Le Japon en Transition!

Notre première rencontre au Japon fût celle de Shunro et Sachko à Minamiaso, sur l’île de Kyushu.
Shunro est le co-fondateur du mouvement « Transition Japan » et membre du groupe de transition de sa ville, Minamiaso.

Initié en Angleterre dans la petite ville de Totnes, le réseau des villes en transition est un mouvement social qui rassemble des groupes animant dans leur commune une initiative de transition, c’est-à-dire un processus impliquant la communauté et visant à assurer la résilience (capacité à encaisser les crises économiques et/ou écologiques) de la ville face au double défi que représentent le pic pétrolier et le dérèglement climatique.

Le volcan Aso

Shunro et Sachko habitaient la région de Tokyo il y a encore six ans. Deux jours après la catastrophe de Fukushima ils ont décidé de partir s’installer plus au sud, sur l’île de Kyushu. Déjà engagés dans le Mouvement de Transition, ce nouveau départ dans leur vie l’est encore plus. C’est sur un terrain au pied du Mont Aso, recouvert de cèdres, ces immenses sapins au tronc rectiligne, qu’ils ont choisi de construire leur maison.

L’habitat, et l’énergie qu’il consomme, demandent une importante réflexion pour mener à bien une transition énergétique. Ainsi, Shunro et Sachko ont pensé le leur dans l’optique d’être un maximum autonome et de se passer des énergies fossiles.

Réflexions sur les plans du futur bâtiment traditionnel japonais où sèchera le riz.

La structure de leur habitation est en bois et fût taillée et assemblée selon des techniques traditionnelles. Pas de clous ni de vis, tous les éléments s’encastrent les uns dans les autres grâce au fin travail de taille qui a précédé. Des cales et des « clous » de bois finissent de donner la rigidité nécessaire à la structure.
Rigide mais pas trop car dans cette région, comme l’a terriblement rappelé la catastrophe d’avril dernier, de gros séismes se produisent régulièrement.

La découpe de l’encoche !

Et effectivement, Shunro nous fait remarqué que sa maison (ainsi que d’autres de construction similaire) a parfaitement résisté au 7.0 de magnitude enregistré ce jour là, à l’instar d’autres bâtiments en dur… Seul un mur s’est fissuré mais sera très facilement réparable étant donné le matériau utilisé, un mélange de terre-paille.

Pour chauffer la pièce à vivre, ils ont recours à une cuisinière à bois sur laquelle un bouilleur a été installé. Ce système permet de récupérer la production de chaleur pour chauffer l’eau dont ils ont besoin pour la cuisine (vaisselle, lave-linge, lavage des mains, etc.).
Comme pour la construction de la maison, le bois est directement issu des forêts alentours.
L’eau chaude pour la salle de bain est produite 8 mois par an par d’un chauffe-eau solaire. En période hivernale le bois est encore mis à contribution.

Panneaux solaires et vitres pour le séchage de plantes.

Enfin, les besoins électriques sont entièrement satisfaits par des panneaux solaires disposés sur la toiture. Chose légale au Japon, le système est totalement coupé du réseau électrique national.

Il va sans dire que pour pouvoir être autonome avec de tels procédés, il faut avant tout réduire ses besoins en énergies. Limiter le nombre d’appareils électriques, se poser la question de l’utilité d’un (gros) réfrigérateur, posséder une surface habitable raisonnable ou encore s’équiper de toilettes sèches sont quelques pistes de réflexions…

Leur mode de vie les a menés à devenir végétaliens, c’est-à-dire qu’ils ne consomment aucun produit venant d’animaux (viande, œufs, poisson, lait, etc…). Ce choix personnel est motivé par différentes raisons : respect de l’environnement, respect de la vie animale, alimentation équilibrée suivant des principes traditionnels asiatiques (yin/yang, macrobiotique), consommation de fruits et légumes produits localement ou encore une profonde connaissance de leurs besoins nutritionnels.

Crème patissière et crumble vegan !

Parce que la transmission, l’échange et le collectif sont des notions au cœur du mouvement de transition, Shunro et Sachko utilisent leur yourte traditionnelle Mongole comme chambre d’hôte et accueillent régulièrement des volontaires (WWOOFing, WorkAway). En ce sens ils ont donné le nom de «Tanemaki » à leur lieu de vie, dont la traduction peut-être « semeur de graines ».

Le mouvement de transition est avant tout basé sur le fait que seuls, nos actions ont une portée limitée mais que par contre, la force d’un groupe permet de réaliser de grandes choses. Celui de Minamiaso est composé d’une vingtaine de personnes actives qui se retrouvent régulièrement pour réfléchir aux actions à engager, comme par exemple faire revivre des commerces de proximité, aux évènements à organiser, aux projets en cours, comme un marché de producteurs locaux, etc.

On trouve dans ce groupe des personnes de tous horizons, un maraîcher bio, une créatrice de vêtements teints naturellement, la gérante de l’épicerie bio du village, ou encore un peintre.
Afin de diffuser et promouvoir les idées de la transition, ils proposent des projections-débats dans l’optique de faire évoluer les mentalités. La transition étant bien trop souvent assimilée à un retour en arrière alors que bien au contraire, il s’agit d’utiliser les savoirs d’hier et les techniques d’aujourd’hui et de demain, pour vivre harmonieusement dans notre environnement. C’est une idée progressiste !

Carte Transition Japan

Les initiatives de transition se multiplient au Japon et partout dans le monde, et tentent de proposer une alternative crédible et heureuse au système actuel.


Pour finir quelques liens inspirants à ce sujet :

Et le lien vers le réseau français des villes en transition.

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