A l’assaut des montagnes Tadjikes !

Après quatre jours reposants à Dushanbe, notre permit GBAO en poche (autorisation pour accéder à la région autonome du Haut Badakhchan), nous avons repris la route avec en ligne de mire les hautes montagnes du Tadjikistan et la fameuse Pamir Highway. Il s’agit de la seule route qui relie la Chine en traversant le massif des Pamirs. Elle fût construite au début du XXème siècle par l’Union Soviétique. C’est loin d’être une Highway (autoroute), c’est en réalité une route à moitié asphaltée qui passe par plusieurs cols à plus de 4 000m d’altitude. Il y a peu de circulation, simplement quelques voitures, 4×4 et camions mais surtout, beaucoup de cyclistes à cette époque de l’année!

Depuis la capitale, Dushanbe, il y a deux options. La route du nord, avec un col à plus de 3 000 mètres, et la route du sud, moins haute mais de 100km plus longue. Nous avons choisi celle du sud qui semble moins empruntée.

Si si, on a passé les 10 000km!

Si si, on a passé les 10 000km!

A Dushanbe, à l’hostel, nous avons rencontré et retrouvé plein de voyageurs en tous genre : à vélo, bien sûr mais aussi à moto, en 4×4, en stop. Des moyens de locomotions très différents mais tous avec la même idée en tête : aller parcourir la route du Pamir ! Nous y avons d’ailleurs retrouvé Lise et Baptiste, un couple de cyclos français rencontré quelques semaines plus tôt en Iran et parti depuis neuf mois de France.
Au soir du premier jour, ils nous ont rejoint à l’heure du bivouac. Nos rythmes de vie et de pédalage s’accordant, nous avons alors décidé de rouler quelques temps ensemble. Nouvelle expérience pour nous, voyager à plusieurs.

Lac artificiel de Nurak.

Lac artificiel de Nurak.

Jusqu’à la ville de Kulob, la route était en bon état, faite de montées progressives avec de superbes paysages, dont le lac artificiel de Nurak et ses eaux turquoises. Mais par contre, deux tunnels de plusieurs kilomètres de long… A peine étions-nous entrés dans le premier qu’une panne de courant nous a plongés dans le noir total pour les trois derniers kms… heureusement que nos frontales étaient bien chargées ! Comme pour compenser cet incident, nous nous sommes fait escorter dans le second par une voiture en feux de détresse ! La classe !

En haut du col à 2 000m.

En haut du col à 2 000m.

Après Kulob, il a été question de franchir un col à 2 000m. Première vraie difficulté de la Pamir Highway sous la chaleur et en bonne partie dans des pentes raides et dans les cailloux. Nous avions un sentiment de réconfort lorsque nous nous faisions parfois doubler par de gros camions qui semblaient galérer autant que nous ! Vitesse moyenne de la montée 4,8km/h…
Une fois en haut, après avoir engloutis une pastèque gentiment offerte pendant la pause devenue quotidienne entre 12h et 16h, nous avons entamé la descente. Nous pensions profiter d’une belle et longue descente jusqu’à la frontière afghane, mais c’était sans compter sur l’immense chantier, sur 50km, de la future nouvelle route auquel s’affairent des entreprises Chinoises, Turques et Iraniennes. Résultat : nous avons fait du VTT de

Descente dans la poussière...

Descente dans la poussière…

descente sur des vélos de voyage ! Slalom entre camions, tractopelles, trous, cailloux et le tout dans un épais nuage de poussière qui, au bout de plusieurs heures, se dissipe pour nous laisser découvrir les hauts sommets afghans et la vallée du Panj, la rivière qui délimite la frontière entre les deux pays. Superbe !

Épuisés par cette journée, nous avons trouvé, comme en récompense, un joli bivouac parmi les pistachiers. Cerise sur le gâteau, la possibilité de prendre une courte douche avec notre poche à eau et de nettoyer une bonne partie de la couche de poussière qui nous recouvrait!

Nous avons ensuite longé le Panj, cette large rivière impressionnante et déchaînée, pendant près de 400km jusqu’à la ville de Korogh. La route, à priori en pente légère, fût en fait une interminable succession de montées-descentes, souvent dans les cailloux. Encaissée entre d’immenses montagnes l’accès a été creusée dans la falaise.

Les Afghans creusent dans la roche pour y construire une piste...

Les Afghans creusent dans la roche pour y construire une piste…

Face à nous, les afghans semblent batailler pour faire de même ou pour dégager les éboulements. Mais eux creuses à la « main » et le chantier de cette piste le long du Panj semble démesuré au regard des moyens dont ils semblent disposer !

La route que nous avons empruntée nous a fait suivre les méandres de la rivière et nous a fait traverser de nombreux villages tadjiks, véritables oasis de verdure au milieu de montagnes minérales et arides. Ils étaient pour nous l’occasion d’une pause fraîcheur à l’ombre des grands arbres ou près d’un torrent. Nous cherchions aussi à nous y ravitailler dans les petits magasins souvent très mal approvisionnés. Et lorsque nous ne trouvions pas de pain, par exemple, il n’était pas rare qu’un tadjik nous en dégotte chez lui ou chez un voisin.

Des potagers bien fournis!

Des potagers bien fournis!

La vie dans ces villages tourne autour des potagers, des arbres fruitiers et des animaux de ferme. Ces villages sont d’ailleurs tout le temps construits à l’endroit où coulent les torrents qui descendent de la montagne. Nous avons été surpris d’y trouver une telle abondance de fruits et légumes ! Les grands potagers au bord de la rivière fournissent pommes de terre, choux, tomates, oignons et courges. Les vergers eux regorgent d’abricots, de pommes, de noix, de cerises et de « tutes » (genre de mûres mais sur un arbre). Nous avons pu découvrir tout cela au sein d’une famille qui nous a invités tous les quatre à passer la nuit chez eux. Le père de famille, très fier de son potager et de son verger en surplomb de la rivière, nous a fait faire une visite complète. Comme partout ailleurs, l’eau du torrent est canalisée pour irriguer les plantations et pour subvenir aux besoins des quatre générations de la famille.
Sans aucun doute le repas qu’ils nous ont servi venait tout droit de la production familiale. Ils nous ont d’ailleurs confirmés leur quasi autonomie alimentaire. Par nécessité, car les revenus sont très faibles, et car c’est une évidence pour eux de produire leur propre nourriture. Malheureusement, une nouvelle route va passer exactement dans leur verger qui est donc condamné à disparaître, alors que la famille le bichonne depuis plus de 200 ans, génération après génération…

Contemplation d'un village afghan.

Contemplation d’un village afghan.

Malgré l’isolement de la région que nous traversons, côté afghan, les villages paraissent être encore bien plus pauvres. Seule la rivière nous sépare de ce pays et nous pouvons donc observer leur mode de vie et parfois échanger quelques signes de main et des « hello ». Là-bas, pas de voitures, les gens se déplacent à moto ou à dos d’âne. A priori pas ou peu d’électricité et les maisons faites de terre semblent être d’une fragilité effrayante au regard des éboulements qui ont l’air de se produire régulièrement… Les habitants nous donnent l’impression de vivre en autonomie grâce aux animaux et aux terrains cultivés, parfois sur les pentes vertigineuses.

La vallée s'élargit, les champs aussi!

La vallée s’élargit, les champs aussi!

Après la ville de Vanj, à une centaine de kilomètres de Korogh, la vallée s’élargit et le Panj s’apaise pour former une sorte de grand lac. Les cultures s’étendent et la végétation en générale gagne du terrain. Le bruit assourdissant de la rivière déchaînée des jours précédents laisse place à un calme reposant. Seul le passages des camions et des 4×4 taxis qui se croient au Paris-Dakar viennent rompre le silence.

Ces dix derniers jours ont certainement été les plus sportifs de notre voyage. Mais le fait de voyager à quatre nous a indéniablement apporté une énergie supplémentaire pour affronter les cailloux et les pentes raides et atteindre Korogh, dernière ville étape avant de commencer l’ascension des Pamirs.

3 commentaires

  1. Toujours aussi formidable de vous lire! Bon courage pour la suite…

  2. la classe de CE1-CE2, Châteauneuf

    Nous sommes impressionnés par les montagnes, plus hautes, plus arides que celles de la Savoie !
    Bon courage pour la suite de la route Pamir Highway.

  3. Coucou c’est une enfant de l’école de chateauneuf en Savoie mon nom est Canelle Chantran vous ne me connaissez pas car je n’était pas là quand vous êtes partis . Je suis en cm1 avec Hugues Martin.Je trouve que c’est du courage d’aller jusqu’au Japon en vélo.Moi je trouve sa trop fort. Bon courage pour la suite !!!!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *