En transit par la Russie…

Comme cela était prévu, nous sommes restés deux semaines au Kazakhstan. Un plus long séjour aurait nécessité un visa payant.
Il ne nous en fallait pas plus pour rejoindre Almaty, l’ancienne capitale Kazakhe, depuis la frontière Kirghize. Une semaine de vélo bien rythmée (quelques 80km/jour) pour dire au-revoir aux atroces pistes, aux verdoyantes montagnes et plaines Kirghizes et (re)découvrir la steppe Kazakhe que nous avions effleurée à la fin du printemps dernier.
Nous n’avons pas pu prendre le temps de nous rendre dans le “Sharyn canyon” que l’on nous avait fortement conseillé, car il nous fallait rapidement rejoindre Almaty pour y faire nos visas Russes. L’ambassade n’étant ouverte à cette fin que deux jours par semaine, avec un court visa Kazakh de 15 jours, il a fallu optimiser!
Pour les 150 derniers kilomètres, l’ancienne route principale, aujourd’hui quasi inutilisée, nous a permis une tranquillité forte agréable, le long d’un canal. Puis la ville approchant, les paysages vides de vies humaines se sont rapidement transformés. En quelques kilomètres, les bas côtés sont devenus de véritables décharges et les petites villes de lointaines banlieues, recouvertes par la poussière de l’immense carrière toute proche, semblaient remplies de gens hagards et parfois saouls, vivant dans des maisons bien souvent délabrées. Les petites mains de la croissance d’Almaty, exclue de la modernité urbaine.

Tout d’abord hébergés à Almaty par James, un anglais expatrié du réseau Warmshower, nous avons ensuite dû prendre un hostel, le Sky Hostel, à la terrasse panoramique au 11ème étage ! Pendant que notre demande de visa devait être scrupuleusement analysée par l’ambassade de Russie, nous avons pu redécouvrir la modernité d’une ville très proche des standards occidentaux. Après plusieurs mois passés dans l’inconfort de l’Asie Centrale, nous fûmes partagés entre le bien-être que procurent les facilités d’une ville moderne (propreté, commerces bien fournis, transports publiques efficaces) et le dégout que nous inspire ce modèle de développement qui laisse une bonne partie de la population de côté. Au Kazakhstan peut-être plus qu’ailleurs les inégalités atteignent des sommets. L’argent du pétrole et du gaz ne profite pas à tout le monde. D’un côté des hôtels luxueux et d’impressionnantes infrastructures flambant neuves pour accueillir les prochaines Universiades (Jeux Olympiques pour les étudiants) et de l’autres, des quasi bidonvilles en périphérie et des gens qui vendent des fruits et légumes dans la rue pour, on l’imagine, quelques dollars chaque jour…

Avec Ombeline et Simon

Avec Ombeline et Simon

Une fois le visa en poche nous avons pris le train en compagnie d’Ombeline et Simon, deux amis cyclos français, pour rejoindre la frontière Russe. L’embarquement des vélos fût encore une fois une aventure à cause de la rigidité et de l’antipathie des agents du train, pour qui monter quatre vélos dans l’un des quinze wagons semblaient être une tâche démesurée. Notre insistance aura eu raison de leur mauvaise foi et en une vingtaine d’heures de train, nous avons rejoint la ville de Semey à une centaine de kilomètres de la Russie. C’est à vélo que nous avons franchi la frontière avec, au passage, un petit interrogatoire paranoïaque en russe, plus rigolo qu’autre chose, de la part des douaniers.

Pas gagné...

Pas gagné…

La Russie, c’est en autostop que nous avons décidé de la traverser. Pour une question certes financière, mais aussi dans l’espoir de nous imprégner un peu plus du pays que lors d’un long trajet en train.
Une seule journée nous a été nécessaire pour nous rendre à Novosibirsk, à 600km. Une performance car avec deux vélos chargés, peu de véhicules sont susceptibles d’accepter de nous prendre. Une petite camionnette et un poids lourds ont été nos convoyeurs mais ce fût une journée épuisante, qui nous a décidé à ne pas continuer de faire du stop avec nos vélos. Nous avons alors choisi l’option de les envoyer en train-cargo jusque Vladivostok et de les récupérer là-bas.
Novosibirsk est une ville récente, d’à peine plus d’un siècle, qui a connu son essor économique grâce à l’arrivée du Transsibérien qui y traverse l’immense fleuve Ob, et la délocalisation des industries de l’ouest pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Andrey du réseau Couchsurfing nous y a accueilli pendant quelques jours et nous a grandement aidés à organiser l’envoi de nos vélos et bagages. Et en sa compagnie, une virée dans la campagne alentour (le jour des élections législatives auxquelles il s’est rendu sans grandes convictions…) nous a conquis par le charme des maisonnettes en bois colorées au bord des lacs et au milieu d’immenses forêts aux couleurs d’automne. L’idée reçue selon laquelle l’architecture « bétonnisée » type ex-URSS est la norme en Russie nous a empêchés d’espérer y être séduit. Erreur ! Certes dans les villes, beaucoup de bâtiments et de statues rappellent incontestablement l’ère soviétique mais une fois sorti de quelques kilomètres, les datchas (petites maisons de bois entourées d’un potager servant souvent de résidences secondaires mais parfois de véritable habitation), regroupées au bord de petits lacs et entourées de forêt, s’intégrant parfaitement au paysage, nous ont émerveillés.

Amis d'autostop

Amis d’autostop

Séparés de nos vélos, nous avons quitté Novosibirsk avec pour objectif de rejoindre Vladivostok, 6 000km plus loin, et avons commencé à réellement prendre conscience de l’immensité du territoire Russe.

Nous nous sommes tout d’abord rendus à Krasnoyarsk (800km plus loin) qui voit passer un autre fleuve majeur, le Yenitse, le plus grand de Russie. De là c’est un père, son fils et son neveu, rapatriant un autobus vide jusque Vladivostok qui nous feront faire presque intégralement le trajet jusqu’à Irkoustk (1 000km!). Du stop grand luxe !
Dans cette ville où coule le fleuve Angara, c’est Vasili du réseau Couchsurfing qui nous accueille et nous propose de nous accompagner marcher au bord du lac Baïkal. Nous avons alors rejoint en marshutka (mini bus) la petite ville touristique de Listvyanka, située à l’embouchure (ou plutôt à la source) de la rivière Angara, au bord de la plus grande réserve d’eau douce du monde, le lac Baïkal !
Accompagnés par Vasili et son amie Ania, nous sommes partis pour une journée de marche le long du lac sur le Great Baïkal Trail (Grande Randonnée du Baïkal). Après une semaine d’autostop, de bruit de moteur et de monotonie de la route, ce fût pour nous une véritable bulle d’oxygène. Quel bonheur de marcher dans la forêt parée de ses couleurs d’automne et bordant le lac qui est en fait une faille géologique de quelques 1600m de profondeur et 600km de long, et qui est peut-être amené à devenir un jour (dans quelques millions d’années) un nouvel océan.

Au bord du Baïkal

Au bord du Baïkal

Une fois au petit village de Bolshoiye Koty, nous avons manqué de quelques minutes le dernier bateau du retour. Un mal pour un bien car « bloqués » dans cet écrin de nature, ce petit paradis isolé, nous avons passé la nuit dans une charmante Guesthouse en bois.
Le lendemain matin le retour en petit bateau jusque Listvyanka fût quelque peu humide et frais.

Nous nous sommes alors rendus de l’autre côté de l’Angara, à Port-Baïkal, pour prendre l’ancienne ligne ferroviaire du Transsibérien. Une ligne historique qui n’existe plus aujourd’hui que pour les touristes et, une fois par jour, à 2h45 du matin (!), pour les locaux. C’est ce train nocturne que nous avons pris. 100km pour rejoindre Slyudyanka, 5 heures de train et 36 tunnels !

Notre goût pour l’autostop finira de s’estomper avec Alexey malgré qu’il nous eu emmenés jusqu’à Ulan-Ude et nous eu même invités chez lui pour la nuit, dans sa maison en bois. Malgré cela, un constat s’est imposé. Le stop pour faire de longues distances, dans un pays dont on ne parle que très peu la langue et avec des conducteurs bien souvent « fous du volant » n’est pas pour nous ! Nous avions de plus l’impression de perdre notre temps à traverser des immensités monotones avec pour bruit de fond, au choix, de la musique russe ou le bruit du moteur.
Nous avons alors décidé de prendre le train à Ulan-Ude, le fameux Transsibérien, afin de rejoindre Vladivostok plus rapidement que prévu.

Le 28 septembre à 5h55, 0h55 heure de Moscou (car le Transsibérien long de 9 288km est basé sur toute sa longueur sur l’heure de la capitale Russe), nous avons donc embarqué pour trois jours et trois nuits au rythme des lentes secousses du train.

Scène de Transsibérien

Scène de Transsibérien

Trois longues journées à voir défiler les forêts de bouleaux, parfois entrecoupées d’une rivière, d’un lac ou d’une ville. Les courts arrêts nous ont permis de prendre l’air mais malheureusement, les petits vendeurs de quai, auprès de qui on pouvait autrefois acheter de la nourriture fraichement préparée et qui faisaient partie du mythe du Transsibérien, n’ont plus le droit de vendre leurs produits au passage des trains. Les nouilles chinoises lyophilisées dans leur pot en plastique ont remplacé les soupes, « samsas » et autres beignets préparés par les habitants des villages traversés… Là où en Ouzbékistan les vendeurs défilaient encore avec leurs sacs remplis de « préparations maison » et des poissons séchés à la main, ici, à l’intérieur du train, une dame fait d’interminables aller-retours pour proposer des sodas et des confiseries de supermarché. Elle ne gagne probablement pas le quart de ce qu’elle vend. Son visage est triste et ses paroles monotones. Qu’est-ce qu’on la comprend !

Vladivostok

Vladivostok

Le 1er octobre, au matin, nous avons débarqué en gare de Vladivostok ! Un petit goût de bout du monde Russe. La ville récente d’une grosse centaine d’années, est construite autour du port commercial situé dans une baie de la Mer du Japon. La Mer du Japon… Ce n’est pas encore tout à fait le Pacifique mais on s’en rapproche !
Le temps de récupérer nos vélos et d’organiser notre départ en bateau pour la Corée du Sud, nous avons été hébergé par Evgeni du réseau Warmshower. Il est professeur de géographie et nous a proposé de présenter notre voyage à plusieurs de ses classes. Ce fût alors une matinée très agréable à échanger en anglais avec des jeunes de 12 à 16 ans.

Nous avons ensuite tourné la page Russe et russophone de notre périple en prenant un bateau vers un pays qui ne faisait absolument pas partie de nos plans il y a de ça encore quelques mois, mais qui attise maintenant toute notre curiosité. Nouvelle langue, nouvelle culture, nouvelle monnaie, nouveaux faciès… Et on va retrouver des pistes cyclables !

Un commentaire

  1. Bonjour ,
    merci pour les descriptions de votre aventure , vraiment sympa !
    bonne route !
    Daniel et le fiston Samson ( Ronce les Bains )

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