Les multiples facettes de l’Iran

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En longeant la frontière entre l'Azerbaïdjan et l'Iran

En longeant la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Iran

Le 8 avril, c’est plein d’excitation d’arriver en Iran que nous longeons la frontière. Encaissée entre d’impressionnantes montagnes, elle suit le cours d’une rivière. Entre la route et la rivière, un haut grillage et des barbelés. Et tout les kilomètres, de hautes tours de surveillance dans lesquelles sont postés des militaires : ambiance ! Pour en rajouter un peu, un 4×4, avec un autocollant en forme de kalachnikov sur la vitre arrière, s’arrête à notre hauteur. A l’intérieur trois militaires et le conducteur, habillé en civil. Ce dernier nous demande nos passeports sans sortir de la voiture. Il insiste quelques minutes mais fini par partir… De quoi faire monter la pression à l’approche du poste de douane, où tout semble fait pour que tous ceux qui passent par là, se sentent mal à l’aise et coupables de quelque chose!
Mais tout se passe finalement sans problème. Nos passeports tamponnés, nous ressortons côté iranien et échangeons nos premiers millions de Rials. Pas de quoi se sentir millionnaire, ici, 1$ = 35 000 Rials… C’est aussi le début du port du hijab, le voile, pour Elisabeth.

Au cours de notre première journée dans le pays nous longeons donc la rivière et la frontière avec le petit morceau isolé d’Azerbaïdjan. Il y a peu de circulation, le paysage, fait d’immenses montagnes rocailleuses, est grandiose. Il fait beau et les automobilistes nous saluent en s’arrêtant même parfois pour nous offrir des bonbons !
Nous sommes vendredi, l’équivalent du dimanche en France, et ici tout le monde sort en famille pour pique-niquer au bord des rivières et dans les parcs.

Malgré ce tableau idyllique, notre passage par la ville de Marrand se révèle être un véritable calvaire ! A la fatigue accumulée en Arménie, viennent s’ajouter quelques personnages très (TRES) insistants pour qu’on vienne chez eux. De plus, les rues de la ville sont bondées et la majorité des femmes sont intégralement voilées d’un « drap » noir. Elisabeth ne se sent vraiment pas à l’aise d’autant que les gens, ou plutôt les hommes, ne s’adressent presque qu’à Rémy, ne lui serrent pas la main et la regardent à peine. Pour la première fois du voyage, elle à l’impression de ne pas exister aux yeux des gens pourtant curieux de notre présence.
A l’aide d’un professeur d’anglais à la retraite, nous finirons par trouver une chambre pour la nuit, certainement l’endroit le plus glauque depuis le début du voyage !

Mais comme en voyage à vélo, chaque mauvaise passe laisse toujours place à un heureux événement, le lendemain, notre chemin croise celui d’Ali, qui nous emmène jusqu’à Tabriz dans sa petite camionnette. Il nous épargne ainsi une 2×2 voies longue et monotone. Et cerise sur le gâteau, nous passons deux jours chez lui en compagnie de sa sœur Honey et de leurs parents. Deux jours de repos bienvenus pendant lesquels les deux frères et soeurs se font guides touristiques pour nous. Le malaise qu’Elisabeth ressentait dans ce pays se dissipe petit à petit ; dans leur maison c’est en débardeur que la maman nous propose une bière.. !

Voilà comment s’annonce le pays : plein de contradictions, entre les règles officielles, les traditions et la vie réelle des gens, parfois cachée.

Backgamon, sport national

Backgamon, sport national

Après Tabriz, nous nous rendons à Teheran en prenant un bus de nuit. Sur place nous sommes accueillis par Babak via le réseau Warmshower et sommes hébergés par son oncle Hasan. Ils nous permettent de stocker les vélos pendant trois semaines, le temps pour nous d’effectuer les démarches liées aux visas de l’Asie Centrale. Nous passons également de sympathiques moments ensemble à jouer au backgammon ou à faire une sortie 4×4 et barbecue… (Si si!).
De Téhéran, nous ne verrons pas grand chose, si ce n’est le grand Bazaar et… l’Ambassade de France, celles d’Ouzbekistan, du Tadjikistan et du Turkménistan. Heureusement, nos différents hôtes nous font visiter les alentours et nous permettent de passer d’agréables soirées.

Repas à la française avec Nassim et Najer - Neka

Repas à la française avec Nassim et Najer – Neka

Le temps que nos visas se fassent, nous nous rendons dans le nord, sur les côtes de la Mer Caspienne, où Nassim et Najer, des amis rencontrés en Arménie nous accueillent. Eux aussi sont aux petits soins pour nous et se font un réel plaisir de nous faire visiter leur jolie région du Mazandaran.
Puis nous allons dans la sud du pays visiter les villes mythiques de Kashan, d’Isphahan et Chiraz. C’est en stop que nous faisons la majorité de nos déplacements grâce au mot « Salavati » qui veut dire «  sans argent » en Farsi. Et en Iran le stop, quand on est étranger, ça cartonne !
Nous avons l’occasion de monter dans un camion dans lequel le siège passager est retiré, laissant place à des tapis et coussins, un véritable salon traditionnel! En roulant, le deuxième conducteur nous prépare un thé sur la bouteille de gaz prévue à cet effet. Ça tangue un peu mais tout est sous contrôle! Pendant le trajet, nous sommes surpris par quelques questions du genre « les femmes portent-elles le voile dans votre pays ?»…

Les visas ouzbek et tadjik en poche, nous quittons enfin Téhéran le 5 mai. Un bus nous emmène jusque Sari où nous reprenons enfin les vélos ! Il fait très chaud, nous avons l’impression d’être passé directement de l’hiver arménien à l’été iranien.

Partie de pêche à la turkmène - Mer Caspienne

Partie de pêche à la turkmène – Mer Caspienne

Nous longeons la mer Caspienne et tentons d’y faire un joli bivouac. Mais le mauvais temps s’en mêle. Qu’à cela ne tienne, une famille d’iranien nous trouve très rapidement une solution de repli.
Les jours suivants nous sommes confrontés à la difficulté d’avancer à vélo… sur du plat ! Nous sommes arrêtés en permanence, non pas par le vent ou la pluie, mais pour un « selfie » ou pour nous poser les questions habituelles. Nos émotions balancent entre agacement et gratitude envers un tel intérêt pour nous.
Après une soirée mémorable en compagnie de Yahya, un brillant musicien, nous nous enfonçons dans le Parc National du Golestan. Le plus vieux du pays. Ici, la nature est préservée (mis à part les bords de routes jonchées de déchets…) et la végétation est luxuriante. Et après seulement quelques kilomètres nous pouvons voir, à quelques mètres de la chaussée, des sangliers en famille. Sur les hauteurs, on aperçoit des sortes de bouquetins et dans les air un aigle… Superbe ! Ce parc abrite également, entre autres, loups, léopards, chacals, gazelles et ours bruns. Nos Alpes devaient certainement ressembler à cela il y a plusieurs décennies…

160510-iran_031Nous avons été hébergé tous les soirs. Tous les midi des iraniens sont venus nous offrir de la nourriture. A chaque averse nous avons pu boire du thé chaud pour nous réconforter.

En une semaine de vélo, nous avons été hébergé tous les soirs : dans un petit village par une famille de boulanger, par des ingénieurs civils qui partagent une maison, par un guide touristique et sa famille, ou encore par un paysan mélomane …

Cette semaine, nous nous sommes fait contrôler plusieurs fois par la police. Au début il ne s’agissait que de simples contrôles de passeports mais au fur-et-à mesure, nous sommes sentis suivis… A tel point qu’à quelques kilomètres de la ville d’Ashkaneh, la police a refusé de nous laisser bivouaquer prêt d’un village. Pour notre sécurité d’après eux… Nous avons été transporté en camion, contre notre volonté, jusqu’en centre ville pour y passer la nuit dans un parc publique. A notre grande surprise, plusieurs familles iraniennes sont également venues camper ici.
Le lendemain, c’est la cerise sur le gâteau, à peine arrivons-nous à Bojnurd que nous constatons que nous y étions attendus : deux policiers à moto, équipés de kalachnikov et gilet pare-balles, sont chargés de nous escorter pour la traversée de la ville. Pour notre sécurité… Super rassurant ! Mais heureusement, notre hôte, Hossein, est guide touristique et permet que ce cinéma cesse très rapidement.

Au cours de ces premières semaines en Iran, notre ressenti au sujet du pays est très contrasté.
Les Iranien sont adorables avec nous mais parfois trop ! Il nous est par exemple très difficile de refuser une invitation et d’avoir quelques minutes pour nous. Nous avons souvent dû batailler longtemps pour décliner une invitation sans être trop ferme.

Iranian Selfie

Iranian Selfie

On nous a offert des tonnes de nourritures, confiseries, boissons, etc. mais par contre, certains commerçants ne manquent pas une occasion d’essayer de nous faire payer le prix « touriste ».
Tous les iraniens nous posent exactement les mêmes questions : « Aimez-vous l’Iran ? », « Aimez-vous les Iranien ? », « Quel est votre travail ? », « Qu’avez-vous fait comme études ? », « Etes-vous marié ? », « Avez-vous des enfants ? », … Et ce, plus de dix fois par jour. Seul l’ordre diffère ! Sans parler des « selfies »… On nous arrête dans la rue, à maintes reprises, pour nous prendre en photo. Une fois, deux fois, trois fois ça va, mais à la longue…
A vélo, nous ne faisons presque plus de courses ; un sachet de fruits par-ci, du pain par-là, un plat de riz offert à midi, le soir nous sommes invités…
Enfin, les Iraniens sont toujours prêts à nous aider dans n’importe quelle circonstance. Et même lorsque rien ne laisse à penser qu’on aurait besoin d’aide…
Tout ça fait partie de leur culture. Ils aiment rencontrer des étrangers et les aider ; c’est de leur devoir de les accueillir comme il se doit. Ils sont ravis de voir que des touristes viennent visiter leur pays et veulent souvent faire passer le message qu’ils ne sont pas des terroristes. Et on vous le confirme !
Cette culture de la générosité, de l’hospitalité et de l’entraide d’un côté et de l’autre, la loi islamique qui régit le pays. Port du voile et de vêtements amples pour les femmes, pas de short pour les hommes, séparation des hommes et des femmes dans les transports publiques, aucun contact physique ( ou presque) entre deux personnes de sexe opposé, alcool interdit, etc…
Mais une fois entré dans certaines des maisons, tout s’efface ou presque. D’un côté, nous avons passé quelques soirées bien arrosées, voire enfumées, dans lesquelles le voile disparaît et les derniers habits à la mode sont de sortie. Mais parfois, la loi resurgit et nos hôtes remettent leur hijab en vitesse lorsque certains de leurs amis arrivent.


Pour terminer, quelques images de notre séjour à Kashan, chez Ali qui a été un véritable guide touristique pour nous!

A Kashan (Aran Bigol pour être précis) nous avons été accueilli par Ali dans sa propriété traditionnelle, au milieu du désert.

A Kashan (Aran Bigol pour être précis) nous avons été accueilli par Ali dans sa propriété traditionnelle, au milieu du désert.

Ce professeur d'anglais à la retraite rénove ce lieu magnifique de ses propres mains depuis plusieurs années. Il utilise les techniques et matériaux ancestraux telle l'argile et la paille. A l'intérieur de l'enceinte, il fait pousser des pistachiers et des grenadiers.

Ce professeur d’anglais à la retraite rénove ce lieu magnifique de ses propres mains depuis plusieurs années. Il utilise les techniques et matériaux ancestraux telle l’argile et la paille.
A l’intérieur de l’enceinte, il fait pousser des pistachiers et des grenadiers.

Ce lieu, il l'espère, sera prêt à accueillir touristes et voyageurs d'ici un an.

Ce lieu, il l’espère, sera prêt à accueillir touristes et voyageurs d’ici un an.

Près de Kashan, nous sommes allés découvrir la fabrication de l'eau de rose, très réputée dans la région. Au petit matin, cueillette des fleurs fraichement ouvertes.

Près de Kashan, nous sommes allés découvrir la fabrication de l’eau de rose, très réputée dans la région. Au petit matin, cueillette des fleurs fraichement ouvertes.

Odeurs enivrantes dans cette oasis de verdure au milieu du désert. Seul le bourdonnement des abeilles qui butinent pour fond sonore.

Odeurs enivrantes dans cette oasis de verdure au milieu du désert. Seul le bourdonnement des abeilles qui butinent pour fond sonore.

Après la récolte, la fabrication tradionnelle de l'eau de rose (Golap en farsi) par distillation.

Après la récolte, la fabrication traditionnelle de l’eau de rose (Golap en farsi) par distillation.

2 commentaires

  1. Merci de prendre le temps de ce partage. Votre expérience est vraiment super car loin des sentiers battus et nous permet de découvrir des pays peu ou mal connus de l’occident. Bon courage pour la suite!

  2. Témoignage très émouvant. Quel voyage! Quelles rencontres!

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