Quand tout ne se passe pas comme prévu…

Nous reprenons la route du Pamir après un bref repos à Khorog en ce 4 juillet, accompagnés par nos deux amis français.
La fameuse route M41 se trouve être en bien meilleur état que la portion précédente. Tant mieux, car pédaler sera certainement plus difficile à des altitudes supérieures à 4 000m.

Nous nous élançons dans cette large vallée, en pente légère. Cinquante kilomètres par jour, pas plus. Nous prenons soin de ne pas avancer trop vite pour habituer nos corps à l’altitude. Sur une distance de 150km nous monterons 2000m de dénivelé, pour nous retrouver à notre premier col à 4271 mètres.

Pas engageant...

Pas engageant…

Les montagnes qui nous entourent sont à plus de 4000m, parfois 5000 et même 6000 ! Vertigineux ! La pluie et le froid s’installent petit à petit, un vent fort nous pousse dans le dos. L’envie d’être sur le plateau du Pamir est là, nous sommes tous les quatre excités de rouler sur une des routes les plus hautes du monde !
Une pause à Jelandy, un petit village à 3 500 m qui dispose de sources d’eau chaude. Un petit bain à 40°C en fin de journée nous fait le plus grand bien. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, c’est ici un lieu de rencontre, on prend soin de soi, on frotte son voisin dans le dos, on se lave, on discute, on rigole…

Après cette pause revigorante et une bonne nuit de sommeil, nous voilà d’attaque pour ce premier col. Nous quittons le village, et très vite, en prenant doucement de l’altitude, les lumières changent, sont plus dures, les nuages sont plus près de nous, l’air est différent et nous ressentons alors une atmosphère particulière que nous n’avions jamais ressentie ailleurs. Le calme règne, nous croisons une famille de bergers et leur grand troupeau de moutons. Notre respiration devient déjà plus difficile et pourtant des gens vivent ici !

Elisabeth à 4 300m!

Elisabeth à 4 300m!

Les derniers 4km avant le col sont des plus difficiles. Certes, le vent s’est renforcé et nous aide à pousser nos vélos, mais la pente est plus raide. Rémy redescend plusieurs fois pour pousser mon vélo (Elisabeth)… Après 2 heures de montée, nous voilà en haut! Quel soulagement! Nous allons pouvoir redescendre! Je n’ai d’ailleurs qu’une envie, descendre pour retrouver un souffle correct. Nous faisons une pause au chaud, accueillis par une famille de bergers. Thé et yaourt au lait de chèvre. Un délice! Et quelle hospitalité! Mais je commence à me sentir mal. Le père de famille qui nous accueille me sert et me ressert de thé, me forçant à prendre du sucre. Une hypoglycémie? Ok, va pour le sucre.

Nous repartons assez vite, je sens que je dois descendre encore en altitude. 14 km de descente sur une route caillouteuse, mais le vent nous pousse toujours. A ce moment là, je crois que je me suis mise dans la tête que je dois descendre et tout ira mieux, je ne dois pas penser à mes symptômes mais me concentrer sur la route, profiter de ce paysage lunaire, vide de vie, où la lumière du soleil n’a jamais été aussi forte.

Un peu de chaleur humaine à 4 000m.

Un peu de chaleur humaine à 4 000m.

Et là, un nouveau col se dessine devant nous ; remonter à 4200 mètres ? Hors de question ! Les quelques minutes de repos près de la rivière n’y font rien, mon malaise devient plus fort, je vais alors me réfugier dans une ferme qui se trouve par chance juste à côté. La famille nous accueille les bras ouverts. On prend ma tension et on m’allume le poêle. Thé, pastèque, kéfir, ils prendront soin de moi… D’autres symptômes viendront dans la soirée, nous prendrons alors la décision de redescendre à Khorog, là où nous étions quatre jours auparavant. Vers 21h, le taxi arrive enfin. Super ! La mauvaise nouvelle est qu’il est rempli d’une vache… découpée ! Même la tête est là… et bien sûr, non emballée ! Pas de siège, peu de place. Ce sera pour Rémy un voyage assis au sol entre les morceaux, nos sacoches en vrac sur la carcasse, nos vélos sur le toit et moi à l’avant… Je ne m’étais pas rendue compte sur le moment de l’état de la voiture, mon souhait étant de redescendre au plus vite…

Le lendemain, nous voilà de nouveau à Khorog. Plus de peur que de mal mais je mettrais malgré tout trois jours à me remettre complètement de cette aventure…
Et là, il a fallu trouver une solution alternative. Etant donné qu’il n’y a qu’une route que les touristes peuvent prendre, qu’il y a 500 km à plus de 4 000m, un col à 4 600m, peu de voitures, le choix a été fait : je prendrai un avion pour me rendre au Kyrgyzstan et Rémy reprendra cette fameuse route, seul. Et nous nous retrouverons à Osh, au Kyrgyzstan, pour continuer notre chemin.

J’aurais de la chance lors de cette folle épopée ; 15 heures de voiture sur une route très mauvaise jusque Dushanbé, aux côtés d’une professeure d’anglais Tadjik. En attendant mon avion je retrouverais des amis de Chambéry, Brigitte et Nicolas, et d’autres suisses, Jonas et Emmanuelle. Puis une fois à Bishkek, une « couchsurfeuse » m’accueille et nous allons marcher dans les montagnes aux alentours. Une traversée du Kyrgyzstan en voiture de 15h à nouveau, m’amènera à Osh où je retrouverai d’autres amis de voyage.

Pour Rémy, le voyage fût tout à fait différent…

160725-pano_pamir01Le vendredi 15 juillet au matin, c’était donc l’heure de se dire au-revoir pour quelques jours. Après un an de voyage, à être presque 24h/24 ensemble, j’ai ressenti une sensation très étrange au moment de m’élancer seul sur la Pamir Highway. J’étais triste que nos chemins se séparent car ce voyage, nous l’avions rêvé et pensé à deux, et en même temps, je dois avouer que je ressentais une réelle excitation à partir, seul, faire cette route dont je rêvais depuis des années.

J’ai donc re-parcouru les 180km déjà effectués dix jours plus tôt en trouvant de nouveau endroits de bivouac, dont un particulièrement agréable, au bord d’une rivière à 3500m.
Pendant un an, j’ai pédalé en me calant sur le rythme d’Elisabeth mais là, seul, j’ai eu du mal à trouver le mien. J’allais trop vite et me retrouvais essoufflé au milieu des côtes, souvent raides.
J’ai fait de plus longues journées de vélo, autour de 70-80km. Non pas que mes forces étaient décuplées mais plutôt que je raccourcissais les pauses, car tout seul…

La famille Tadjik qui nous a aidés lorsqu'Elisabeth n'allait pas.

La famille Tadjik qui nous a aidés lorsqu’Elisabeth n’allait pas.

Une fois repassé le premier col à 4 300m, je suis allé remercier une nouvelle fois la famille qui nous avait aidés quelques jours auparavant lorsqu’Elisabeth ne se sentait pas bien. J’ai ensuite poursuivi ma route malgré leur invitation à rester prendre le thé et manger, car derrière moi, l’orage menaçait… Il me faisait régulièrement sentir quelques gouttes et entendre son grondement lointain, ce qui me fît augmenter l’allure. J’ai donc rejoint aussi rapidement que possible, avec heureusement un vent favorable, la petite ville d’Alichur. Là-bas, deux jeunes Kirghizes d’une dizaine d’années m’ont tout de suite proposé de m’emmener vers une « gastinica », un genre de chambre d’hôte. Un dernier regard vers le ciel m’a convaincu de prendre cette chambre pour m’y reposer après cette journée harassante !

Alichur après l'orage.

Alichur après l’orage.

Une fois l’orage passé, je me suis baladé dans ce village à 3 800m d’altitude. Les enfants faisaient du vélo entre les maisons carrées, au toit plat, faites de briques de terre ; des yaks broutaient près d’un terrain de basket-ball, face à la mosquée. Ici la végétation est presque inexistante, alors près de chaque maison, on trouve des tas de bouses séchées pour alimenter les poêles en prévision de l’hiver qui, m’a-t-on dit, est souvent très rude : -40°C.

Le lendemain, le ciel avait retrouvé son bleu impeccable. J’ai alors longé la longue plaine verdoyante d’Alichur, le vent dans le dos. Ça et là des yourtes et leurs troupeaux, installés près des cours d’eau. Je me lançais ensuite dans une longue descente de plusieurs dizaines de kilomètres au milieu de grande montagnes rouges, vertes ou ocres. Le midi, pas moyen de me mettre à l’abri du vent. Je suis alors allé manger dans une yourte, en bord de route. Pâtes façon « plov », viande de yak, yaourt de lait de yak et thé à volonté pour quelques euros. L’intérieur de la yourte était tout ce qu’il y a de plus traditionnel, tapis au sol et sur les « murs » et poêle à bouse au centre. Et la famille, Kirghize, était également en habits traditionnels. La communauté Kirghize est très présente dans le massif du Pamir. L’ambiance était parfaite, à ceci près que je n’étais pas un invité mais un client… J’ai donc mangé seul sur une petite table alors que la famille prenait le repas au même moment.

Bivouac bucolique.

Bivouac bucolique.

A l’heure du bivouac, alors que je commençais à trouver le temps long, Nida et Dan, deux cyclistes anglais, sont arrivés et m’ont rejoint. C’est à ce moment que j’ai vraiment réalisé l’importance de voyager à deux (ou plus). Pouvoir partager ses impressions, ses humeurs, les choses qu’on a appréciées ou au contraire qui nous ont dérangées.

Le jour suivant nous avons donc roulé tous les trois jusque Murghab. Cette ville étape au bazaar fait de containers fût l’occasion pour moi de faire des provisions et pour eux de prendre un Home Stay pour s’y reposer.
J’ai donc poursuivi tout seul et l’après-midi a été des plus dur ! Violent vent de face sur des lignes droites interminables en légère montée ; autant dire que je ne suis pas allé bien vite. C’est épuisé , après plusieurs heures à 8 ou 9km/h, que j’ai enfin trouvé refuge à l’abri d’une maison en ruine.
Sans le savoir je m’étais installé à moins de 500m d’un groupe de quatre cyclos que j’ai rencontré le lendemain matin et avec qui j’ai ensuite roulé plusieurs jours jusqu’à Osh.
Anne et Ben, un couple franco-belge et Aina et Jordi, un couple espagnol. Pas pressés le matin et prenant leur temps l’après-midi, ils ont été la rencontre parfaite pour ralentir mon rythme quelques peu effréné des jours précédents.160725-pamir_204

Nous avons donc franchi ensemble plusieurs cols au-dessus de 4 000m. Nous avons découvert avec émerveillement les eaux bleues du lac Kara-Kul qui est la conséquence d’un impact de météorite il y a 25 millions d’années.

Nous avons bivouaqué dans des endroits très variés, un ancien caravansérail, une gravière ou encore l’enceinte d’une maison en ruine, mais qui avaient tous un point commun : ils nous abritaient du vent. Ce vent de face qui ne daignait se calmer qu’entre 22h et 10h… Voyager à cinq apporte également un plus en terme de cuisine ! Les classiques pâtes ou riz étaient alors agrémentées de sauces finement concoctées et parfois même d’une salade! Nous nous demandions même parfois comment nous faisions pour si bien manger avec le peu de nourriture disponible dans les rares petits magasins.

Derrière, le Pamir.

Derrière, le Pamir.

Je suis ravi d’avoir pu parcourir cette route mythique, l’une des plus hautes du monde mais je ne peux cependant pas cacher mon regret d’avoir eu si peu de réels contacts humains. La Pamir Highway est une route touristique et les habitants s’adaptent en conséquence. Certaines yourtes sont à quelques mètres de la route et proposent des repas et du thé tels de véritables petits restaurants. On imagine sans mal qu’il y a quelques années elles étaient installées bien plus haut dans la montagne, auprès des troupeaux de vaches, de yaks et de moutons. Les enfants crient des « hello » et des « atcouda ? » (d’où viens-tu?) amicaux mais réclament aussi des cadeaux, des Snikers ou même de l’argent. A refaire, je préfèrerai re-parcourir la Turquie, par exemple, où l’on faisait des rencontres sincères et touchantes.

Les photos parleront mieux que mes mots pour finir de décrire ces paysages malgré tout surprenants, hostiles et impressionnants que j’ai pu parcourir pendant dix jours.

2 commentaires

  1. Eh ben cette étape fut une sacrée aventure pour chacun ! Reposez vous bien pour la suite.

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