Deux mois au pays du soleil levant

En cette fin novembre, il nous aura fallu une semaine pour faire le tour de l’île volcanique de Jeju-do, au sud de la Corée du Sud. Impressionnante par sa géologie façonnée par le volcan culminant à près de 2 000m en son centre, l’île possède également de nombreux aspects consternants dus principalement à la folie du tourisme. En effet, il est bien difficile de trouver des endroits où la nature est préservée et éloignée d’infrastructures bétonnées. Chaque « site naturel d’intérêt » (cascade, falaise, tube de lave, etc…) est soigneusement clôturé et systématiquement payant. Sur Jeju-do, on a surtout regretté de ne pas y trouver le côté sauvage que cette île dite « subtropicale » dev(r)ait avoir…

Une fois revenu à Jeju (ville), nous avons enchaîné deux ferrys de nuit pour nous rendre à Busan puis à Fukuoka au Japon. Nous avons effectué les trajets en seconde classe où l’on dort au sol sur de simples futons. Asian Style ! Et dans ces ferrys, il y a un « onsen » (bain public japonais) !

Le bateau accosté et la douane passée, la première chose à faire fût de changer nos rétroviseurs de côté. Ici on roule à gauche !
Pendant que nous parcourions les 25km pour sortir de l’immense agglomération de Fukuoka, nous avons eu la bonne surprise de retrouver des cyclistes dans les rues , ainsi que des voitures (très carrées) de taille raisonnable et souvent silencieuses (technologie hybride). La ville, en contrepartie de son étalement impressionnant n’est pas faite d’immenses tours d’habitation, à l’inverse des villes coréennes mais plutôt de petits immeubles de trois ou quatre étages tout au plus et plus loin, des quartiers de maisons traditionnelles.

Campagne japonaise

La ville derrière nous, nous avons découvert la campagne japonaise, elle aussi très peuplée ! Là où il n’y a ni habitations ni montagnes, il y a des cultures, un peu à l’image de la Corée du Sud mais encore plus optimisées ! Des rizières principalement.
Pas facile de trouver un endroit pour poser la tente lorsque la nuit approche, et qu’elle approche vite à cette période de l’année !
Un japonais aura bien faillit nous proposer l’hospitalité mais sa femme, par téléphone, ne voyait pas les choses de cette manière…
Pendant deux jours donc, nous avons roulé en milieu campagnard parmi ces maisons de bois sombre, à la toiture imposante et toujours brillante. Nous avons également pris de la hauteur et nous sommes retrouvés à traverser de belles forêts de bambous avec ici et là, des palmiers(!).

Et dans les bambous…

Quelles étaient agréables ces petites routes quasi inutilisées ! Car il faut préciser que le réseau routier au Japon est très dense. Parfois trois, voire quatre routes suivent parallèlement la même direction : l’autoroute payante, la route nationale, l’ancienne route nationale et la petite voie qui traverse les villages…
Tout allait donc pour le mieux jusqu’à ce que, en milieu d’après-midi, nous nous retrouvions face à une route fermée. Nous apprendrons par la suite que la cause de cette fermeture n’était autre que le terrible tremblement de terre qui a secoué la région en avril 2016.
Pensant arriver tranquillement en fin de journée chez nos hôtes au pied du mont Aso, il nous a alors fallu prendre une déviation sans trop savoir où nous allions… Et directement la route s’est élevée. Les kilomètres passaient, doucement (5km/h…), l’heure avançait et ça continuait de grimper. Parmi le flot ininterrompu de bagnoles (car c’est la seule route ouverte) un couple nous a bien proposé de nous amener à destination mais en nous précisant qu’on était « presque arrivé en haut » et qu’après  ce n’était « plus que de la descente ». On a donc décliné pour ensuite pester car il y avait encore une heure d’ascension ! C’est à la nuit tombante que nous sommes finalement arrivés au sommet du col, à plus de 1 000 mètres d’altitude, et que nous avons entamé la descente, certainement la plus angoissante de notre voyage, sur une route étroite, à l’heure où les gens rentrent du boulot, dans le froid, le noir total et avec un minimum d’éclairage… Arrivés en bas, un petit coup de pouce du destin nous a fait nous adresser à une jeune femme qui connaissait nos futures hôtes, et qui a pu nous escorter jusqu’à chez eux.

Quel soulagement ce fût d’arriver chez Shunro et Sachko après tout de même une dernière ascension, presque prévue d’avance tellement les écolos ont la fâcheuse tendance d’habiter dans des endroits reculés et le plus haut possible. Et quelle joie ce fût qu’ils nous emmènent, le soir même, au onsen tout proche ! Les onsen, ces bains publiques souvent naturels sont une véritable institution au Japon mais peuvent être des endroits quelques peu perturbant du point de vue d’européens… La première étape consiste à entrer dans les vestiaires collectifs. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. C’est ici qu’on se met à son aise, ce qui veut dire nu, pour ensuite entrer dans la salle des bains. Dans une atmosphère vaporeuse et bercée par un douce musique, chacun(e) prend alors place sur un l’un des petits sièges, face à un miroir et s’adonne à sa toilette. C’est ensuite détente et relaxation assurée dans des grands bassins, parfois en pierres ou en bois, remplis d’une eau chauffée à plus de 40°C ! Plusieurs bassins pour plusieurs températures ; parfois un jacuzzi, parfois un espace extérieur. La première visite au onsen est donc un étrange moment étant donné la pudeur occidentale mais passée cette gène, on n’attend plus que la prochaine occasion d’y retourner !

Les mesures doivent être précises!

Nous sommes ensuite restés deux semaines chez nos hôtes, acteurs du mouvement de Transition au Japon (voir notre article à ce sujet), au cours desquelles nous les avons aidés à de multiples tâches : coupe de bois, nettoyage du potager, construction d’un bâtiment avec des techniques traditionnelles, chasse au « trésor-topinambour » , etc.

Le climat sur cette île de Shikoku était encore agréable à cette période de l’année. Mais lorsque nous avons repris la route, mi-décembre, pour rejoindre Yamaguchi sur l’île d’Onshu un peu plus au nord, les quatre jours de pédalage nécessaires ont été bien plus humides et froids !
Heureusement la première nuit, qui fût la plus glaciale, Takeshi un cycliste rencontré au supermarché nous a offerts de dormir au chaud, à l’intérieur de son salon de thé. Aux petits soins avec nous, il nous a fait découvrir le matcha, le thé traditionnel japonais.

La côte nous a permis de retrouver un climat plus doux mais un environnement ultra-urbanisé.

Soleil levant sur le Pacifique!

Ce qui ne nous a cependant pas empêché de trouver un bivouac au bord de la mer et de passer la soirée autour d’un feu de camp revigorant !
Rouler à gauche ne pose pas de réel soucis en soi, on s’y habitue en quelques jours mais ce changement dans nos habitudes aura sans doute tout de même été la cause de la première chute du voyage pour Rémy. Sans gravité, seul le rétroviseur y a laissé des plumes!

La suite de la route jusque Yamaguchi, mis à part le passage par le tunnel piéton (!) qui relie l’île de Shikoku à celle d’Onshu, n’aura été qu’une successions de villes très étendues et de grosses routes inhospitalières.

Chez Hiro et Miki avec nos amis volontaires!

A Yamaguchi, c’est chez Hiro et Miki que nous passé deux nouvelles semaines de volontariat. Mais alors que nous pensions arriver dans une exploitation en agriculture biologique, nous nous sommes finalement retrouvés en compagnies de six autres volontaires venus du Danemark, de France ou encore de Singapour, au sein d’une expérience de vie en communauté, selon nous, pas très équilibrée. Malgré la générosité sans limite de nos hôtes, nous n’étions clairement pas sur la même longueur d’onde et n’avons pas réussi, et ce n’est pas faute d’avoir essayer, à nous comprendre.
Il serait long d’exposer ici nos états d’âmes à ce sujet. L’important étant, qu’en compagnie des autres volontaires, nous avons pu passer d’agréables fêtes de fin d’année.

Pour ne pas quitter le Japon sans avoir visiter la moindre grande ville, nous avons pris la décision de nous rendre à Hiroshima. La route fût encore une fois inintéressante au possible ; toujours ces mêmes zones commerciales ou industrielles qui ont bétonnées le moindre mètre carré de terre constructible.

Photo souvenir avec Missie et ses amies!

Malgré tout, une jolie rencontre, celle de Missie, aura éclairé cet ennuyeux trajet. Cette dame nous a arrêtés sur la route par curiosité, puis nous a invités dans son petit snack où nous avons passé un très agréable moment à échanger (enfin!) avec plusieurs japonais.

Dernière étape avant la ville tristement célèbre, l’île de Miyajima, véritable lieu spirituel pour les nippons mais également attraction touristique majeure du pays. Accueillis par un nombre impressionnant de daims nourris par les badauds, nous avons commencé la visite des différents lieux de cultes. Le temple Daisho-in construit à flanc de montagne et au beau milieu d’une superbe forêt nous a particulièrement plu. C’est une véritable vitrine de la religion bouddhiste, avec ses moulins à prières, ses centaines (milliers?) de statues de bouddha, ses odeurs d’encens et ses nombreux temples qui résonnent au son des fameux chants monotones qui appellent forcément à la paix intérieure et à la médiation.
Contrairement à chez nous, les japonais sont encore très pratiquants bien que pas toujours croyants. En effet, ici, culture, traditions et religions sont intrinsèquement liés et il n’est pas nécessaire de se dire bouddhiste pour aller s’incliner devant tel ou tel temple ou pour caresser la pierre qui vous portera chance pour l’année à venir.

Rencontre d’un troisième type!

Et pour finir, avant de rejoindre Hiroshima, nous avons pu bivouaquer sur l’une des petite plage de Miyajima en compagnie d’un daim particulièrement curieux.

Le 8 janvier, c’est encore une fois sous la pluie que nous avons roulé jusqu’à la tragiquement célèbre Hiroshima, dans le but, entre autre, d’y visiter le musée et le mémorial dédié à l’horreur de 1945, qui aurait fait autour de 200 000 victimes.

Mémorial d’Hiroshima

Plus de soixante-dix ans après, se retrouver à l’endroit même où l’humanité a décidé de mettre les plus hauts progrès scientifiques au service d’une cruauté et d’un cynisme qui dépasse l’entendement, fût pour nous bouleversant et terrifiant. D’autant plus que cette nation, soit disant la plus grande puissance mondiale, n’a jamais prononcé la moindre excuse ni le moindre regret…

Une fois ce « pèlerinage » accompli, nous avons visité cette ville parcourue de plusieurs imposantes rivières. La déambulation à vélo s’est avérée, à notre grande surprise, plutôt agréable sur les larges trottoirs ou dans les petites rues parallèles désertes.

Hiroshima

Et enfin nous avons pu découvrir une « vraie » ville japonaise, telles qu’on se les représentait. De grands boulevards bordés de hauts immeubles très carrés à l’architecture minimaliste (impératif dû à la forte activité sismique de l’archipel?), qui se croisent en de larges carrefours que les piétons envahissent prestement dès que le petit bonhomme vert et des petits cris d’oiseau les y autorisent ; de longues artères commerçantes couvertes où les enseignes des magasins rivalisent de taille et de couleurs ; des immenses salles de jeux (jeux vidéo et jeux d’argent) au vacarme assourdissant, qui ne semblent pourtant pas déranger le moins du monde les véritables zombies esclaves de leur addiction virtuelle ; des parkings à vélos bondés, parfois payants, où les bicyclettes sont négligemment verrouillées d’un minuscule anti-vol ; des rues moins fréquentées, pleines de petits restaurants en tous genres, à la devanture sombre et qui vous entraînent en sous sol.

Préparation de nos Okonomiyaki !

Assumant notre statut, une fois n’est pas coutume, de touristes conventionnels, nous sommes allés manger un Okonomiyaki, la spécialité locale, au Okonomi Mura, un bâtiment de quatre étages dédié à ce plat à base de chou, d’oeuf et d’une sauce bien particulière. Alors que nous sommes attablés à une sorte de bar, la cuisinière confectionne l’Okonomiyaki devant nous sur un grill. Convivialité garantie !

Après la visite du très apaisant jardin Shukkeien, typiquement japonais, il était temps pour nous de quitter Hiroshima pour nous rendre 150km plus au nord, à Oda, pour notre dernier WWOOFING chez Yoshi, un ami de Shunro. La neige annoncée pour les jours à venir nous a fait presser le « coup de pédale » et couvrir la distance en deux jours. La première journée fût bien agréable sur de petites routes aussi désertées que les villages traversés. Le froid et la neige menaçant, nous avons trouvé refuge dans une petite gare pour y passer la nuit. Mais le lendemain, la pluie puis la neige ne nous ont pas épargnés ! C’est in-extremis que nous avons gravit les contreforts du mont Sanbe avant qu’un épais manteau blanc ne recouvre le paysage au cours de la nuit suivante.

Chez Yoshi, Haruka et Chihiro – Oda

Yoshi, Haruka, son épouse et Chihiro, leur petite fille, nous ont accueillis pendant deux semaines sous leur toit, au milieu de la forêt, et eux aussi nous ont offerts à notre arrivée, d’aller nous détendre et nous réchauffer au onsen ! Peinture, cuisine, coupage de bois, isolation, soins aux animaux ou encore préparation de kimchee (fermentation de chou épicé) auront été quelques unes de nos activités. Et sinon, c’est autour de la cuisine que nous avons pu échanger nos savoirs-faire : eux nous apprenaient à faire de la soupe miso (qui fait partie de la base alimentaire des japonais avec le riz), des giosas (genres de raviolis) ou du tempura (légumes enfarinés et fris) et nous leur faisions goûter tartes, quiches et autre gâteau marbré.

Le départ de chez Yoshi, le 27 janvier, devait signifier la fin de nos aventures japonaises… Mais c’était sans compter sur une écharde oubliée dans le doigt de Rémy, qui nous a obligé à passer plusieurs heures à l’hôpital le 28, alors que nous devions prendre le bateau le soir même pour la Russie. Trois points de sutures plus tard, nous étions au terminal maritime de Sakaiminato et ce fût cette fois la douane qui faillit nous refuser le départ au motif que sur son visa, le prénom d’Elisabeth était écrit avec un « Z »…
Nous avons finalement embarqué et par la même occasion entamé notre retour vers l’Europe, par la glaciale Russie…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *