Retour hivernal vers l’Europe

Mer de glace

Au matin du 30 janvier, à bord du bateau nous ramenant du Japon vers la Russie, après une fin de nuit agitée par la forte houle, nous sommes sortis sur le pont et avons découvert, émerveillés, la mer gelée ! Ou plus exactement recouverte d’innombrables morceaux de glaces aux allures de nénuphars. Un spectacle éblouissant, au sens propre comme au figuré, pour nous autres européens des pays tempérés. C’est dans ce décor peu banal que nous avons retrouvé Vladivostok, ville de l’extrême orient russe, et Evgeni, notre hôte Warmshower, qui nous avait déjà hébergé en octobre dernier.
Même pays, même ville mais ambiance tout à fait différente. Le thermomètre affichait désormais aux alentours de -15°C, ce qui n’empêchait cependant pas les gens de se déplacer à pied. Les fourrures, bottes en cuir et autres « chapkas » étaient de sortie et une glace vieille de plusieurs mois s’était accumulée sur les trottoirs. Et on pouvait marcher sur la mer ! Avec prudence tout de même car tous les ans, certains passent au travers ! Mais voir les russes s’y promener nous a rassuré.
Nous avons profité de cette escale de quelques jours pour nous trouver de bonnes paires de chaussures, histoire d’envisager la fin de notre hiver nordique plus sereinement.

Petit mémo à l’usage des gens qui prendront le Transsibérien : lorsque vous réservez votre billet, ayez conscience que l’heure affichée est celle de Moscou, ce qui signifie que si vous partez de Vladivostok, il y a 7h d’écart à prendre en compte… Ce qui explique peut-être pourquoi nous avons réservé un train qui partait à 1h du matin… (18h heure de Moscou).

Poissons séchés, fourrures…

Bref, nous avons donc embarqué, les vélos démontés et calés au dessus de nos couchettes, pour sept jours et sept nuits de train en direction du continent européen. Et à 1h00 précise, car le Transsibérien ne tolère aucun retard, nous avons quitté Vladivostok, ultime gare russe du « Far East », « l’Est lointain ».

A bord, nous étions en compagnie de Sergueï et Milna, un adorable couple russe venu rendre visite à leur fille depuis… Saint-Pétersbourg (à 10 000km de là ) ! En Russie, « habiter à l’autre bout du pays » n’implique pas les même contraintes qu’en France… L’une des dames responsable de la bonne tenue du wagon a été très arrangeante pendant tout le trajet (une fois n’est pas coutume…), que ce soit pour monter les vélos dans le train comme pour nous annoncer chaque arrêt un peu plus long, pendant lequel nous pouvions sortir prendre l’air. Car contrairement à la majorité des passagers, nous avions besoin changer d’air ! Ne serait-ce que pour nous lever, marcher, respirer cet air glacial de Sibérie, jusqu’à -32°C !

Dans le Transsibérien

Nous avions déjà parcouru en train la première partie de Vladivostok à Ulan-Ude donc nous nous sommes très vite senti « chez nous », avec nos petites habitudes. A bord, pour « cuisinier », il n’y a qu’un simple samovar qui fournit de l’eau à 90°C en permanence. Fort heureusement, nos repas à l’inverse des autres passagers, n’étaient pas constitués uniquement de soupes chinoises mais agrémentés de tofu, algues, miso et autre perilla ramenés du Japon !

D’interminables forêts de bouleaux en immenses rivières glacées, de plaines pétrifiées par le froid en petits villages aux chaumières fumantes, nous sommes finalement arrivés à Moscou le 9 février.

Nous y sommes restés quelques jours, hébergés par Natalia (réseau Warmshower) et ses enfants, Julia et Georges.
La capitale russe ne s’est pas montrée impitoyable envers nous ; à peine quelques petits degrés sous zéro, température très douce pour un mois de février quand les moscovites sont plutôt habitués au -15°C !

Cathédrale St Basile – Moscou

C’est donc à pied que nous avons pu visiter le centre historique de la ville : sa fameuse Place rouge, ses églises et cathédrales orthodoxes, le Kremlin, le centre commercial Gumi ou encore l’imposant bâtiment au style URSS du KGB. Car il ne faisait tout de même pas si chaud que ça, nous avons flâné, comme les moscovites, dans quelques unes des plus belles stations de métro, véritables œuvres d’art architecturales, construites sous le régime communiste.

Puis dans la nuit du 13 au 14 février, nous avons pris une fois de plus un train pour rejoindre Saint-Pétersbourg. C’est cette fois Olga (réseau Warmshower) qui nous a accueilli pendant quelques jours afin que nous puissions découvrir l’ancienne capitale russe, appelée également la « Venise du Nord ».

Saint-Pétersbourg nous a bien plus enthousiasmés que Moscou. Peut-être son aspect indéniablement européen y est-il pour quelque chose… Serions-nous pressés de revenir sur le vieux continent ? Toujours est-il qu’ici, nous avons retrouvé le faste de l’architecture des grandes villes d’Europe avec ses grands boulevards et ses hauts immeubles quasi Haussmanniens. Mais en plus, des façades vertes, roses, jaunes à l’italienne ; tous ces bâtiments colorés contrastant avec l’image grisâtre de l’ex-URSS.

Musée l’Hermitage – Saint Petersbourg

Quelques balades entre les canaux, la visite de l’Hermitage, l’un des plus grand musée du monde, une session patins à glace, des repas très bon marché dans les « stolovaya », des self-services où l’on peut manger un repas complet pour quelques euros, puis nous sommes allés voir La Grande Maquette de Russie qui représente les différents paysages de toutes les régions du pays sur plus de 800 mètres carrés.
Et après une soirée « pizzas maison » avec Olga pour cheffe pizzaiolo, nous avons quitté Saint Petersbourg et la Russie pour rejoindre Tallinn, l’Estonie et donc l’Union Européenne en bus.

Et même si le douanier russe a un peu tiqué quant au visa iranien présent sur notre passeport, nous avons traversé notre dernière frontière «contrôlée» sans problème.
A Tallinn, « petite » ville au centre historique médiéval très charmant, nous avons eu la visite des parents d’Elisabeth le temps d’une semaine. Cela faisait un an que nous n’avions vu personne de nos proches bien que Skype fasse parfois oublier les distances qui nous séparent.

Concours de pêche sur glace

Nous avons donc visité la capitale et sa région et même fait une virée dans le centre du pays pour assister à un concours de pêche sur un lac gelé ! Ambiance polaire et peu commune pour nous autres français !

Enfin, à vélo cette fois, nous nous sommes rendus dans le Parc National de Lahemaa, à l’Est de Tallinn pour y faire un Work-Away (volontariat) chez Jim, un anglais qui s’est installé ici il y a plus de trois ans. Avec l’aide de nombreux volontaires, il a rénové une vieille maison a l’abandon, construit un sauna et aménagé ce lieu destiné à devenir un « éco-hostel ». Et le tout en utilisant des matériaux locaux et renouvelables, notamment du bois issu de la forêt alentour et du COB (mélange terre-paille). Nous y sommes restés deux semaines et avons notamment aidé à la construction d’un grand abri pour vélos.

Forêt du Lahemaa Park

Nous avons également pu découvrir le Parc National et sa splendide forêt digne des comptes des frères Grimm ainsi que la côte, encore gelée, autour de la ville de Loksa. Dans ce cadre idyllique nous avons pu expérimenter la cuisine et le chauffage de l’eau au poêle à bois ainsi que le Sauna, indispensable dans ce pays ! Un système de bouilleur (tuyaux passant dans le foyer du poêle) est raccordé à un chauffe-eau ; au moment lancer le feu pour cuisiner, on chauffe la pièce et on chauffe l’eau. Parfaitement efficace, écologique et économique.
Le bâtiment du sauna, lui aussi bien sûr chauffé au bois, est équipé d’un toit végétalisé (mousse, herbe, plantes diverses) qui outre le fait qu’il s’intègre joliment au paysage forestier, permet de réguler la température intérieure. Il conserve la chaleur l’hiver et la fraicheur l’été. De plus, il limite des effets indésirables du ruissellement des eaux de pluie, celles-ci étant en partie absorbées par les plantes. Bref, ce fût deux semaines très inspirantes pour nos projets futures !
Jim est également co-fondateur de www.thepoosh.org, un site internet qui permet de mettre en relation des volontaires avec des personnes ayant un projet d’autoconstruction écologique.

C’est depuis Loksa que nous avons réellement repris la route à vélo pour une dernière « ligne droite » vers la France. Retour programmé début juin à Hirson, dans le nord, dans la famille de Rémy.

Au-revoir Jim!

Un commentaire

  1. Coucou les Amis,
    Rester dans le quotidien ou voyager: deux espaces temps bien différents! Oser le départ, confiance sur le chemin… et le retour! Merci, merci pour tous vos commentaires, précisions, qui nous permettent de vous suivre. Les sédentaires, “petits voyageurs” et certainement “les grands également” vous attendent le moment venu pour partager toutes ces richesses et voir, un peu plus tard, comment les mettre en pratique ici ou là!
    A tout bientôt, bises à partager de Sa-Voie, Sa-Voix, sous la neige printanière!
    Catherine

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *