à Emirdag. Nous roulons alors vers le Tuz Gölü (lac de sel) en passant par de petits villages. Certains sont complètement abandonnés, d’autres paraissent à moitié vides. Nous apprenons alors au fil des rencontres que la plupart des habitants sont partis en Europe. « Mon cousin est en France, à Lyon » « Je suis revenu pour les vacances voir ma famille, je travaille à Copenhague depuis 22 ans ! ». L’exode rural ici se fait à l’international !

L'Imam et son épouse

L’Imam et son épouse

Le soir nous trouvons refuge dans la mosquée d’un village. Un couple d’habitants nous autorise à dormir à l’intérieur et nous informe que l’Imam revient le lendemain matin. Qu’à cela ne tienne, nous nous installons dans la pièce voisine à la salle de prière, un peu gênés mais au chaud. Le soir Hasan et sa femme reviennent nous voir et nous apportent pain, olives, omelette et bien sur du thé ! Nous les regardons, surpris, installer le repas à même le sol de la mosquée. En quelques instants nous comprenons qu’ici, la mosquée est avant tout un lieu de vie ouvert à tous et la gêne que nous ressentions d’occuper un lieu de culte s’envole.
Le lendemain matin, 6h, l’heure de l’ezan, l’appel à la prière. Quelques secondes avant qu’il retentisse, l’Imam ouvre la porte et nous trouvant emmitouflés dans nos sacs de couchage, nous salue. Cinq minutes plus tard, il revient et nous prie de venir chez lui au chaud. En déjeunant avec lui et son épouse, il nous explique sa surprise de nous avoir trouvé dans la mosquée et s’excuse de n’avoir pas été là la veille au soir, pour nous faire dormir chez lui. Nous repartons sur une route blanche, pleins de bonnes énergies.

Les paysages alentours nous dépaysent totalement ! A perte de vue, des champs vides de toute construction humaine. Les routes sont quasi désertes et plates. Dès que nous croisons une voiture (bien souvent des Renault 9 autrement appelées Renault Broadway !), nous avons droit à un coup de klaxon et des signes amicaux à travers le pare-brise.
Entre deux voitures nous profitons du silence, nous écoutons les oiseaux voler et entendons même les souris en bord de route !

Petite ville de Yunak

Petite ville de Yunak

Nous passons un petit col enneigé pour basculer sur la ville de Yunak. Nous nous renseignons à la mairie pour trouver un endroit pour dormir. Ici on ne fait pas dans la demie mesure : en cinq minutes, on nous réserve une petite chambre d’hôtel pour la nuit.
Malgré les prévisions météo, la neige fait son retour. En une matinée, nous nous ferons offrir le thé dans quatre stations-service différentes !
A Sülüklü, une petite ville au milieu de nulle part, nous sommes hébergés dans une salle adjacente à la mosquée, tout naturellement, comme si c’était normal.

Le 29 janvier, nous approchons du Tuz Gölü, espérant voir de grandes étendues de sel.
Nous nous arrêtons dans la ville précédente, Cihanbeyli. Nous cherchons un endroit pour dormir et Rémy, attiré par une table de pique-nique propose de monter sur la colline. Un petit 15% de montée et nous apercevons des femmes faisant cuire du pain dans leur four. A peine posons-nous le pied à terre que la mère de famille nous offre à chacun un pain et une moitié de pizza tout juste sorti du four. Nous demandons alors si nous pouvons poser notre tente ici, « non non non, vous dormirez chez mon voisin qui parle un peu français ! ».

Mustafa et sa famille

Mustafa et sa famille

Et nous voilà chez Mustafa et sa famille pour la soirée ! Il possède les terres aux alentours et fait pousser du blé. La région semble effectivement être le grenier à blé du pays. On y cultive également des betteraves à sucre. Sur la route, de nombreux panneaux à l’effigie de Monsanto, Syngenta et Cie ne nous permettent pas de douter quant au type d’agriculture pratiquée ici… (Même dans un café d’un village il y avait une « belle » et grande affiche Monsanto à côté des photos de tracteurs). Nous passons un très bon moment avec Mustafa et sa famille, les enfants se montrants très curieux. Ici aussi, beaucoup sont partis en France, en Belgique, en Allemagne etc. pour travailler. Lorsque l’on nous en parle, on ressent chez ceux restés ici, une pointe d’amertume…

Après un très bon petit déjeuner, nous roulons excités par le phénomène naturel que nous allons découvrir. Mais le lac de sel alors tant attendu se fait désirer au fur et à mesure des kilomètres de « désert ». Après chaque grande colline franchie nous nous attendons à le voir apparaitre. Toujours rien.

Le soir nous cherchons de nouveau un endroit pour dormir abrités, d’autant que le ciel est menaçant. Encore chanceux, un homme nous voyant hésiter, nous alpague depuis sa voiture et nous parle en Allemand. Il nous invite tout de suite à dormir chez lui. Nous partageons alors le super repas que sa femme nous offre : beurre, fromage, yaourt et galettes faits maison. Seules les olives et les tomates ne sont pas d’ici. Hatice, la maman, passe la soirée à tisser un canevas destiné à être vendu. Son mari, Hace, va au salon de thé avec les autres hommes du village. Pour notre part, nous jouons avec leur fille Ümü, âgée de 9 ans, très curieuse, communicante et attentionnée envers nous. Nous remercions encore cette famille pour leur hospitalité naturelle.
Le lendemain matin, le brouillard peine à se lever. Selon notre carte, nous longeons toujours le lac de sel. Encore une fois, rien. Grande plaine vide avec quelques villages çà et là. Nous avons l’impression d’être fatigués et de ne pas arriver à avancer. Mais c’est le vent de face qui nous freine et ne nous autorise qu’une vitesse de 10km/h sur des routes plus que plates…
Nous finissons par comprendre que le lac à reculé, l’eau a dû être pompée pour les champs alentours gourmands en arrosage. Nous retrouvons alors la voie rapide qui mène à Aksaray.

La famille de Hamet

La famille de Hamet

Le soir, nous sommes hébergés par une famille d’éleveurs. Hamet, le père, et son fils s’occupent des 300 moutons. La maman trait les brebis et confectionne yaourt, beurre et fromage (qui ressemble à du roquefort avec la texture du parmesan). Six bergers d’Anatolie sont là pour veiller au troupeau laissé en liberté la journée.

Le 1er février, direction Akasray aux portes de la Cappadoce. Nous nous arrêtons sur la route visiter le caravansérail de Sultanhani et apprenons par la même occasion que nous nous trouvons sur la fameuse Route de la Soie. Tout un symbole pour des voyageurs se rendant en Asie !

Caravaneserai de Sultanhani

Caravaneserai de Sultanhani

A Aksaray, nous sommes hébergés par Turgay, du réseau Warmshower. Deux autres cyclos anglais, Flora et Luke, sont également chez lui. Eux viennent de Nouvelle-Zélande et font le chemin inverse pour rentrer en Angleterre. Nous passons la soirée à échanger les bons plans voyages et à jouer au ping-pong.

Nous sommes maintenant arrivés en Cappadoce, région géologiquement incroyable, entre volcans, canyons, villes souterraines et habitations troglodytes. Bientôt un diaporama de notre séjour dans la région !

We are humans!

Départ pour la Turquie

Départ pour la Turquie

Nous avons quitté Skala-Sikaminia, sur l’île de Lesvos, le mercredi 6 janvier, après y avoir passé plus de deux semaines à aider les réfugiés. Et c’est avec beaucoup d’émotions que nous avons dit au revoir à nos amis volontaires, tous présents le matin de notre départ.

Notre ferry est prévu le lendemain matin à 9h, au départ de Mytilène.
En ce jeudi matin, le temps est tempétueux et la mer très agitée. Qu’à cela ne tienne, la traversée vers la Turquie se passe sans difficulté et pour seulement 10€ par personne. De quoi se poser des questions, lorsqu’on sait que les réfugiés, eux, risquent leur vie pour traverser ces 8km dans des embarcations de fortune et payent leur passeur jusqu’à 1 000€…

Notre arrivée sur le sol Turc est des plus humide. Il pleut des cordes ! Nous débarquons dans la ville d’Ayvalik, exactement face à l’île de Lesvos. Nous passons la douane sans problème puis roulons jusqu’en centre ville pour changer nos euros en Turkish Lira. 1€ vaut environ 3TL. Sensation étrange de se retrouver dans un nouveau pays, avec un nouveau langage, dont on ne parle aucun mot. D’autant que les premières rencontres que nous faisons, douaniers et personnel de la banque, ne parlent absolument pas anglais… Heureusement, quelques enseignes de magasins nous rassurent : kuaför, otopark, veteriner, … Tout ce qu’il y a de plus utile !

Route principale en Turquie...

Route principale en Turquie…

Après notre premier thé turc, la pluie s’arrête et nous prenons la route en direction du nord. Une fois sortie de la ville, nous nous retrouvons sur une 2×2 voies avec une large bande d’arrêt d’urgence sur la droite ; parfait pour nous ! En fin de journée, nous nous arrêtons au niveau d’un genre de restaurant de bord de route, au milieu des oliviers, pour demander si nous pouvons y poser la tente pour la nuit. C’est avec un grand sourire que Hamet, le gérant, accepte et nous offre le thé ! Nous passons ensuite la soirée à apprendre nos premiers mots de turc, Merhaba, Tesekkür Ederim, (bonjour, merci) … Pour notre premier bivouac en Turquie, nous installons la tente à l’intérieur de la petite boutique d’huile d’olive jouxtant le restaurant, original !

Premier bivouac turc...

Premier bivouac turc…

Le lendemain, après nos premiers Börek (feuilletés à la viande ou au fromage) offert par notre hôte pour le petit déjeuner, nous repartons sur cette 2×2 voies que ne nous ne quitterons pas pendant plusieurs jours. Pensant nous rendre à Istanbul, nous avons pris la direction du nord par les villes de Balikesir, Karacebey et Bursa mais finalement nos plans ont changés…

Après avoir passé une vingtaine de jours à aidés les autres sur Lesvos, ces dix premiers jours en Turquie ont été marqués par l’hospitalité et la gentillesse des turcs que nous avons rencontrés. C’est simple, nous n’avons pas dormi une seule fois à l’extérieur ! Soit nous avons trouvé un hébergement grâce au site Warmshower, soit nous avons été invité spontanément par des gens.

Première soirée dans une famille turque. Merci Alaaddyn!

Première soirée dans une famille turque. Merci Alaaddyn!

Par exemple, dans le petit village de Köylüce, Alaaddyn et sa famille nous ont hébergés. Nous avons été accueilli comme des rois. Rémy a passé la soirée avec Alaaddyn à traduire des mots à l’aide d’un imagier et de google traduction. Elisabeth est allée prendre le thé, « entre filles » dans une maison voisine. Dix dames du village, assises en tailleur sur les canapés, lui ont posé toutes sortes de questions en Turc. Nous apprenons alors à communiquer différemment, les gestes et mimiques sont notre nouveau langage.

La pratique des mimes continue le jour suivant, alors que nous cherchons à acheter une carte SIM pour passer des appels en Turquie. Cela relève alors du parcours du combattant ! Nous avons dû entrer dans une dizaine de magasins de téléphonie différents avant de pouvoir en acheter une à Balikesir. Le langage des signes a ses limites, on apprendra un peu plus tard que nous avons bien une carte SIM turque mais pas de crédit dessus…

Le 11 janvier, les conditions météo sont au top pour nous. Les températures ne sont pas si froides, entre 5°C le matin et 15°C l’après midi. Seul le vent nous pose problème. Les rafales nous empêchent d’avancer, ce sera un jour de pause au village de Karapücek.

Dans la boulangerie de Yusuf à Karapurçek

Dans la boulangerie de Yusuf à Karapurçek

Nos hôtes de la veille nous accueillent alors une seconde journée. Jim et Yussuf tiennent la boulangerie et la pâtisserie du village. Leur production est d’environ 2 000 pains par jour. De quoi nourrir deux villages et les employés de l’usine voisine.

Le lendemain, le vent est retombé et nous enfourchons les vélos, découvrant sur la route des arbres déracinés et des panneaux pliés sous la force du vent.

Les jours suivants, nous sommes hébergés par de jeunes turcs « trouvés » sur internet. L’un, Goksun, à Balikesir, est un cylo-voyageur. Il est la première personne avec qui nous échangeons réellement en anglais ! Il nous a donné de nombreux conseils que ce soit pour le vélo ou pour trouver des associations relatives aux semences.

Goksun nous a aussi permis de rencontrer le lendemain, Dogukan, qui nous a hébergé chez ses grands-parents, puis chez ses parents le jour d’après. Une hospitalité bien naturelle selon lui car, dit-il, « c’est normal, nous vivons tous sur la même planète !». Une phrase qui fait écho à celle de nombreuses fois entendue dans la bouche des réfugiés : « We are humans ! (Nous sommes tous des humains!)».
Dogukan est étudiant en mathématiques dans une fac anglaise d’Istanbul. Une exception parmi les turcs. Nous visitons ensemble la ville de Karacebey et sommes alors comme des enfants à regarder tout autour de nous. Boutiques de pyjamas à 2 euros, pains en vitrine, salon de thé réservés aux hommes, entre un Kuaför et un magasin de bricolage… 160114-ayvalik_103Dans la rue, les tracteurs sont garés comme les voitures. Nous goutons au Salep, une boisson blanche à base de farine de bulbe d’orchis et de cannelle. Humm !
Nous donnons quelques graines au père de Dogukan qui cultive des salades et des tomates. Il nous explique que la région est tellement polluée par les usines et l’agriculture conventionnelle, que l’appellation « produit biologique » y est interdite. Les anciennes variétés de semences que nous transportons le passionnent et il garde alors une variété de tomate bigarrée, striée rouge et jaune.

La route du lendemain nous amène à Bursa qui, à notre grande surprise, est la quatrième ville du pays avec plus de deux millions d’habitants. Notre hôte, Ersin, nous aide à trouver ce dont nous avons besoin en ville : carte de la Turquie, outil pour le vélo, gants pour Elisabeth ; les 15 kms de vélo que nous ferons en ville seront des plus éprouvants!
Ersin projète lui aussi de partir voyager à vélo, mais en Amérique, du nord et du sud ! Préparer un tel périple n’est pas chose aisée en Turquie. Les magasins spécialisés ne se trouvent qu’à Istanbul et peu de monde pratique le vélo, encore moins le voyage à vélo.

Nos hôtes Warmshower de Bursa, Ersin et Ertan

Nos hôtes Warmshower de Bursa, Ersin et Ertan

Nous dormons le soir suivant chez un autre Warmshower, Ertan ; il nous héberge dans le local du club cycliste de la ville ! Après nous avoir offert des buffs et un t-shirt de cycliste à Elisabeth, il nous aide le lendemain à sortir de cette immense ville. Autoroutes à 5 voies, sorties à gauche, à droite… Nous sommes contents de ne pas aller à Istanbul ou Ankara qui doivent être bien pires !
Une fois sortis de Bursa, c’est en t-shirt que nous pédalons! Mais sur le coup de midi, la pluie fait son apparition et les températures dégringolent, à tel point que le soir, la neige se met à tomber! Trempés et les vélos plus sales que jamais, nous atteignons tout de même Orhangazi où Nevzat, Warmshower, nous héberge heureusement pour la nuit !

C’est en discutant avec lui que nous commençons à ne plus trop vouloir longer la Mer Noire, que beaucoup nous ont décrit comme la région la plus pluvieuse de Turquie. L’idée de nous rendre en Cappadoce fait son chemin dans nos têtes le jour suivant, alors que nous donnons nos premiers coups de pédale sous la neige, le long du lac d’Iznik.

Les rives du lac d'Iznik

Les rives du lac d’Iznik

Dîner turc avec Soner à Iznik

Dîner turc avec Soner à Iznik

Le lundi 18 janvier, nous sommes accueillis par Soner et Inci, qui sont de grands voyageurs à vélo. Depuis 15 ans,chaque année, ils parcourent les routes de l’Europe et du Monde, pendant les deux mois de vacances scolaires que leur permette leur profession d’instituteur. Et depuis six ans, leur fils Tibet les accompagnent pour son plus grand bonheur !

Suite à leurs conseils et après mûre réflexion, nous décidons alors de prendre la direction de la Cappadoce et préférer le froid à l’humidité.