De Batumi à Tbilissi, des hauts et des bas…

Première partie: tenter le visa iranien à Batumi

Le 28 février nous passons la frontière géorgienne et dès les premiers coups de pédales, le contraste est saisissant ! La 2×2 voies que nous suivions depuis Samsun se transforment en une route à double sens en très mauvais état. Des vitrines entières sont réservées à l’alcool, en particulier à la vodka. Les églises orthodoxes ont remplacé les mosquées. Et les géorgiens, au volant de leur grosses cylindrées, bien souvent abîmées, conduisent comme des dinguent en se doublant n’importe quand, en coupant les virages, etc… Bref, il va nous falloir faire preuve de vigilance !

Arrivés à Batumi, nous ne pensions y rester qu’un jour ou deux. Mais sur place nous retrouvons Alessandro, un cyclo franco-italien rencontré à Trabzon quelques jours auparavant. Il nous apprend qu’à priori, il serait possible d’obtenir le visa iranien au consulat sans lettre d’invitation (LOI). Pour obtenir une LOI, il faut contacter une agence de voyage iranienne et payer entre 30 et 40$ par personne. Et le tout prend entre 7 et 10 jours, sans garantie ensuite d’obtenir le visa iranien… Autant dire que nous sommes ouverts à toute autre proposition.
C’est pourquoi l’info d’Alessandro éveille notre curiosité. Après un passage par l’office du tourisme pour obtenir la bonne adresse (83 Parnavez Mepe – Batumi), nous nous rendons alors, sans trop y croire, au consulat le lundi en fin de matinée.
Un homme, la soixantaine, plutôt agréable, nous informe en quelques minutes… qu’on peut bien entendu faire la demande, qu’il n’y a aucun problème et, plus surprenant, qu’il n’a jamais entendu parlé de la LOI.
Après une concertation avec notre ami italien, nous retournons tous les trois au consulat pour engager les démarches. Une fois les formulaires remplis, on nous demande d’aller déposer 50€ en liquide pour chaque visa, sur un compte, dans une banque. Celle-ci est toute proche. A l’intérieur, de grands écrans affichent la liste de la cinquantaine de guichets et les numéros qui doivent s’y rendre. Entre les innombrables bureaux de changes et cette « banque à la chaîne », la circulation des différentes devises à Batumi nous laisse perplexes…
Mais malgré notre n°607, nous passons relativement vite et retournons au consulat juste avant sa fermeture, pour y déposer le reçu de la banque. Nous pensons alors que la demande de visa est envoyée.
Mais le lendemain matin, à 10h, on nous appelle pour nous dire qu’il y a un problème avec les photos. Il faut refaire les photos d’Elisabeth qui, malgré leur format biométrique ne correspondent pas. Le consulat demande des photos 3x4cm. Nous trouvons donc un « faux-tographe » qui règle l’affaire en 10 minutes, équipé d’un vieil appareil photo compact… Mais peu importe, cette fois au consulat tout le monde est content. Notre demande de visa est envoyée. Ne reste plus qu’à attendre… entre 3 et 6 jours.
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3 à 6 jours pendant lesquels nous visitons la ville de long en large. Une journée au Jardin Botanique, un tour en télécabine sur les hauteurs, une balade en bord de mer à observer au loin la partie de chasse des dauphins, les premiers accords de ukulélé pour Rémy… Bref nous arrivons vite à court d’idées. Nous rencontrons Clémence et Andres, un couple de cyclos franco-argentin, ici pour les mêmes raisons que nous. Mais eux décident de ne pas attendre le visa à Batumi et de partir vers l’Arménie par la route du sud. Ils reviendront plus tard en bus pour le récupérer.
Après plus d’une semaine dans cette ville très contrastée, entre hôtels de luxe, casino et quartiers « ex-URSS », nous allons récupérer nos visas au consulat, le lundi 7 mars. On nous demande d’y laisser nos passeports et de revenir dans deux heures. Décidément, ils aiment bien le suspens ! Nous en profitons alors pour préparer nos vélos dans l’optique de reprendre la route aussitôt. Une dernière surprise, et pas des moindres, nous attend au consulat. A la place des 30 jours demandés, notre visa iranien ne sera valable que 15 jours… Peut-être n’était-ce finalement pas une bonne affaire de se passer de la lettre d’invitation… Déçus par cette courte durée qui risque de compliquer notre séjour en Iran (car nous comptons y demander les visas d’Asie Centrale), nous relativisons cependant très vite, en repensant à la galère de tous ces migrants qui tentent de rejoindre l’Europe…
Les visas en poche, nous décidons d’emboiter le pas de nos amis cyclos franco-argentin et de prendre la route du sud qui passe par le col de Goderdzi, à 2 025m. Certains géorgiens nous disent que ça passe, d’autres qu’il y a trop de neige : on verra !

Deuxième partie : franchir un col à 2 025m début mars

J'écris ton nom...

J’écris ton nom…

Une fois quittée la piste cyclable le long de la mer, la sortie de Batumi s’avère être au moins aussi sportive que l’entrée. Nous zigzaguons entre les mini-bus, les voitures, les camions, les piétons et les vaches tout en évitant les énormes nids de poule… Puis, presque tout d’un coup, la route s’élève un peu, on rejoint le bord de la rivière et cette folie s’apaise.
Il fait beau, la route est en bon état, nous nous enfonçons dans la vallée. Les montagnes s’élèvent très rapidement de part et d’autre. Nous passons la première nuit de cette ascension en bord de rivière, sur le terrain d’un restaurant.
Le lendemain, nous continuons de monter tranquillement vers la petite ville de Khulo. Le calme de cette jolie vallée nous conforte dans notre choix d’avoir pris la route du sud. Celle du nord étant une 2×2 voies, certainement très passante.
Vers la mi-journée, nous connaissons notre première mauvaise rencontre avec un chien ! Après avoir voulu mordre les roues d’une voiture (c’est dire l’intelligence de la bête…), il se dirige vers nous visiblement pas amicalement, ses dents claquant à quelques centimètres des mollets d’Elisabeth. Nos cris le font reculer mais il revient alors vers les jambes de Rémy, puis s’attaque à l’une de ses sacoches arrières ! Il finit par lâcher prise. Bilan, un trou dans une sacoche et une belle frayeur ! Nous pestons, d’autant que nous apprendrons quelques heures plus tard, que notre ami italien a connu la même mésaventure !
Nous repartons armés de bâtons et de cailloux (des petits parce que ça monte !). Le calme de la vallée et ses sublimes paysages nous aident à oublier cet animal stupide.

On trinque avec notre ami Géorgien

On trinque avec notre ami Géorgien

Les derniers kilomètres avant Khulo s’avèrent plus pentus et nous demandons s’il est possible de poser la tente à des gens en bord de route. Amiran, un géorgien très communicatif, nous installe finalement sur le terrain de ses voisins, absents pour plusieurs jours.
Au coucher du soleil, nous apercevons Alessandro sur la route. Il nous rejoint pour passer la nuit.
Notre ami géorgien revient dans la soirée avec de la salade, du pain et du vin histoire de fêter ça ! Et ici, les verres de vin, on les boit cul-sec ! Nous passons alors un moment plutôt amusant à tenter de converser, en baragouinant quelques mots de russes et en vidant en quelques minutes le litre de vin de premier choix !

Au petit matin, nous repartons en compagnie d ‘Alessandro et décidons de franchir le col ensemble. Une fois le petit village de Khulo passé, la route asphaltée se termine et est remplacée par un chemin de cailloux en plus ou moins bon état. Nous longeons la rivière en pente douce et sommes doublés par de nombreux camions de chantiers, plus poussiéreux les uns que les autres. Il faut dire que le cours d’eau est en train d’être bétonné et dompté par la construction de plusieurs grands barrages… Nous assistons certainement là, à la disparition d’un coin de nature préservée…

Le temps est toujours au beau fixe et nous montons doucement mais surement dans la bonne humeur.

Dans la montée vers le Goderdzi Pass

Dans la montée vers le Goderdzi Pass

Nous traversons de petits villages qui semblent totalement isolés et dont les habitants nous regardent passer, d’un air plutôt perplexe. Plus nous montons, plus la neige se fait présente sur les bas côtés et plus on essaye de nous dire que, plus haut, la route est fermée… Mais nous repérons les traces fraiches de deux vélos, à coup sûr, celles de nos amis Clémence et Andres. Tant que nous ne les voyons pas redescendre, nous continuons !

Après plusieurs heures et 20 km de montée pas évidente dans les cailloux, nous nous retrouvons face à une route qui n’est plus dégagée. Un bon mètre de neige la recouvre !

Fin de la piste dégagée...

Fin de la piste dégagée…

Nous sommes à 1700m d’altitude, il en reste plus de 300 pour atteindre le col…
Réalistes, nous rebroussons chemin et nous dirigeons vers la petite station de ski aperçue quelques minutes auparavant, dans l’espoir de pouvoir y passer la nuit car le jour commence déjà à tomber.
Le personnel ne semble pas si surpris de nous voir et pour cause, Clémence et Andres était là la veille au soir… Comme eux, nous passons la nuit près du chalet de l’administration et à 10h du matin, embarquons les vélos dans la télécabine qui nous emmène presque au col. Nous avons de la chance dans notre galère car la station a ouvert ses portes pour la première fois cette saison. Sans ça, nous n’aurions pas eu d’autre choix que de redescendre jusque Batumi.

En haut de la remontée mécanique, nous nous retrouvons sur une piste de ski, sous le regard éberlué et amusé de quelques skieurs.
Il nous faut maintenant pousser les vélos dans la neige. Nous retrouvons rapidement les traces de nos amis, ce qui nous aide bien, tant pour avancer que pour garder le moral et se dire que ça passe. La neige est pour le moment assez dure, il ne faut pas trop trainer car le soleil monte et la difficulté de notre aventure risque d’aller en s’amplifiant. 06-caucaseMais tous trois amusé de cette situation hors du commun, nous prenons le temps d’immortaliser ces moments.
Une fois au col, à 2025m, nous pensons avoir fait le plus dur lorsqu’un homme sort d’un bâtiment qui semble être un hôtel. Il s’agit du gérant et il nous mitraille de photos avec son smartphone en nous expliquant qu’il nous reste 10km de descente dans la neige avant de retrouver la route ! On relativise, ce sera de la descente…
C’est alors parti pour près de 3h de galère à pousser les vélos dans une neige de plus en plus molle et humide. Les uns derrière les autres, tout monde roule dans la même trace et le fait d’être à plusieurs renforce notre motivation. De plus, la beauté et le calme des paysages alentours (petits chalets de bois entourés d’une neige immaculée), nous donne un peu de baume au cœur.

Et 7km de descente à pousser...

Et 7km de descente à pousser…

Au bout de plusieurs kilomètres, il nous faut franchir des ruisseaux, ce qui finit de tremper nos pieds ! Mais cette fonte de neige indique que nous sommes proche de la fin ! Et effectivement nous retrouvons rapidement un chemin de cailloux. Épuisés mais ravis de pouvoir remonter sur nos vélos, nous dévalons tant bien que mal les derniers kilomètres en lacets jusqu’à la route asphaltée.
Dans notre lancée nous descendons jusqu’à la ville d’Akhaltsikhé, 30km plus loin, afin de prendre une petite chambre d’hôtel bien méritée. Le soir, devant un kachapuri revigorant, nous nous remémorons, fiers, ces deux journées épiques !

Troisième partie : Prendre un train géorgien

Le lendemain, nous prenons la décision de nous rendre à Chaschuri, à 75km afin d’y prendre un train pour Tbilisi où les parents d’Elisabeth viennent nous rejoindre pour une semaine. Il va nous falloir y arriver avant 15h et sous la pluie… C’est chose faite à 14h45 !

Nous prenons nos billets de train en expliquant que nous avons des vélos : « niet problem ! ». Mais une fois sur le quai, la chanson n’est plus la même. On nous fait d’abord aller d’un côté puis de l’autre pour attendre le train au bon endroit. Le train arrive alors et nous constatons que le niveau du train est un mètre au dessus de celui du quai… Une agente arrive et commence à nous dire que ce n’est pas possible d’embarquer les vélos. Elisabeth meurt d’envie de lui répondre que nous venons de passer un col à 2 025m dans la neige et que donc, mettre deux vélos dans un train, ne devrait pas poser tant de problèmes que ça ! On nous emmène de l’autre côté du quai et nous sommes alors autorisé à monter à bord. Tous les agents de quai et du train s’énervent de la situation et nous également. Nous commençons à monter un vélo et des sacoches et le train se met à démarrer ! Rémy à l’intérieur, Elisabeth sur le quai avec les agents et le reste des affaires… Tout le monde crie et après quelques mètres, le train s’arrête. Cela à pour effet de motiver les agents à nous aider… en balançant nos sacoches dans le train… Quelques minutes plus tard, nous sommes enfin installés. Le chef du train, très antipathique, nous demande 10 lari (3,50€) supplémentaires, c’est soit disant le tarif pour les vélos.

Nous arrivons à Tbilisi, capitale de la Géorgie. Nous y avons passé une semaine en compagnie de la famille d’Elisabeth. Quelques jours bien revigorants à visiter cette ville très contrastée. D’un côté tournée vers l’ouest avec ses immeubles flambants neufs et des rues entières en rénovation et de l’autre, toujours un pied en URSS avec ses rues défoncées et ses quartiers d’habitations d’un autre temps. Tbilisi c’est aussi une gastronomie étonnante et plutôt qualitative, des musées intéressants, une circulation insupportable et des taxis à tous les coins de rue qui essayent de doubler les tarifs en permanence.

Bien reposés, nous allons maintenant prendre la direction de l’Arménie, du lac Sevan et des hautes montagnes.

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