L’Arménie, petit pays mais grandes montagnes.

Depuis la Géorgie, pour nous rendre en Iran, nous avions le choix entre passer par l’Azerbaïdjan ou par l’Arménie. Nous avons opté pour l’Arménie pour deux raisons : pas besoin de visa (le visa pour l’Azerbaïdjan est en plus hors de prix) et nous préférons les montagnes à 4 000m que des centaines de kilomètres de plaine.

Nous sommes rentrés en Arménie le vendredi 25 mars par le poste frontière de Sadakhlo. A peine avions nous échangé nos derniers Lari Géorgiens en Drams Arménien que David, un militaire, nous invitait à prendre notre premier café arménien. Bienvenue en Arménie !

Nous avons choisi de prendre la route vers la ville de Vanadzor. Nous avons donc remonté une longue vallée très encaissée et traversé de nombreuses petites villes, qui au premier abord, ressemblent à des

Ville typique du nord de l'Armenie

Ville typique du nord de l’Armenie

friches industrielles. En cause, les vestiges de l’industrie de l’ex-URSS. Usines de taules rouillées, téléphériques abandonnés, … Mais ces citées ouvrières vivent toujours. De quoi ? On a du mal à le savoir. Nous avons été plusieurs fois surpris de voir que ce qui semblait être une usine à l’abandon était en fait une marbrerie en pleine activité…
La vie ne semble pas facile en Arménie mais avec nous, les Arméniens sont bien plus souriants que leur voisins Géorgiens. Les coups de klaxon, les « Hello ! » et les invitations accompagneront toute notre traversée du pays.
Ici, les voitures ne sont plus importées du Japon ou d’Europe comme en Géorgie. Ce sont bien souvent de vieilles Lada russes. Les camions et les bus semblent également avoir des millions de kilomètres au compteur !

Une fois passée la ville de Vanadzor, les choses sérieuses ont commencé. Nous sommes montés jusqu’au lac Sevan, à 1 900m d’altitude. Il s’agit d’un des plus grands lacs d’altitude du monde. Il est entouré de sommets à plus de 3 000m et surplombé de plusieurs monastères très bien conservés.
C’est au bord du lac que nous avons fait nos retrouvailles avec… la neige ! Heureusement hébergés dans un restaurant en compagnie de nos amis allemands cyclo Annett et Raimund, nous nous sommes réveillés un matin avec au sol pas moins de 15 cm de neige… Paysages grandioses garantis mais le pilotage du vélo devient plus acrobatique… Heureusement les véhicules adoptaient une conduite raisonnable.

Mais la neige et le froid nous ont également permis d’être invités par des gens. Pour un petit déjeuner, un café, une vodka ou même pour dormir. Jusqu’ici, nous avions bivouaqué dans la nature, dans une maison en construction ou près d’une station-service.
A Martouni, Gari et ses amis, nous hébergent dans l’ancienne maison familiale. Chauffée au poêle à bouses

Amis d'un soir

Amis d’un soir

(de vache), le confort est rudimentaire mais largement suffisant au regard de ce qu’aurait été une nuit sous la tente par -10°C ! D’autant que nos hôtes sont aux petits soins avec nous et nous offrent pain, fromage, yaourt, jus de pêche…tout fait maison, c’est une évidence !
En quittant Martouni, nous nous sommes lancés dans des ascensions de cols au dessus de 2 000m. Cinq ou six au total ! Nous pensions aux températures d’été lorsque nous nous retrouvions dans les petites tempêtes de neiges en haut des cols… L’hiver se fait long… L’Arménie est belle mais elle se mérite !

Nous nous sommes effectivement retrouvés plusieurs fois à plus de 2 000m sous la neige. Dans le col avant Goris, par exemple, nous avons dû batailler face au vent pendant plusieurs kilomètres, insupportable… sans parler de l’état exécrable de la route ! Et une fois la montée gravie, alors que nous nous réjouissions de la descente qui s’annonçait, un épais brouillard et la neige nous empêchaient d’y voir à plus de 20 mètres… Heureusement que cette fois-ci la route était à peu près lisse… C’est dans le cabanon d’un pompiste que nous avons trouvé refuge, lui demandant un café pour nous réchauffer.

De fil en aiguille, il nous a invité chez lui, à Goris, pour passer la nuit au chaud.

La vie de la famille se passe ici, de jour comme de nuit !

La vie de la famille se passe ici, de jour comme de nuit !

Nous avons alors été accueilli par Anouch dans la maison familiale. Au sous sol, le garage, la salle de bain et l’étable pour les deux vaches et le veau. A l’étage nous n’avons pu voir qu’une seule pièce. La pièce de vie. La seule chauffée. A notre arrivée, le fils et le mari faisaient la sieste, allongés autour du poêle à bois. Nous avons passé la soirée avec eux, regardant les centimètres de neige s’accumuler. Anouch courant dans tous les sens pour prendre soin de son mari et de son fils, pendant qu’eux, regardaient la télévision. Elle nous a préparé une omelette et servi du fromage, qu’elle a sorti du placard, pas de frigo ici et le fromage vient du lait de la vache.
Il nous a fallu améliorer encore un peu plus notre langage des signes pour communiquer…

Nous sommes repartis le lendemain sur 20cm de neige fraiche, pour nous trouver une chambre d’hôte que l’on nous avait conseillé. Et nous n’étions pas au bout de nos surprises. C’est Larisa, une dame d’un certain âge, qui nous a accueillis chez elle, dans son unique pièce à vivre également. Via le site Couchsurfing, elle héberge des voyageurs à un prix dérisoire, quelques euros. Elle nous a cuisiné de bons plats et nous avons croisé un voyageur néerlandais avec qui nous avons pu échangé des bons plans pour les pays à venir ; l’Iran pour nous et la Turquie pour lui. Nous avons passé la nuit dans le salon chauffé au poêle, où elle dort aussi.
Le lendemain, au moment de partir, Larisa lance à Elisabeth, sur un air plaintif : «  Ohhh Elisabeth Elisabeth vélocipède ohhh Elisabeth Elisabeth vélocipède ohhh ohhh ! ». Difficile pour les Arméniens et en particulier les gens âgés de comprendre nos motivations à faire ce voyage…

Reposés de cet épisode hivernal, il nous restait alors deux cols au dessus de 2 000m à franchir. Le premier nous a mené à Kapan en longeant la « frontière » avec le Haut-Karabagh, une région appartenant à l’Azerbaïdjan mais sous contrôle Arménien. Cette région est source de conflit meurtriers depuis près de 30 ans, depuis la chute de l’URSS. Les Arméniens nourrissent une haine féroce envers les Azeris à ce sujet. On imagine que de l’autre côté, c’est réciproque.

A Kapan, encore une fois la générosité des arméniens nous a permis de dormir au chaud et de bien nous reposer dans une station service.

Nous avions prévu de faire la dernière ascension sur deux jours pour monter jusqu’à 2 500m afin de ne pas nous épuiser. Mais c’était sans compter sur la rencontre d’Armen et ses amis…

Et une et deux et trois stop stop non merci !!! Bon ok ...

Et une et deux et trois stop stop non merci !!! Bon ok …

A l’entrée de Kadjaran, ils nous ont invités à leur pique-nique entre hommes. Rémy a bien essayé de refuser un à un les cinq verres de vodka… sans succès ! Armen nous a ensuite invité à dormir chez lui, ravi que nous rencontrions sa famille. En famille, ce sera certainement plus tranquille pensions-nous… Mais non, on remet ça autour d’un bon repas préparé par Mila, son épouse. Elisabeth ne coupe cette fois pas au Cognac !
Une soirée mémorable mais nous redoutons le dernier col arménien à franchir et ses 800m de dénivelé prévu le lendemain matin.

Mais aussi étrange que cela puisse paraître, la montée s’est finalement très bien passée malgré les gros pourcentages. Doucement mais surement, nous sommes arrivés en haut des 2 530m !
En descendant vers Meghri, nous sentions le printemps arriver. A chaque kilomètre parcouru, nous sentions la température augmenter. Fin de l’hiver !

 

Un commentaire

  1. Vous êtes des warriors !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *