La chaleur de l’hiver anatolien

Mercredi 20 janvier, nous quittons Iznik, petite ville chargée d’histoire et riche de nombreux sites historiques et archéologiques. Elle est également réputée pour sa céramique, qui orne d’ailleurs l’un de ses minarets, et pour posséder l’arbre le plus vieux de Turquie : 1360 ans ! Nous remercions Soner de nous avoir permis de découvrir tout ça.

Nous partons sous le soleil mais les températures ont bien chuté. Nous laissons derrière nous les rives du lac d’Iznik et commençons à prendre de l’altitude pour nous rendre en quelques jours à Eskisehir, aux portes de l’Anatolie.

160205-goreme11Nous roulons presque sans discontinuer sur la large bande d’arrêt d’urgence d’une 2 x 2 voies où, malgré le trafic plutôt dense, nous nous sentons en sécurité. Pendant quelques jours, la neige se met à tomber par intermittence. L’humidité ambiante renforce la sensation de froid mais plusieurs fois par jour, les turcs nous offrent le thé pour nous réchauffer ! De plus nous ne dormons jamais dehors ! Une nuit dans une station-service, une autre dans une mosquée, l’hospitalité ici est quelque chose de sacrée !

Après ces quelques jours de mauvais temps, nos vélos sont plus sales que jamais et impossible de les nettoyer, les stations de lavages sont hors service à cause des températures autour de -10°C ! Tant pis, ils devront patienter.160205-goreme13
Pour notre part, nous sommes hébergés à Eskisehir par Gökhan et son frère, du réseau Warmshower, qui nous invitent dans un restaurant kurde, leur région d’origine. C’est le ballet des plats et l’art de multiplier les mets les plus simples.

Nous reprenons la route après une journée de pause, direction l’Anatolie, les petites routes et le froid hivernal !

Effectivement, sans surprise, les températures sont plus que froides. Nous passons alors les journées à pédaler et dès que nous nous arrêtons, il faut bouger !! Heureusement, les soupes dans les stations-services ne sont qu’à 3TL (1 euro) et nous réchauffent.
Nous passons la nuit la plus froide (-15degrès) dans un hôtel en bord de route.

Le 26 janvier, nous nous enfonçons un peu plus dans les terres et quittons la voie rapide à Emirdag. Nous roulons alors vers le Tuz Gölü (lac de sel) en passant par de petits villages. Certains sont complètement abandonnés, d’autres paraissent à moitié vides. Nous apprenons alors au fil des rencontres que la plupart des habitants sont partis en Europe. « Mon cousin est en France, à Lyon » « Je suis revenu pour les vacances voir ma famille, je travaille à Copenhague depuis 22 ans ! ». L’exode rural ici se fait à l’international !

L'Imam et son épouse

L’Imam et son épouse

Le soir nous trouvons refuge dans la mosquée d’un village. Un couple d’habitants nous autorise à dormir à l’intérieur et nous informe que l’Imam revient le lendemain matin. Qu’à cela ne tienne, nous nous installons dans la pièce voisine à la salle de prière, un peu gênés mais au chaud. Le soir Hasan et sa femme reviennent nous voir et nous apportent pain, olives, omelette et bien sur du thé ! Nous les regardons, surpris, installer le repas à même le sol de la mosquée. En quelques instants nous comprenons qu’ici, la mosquée est avant tout un lieu de vie ouvert à tous et la gêne que nous ressentions d’occuper un lieu de culte s’envole.
Le lendemain matin, 6h, l’heure de l’ezan, l’appel à la prière. Quelques secondes avant qu’il retentisse, l’Imam ouvre la porte et nous trouvant emmitouflés dans nos sacs de couchage, nous salue. Cinq minutes plus tard, il revient et nous prie de venir chez lui au chaud. En déjeunant avec lui et son épouse, il nous explique sa surprise de nous avoir trouvé dans la mosquée et s’excuse de n’avoir pas été là la veille au soir, pour nous faire dormir chez lui. Nous repartons sur une route blanche, pleins de bonnes énergies.

Les paysages alentours nous dépaysent totalement ! A perte de vue, des champs vides de toute construction humaine. Les routes sont quasi désertes et plates. Dès que nous croisons une voiture (bien souvent des Renault 9 autrement appelées Renault Broadway !), nous avons droit à un coup de klaxon et des signes amicaux à travers le pare-brise.
Entre deux voitures nous profitons du silence, nous écoutons les oiseaux voler et entendons même les souris en bord de route !

Petite ville de Yunak

Petite ville de Yunak

Nous passons un petit col enneigé pour basculer sur la ville de Yunak. Nous nous renseignons à la mairie pour trouver un endroit pour dormir. Ici on ne fait pas dans la demie mesure : en cinq minutes, on nous réserve une petite chambre d’hôtel pour la nuit.
Malgré les prévisions météo, la neige fait son retour. En une matinée, nous nous ferons offrir le thé dans quatre stations-service différentes !
A Sülüklü, une petite ville au milieu de nulle part, nous sommes hébergés dans une salle adjacente à la mosquée, tout naturellement, comme si c’était normal.

Le 29 janvier, nous approchons du Tuz Gölü, espérant voir de grandes étendues de sel.
Nous nous arrêtons dans la ville précédente, Cihanbeyli. Nous cherchons un endroit pour dormir et Rémy, attiré par une table de pique-nique propose de monter sur la colline. Un petit 15% de montée et nous apercevons des femmes faisant cuire du pain dans leur four. A peine posons-nous le pied à terre que la mère de famille nous offre à chacun un pain et une moitié de pizza tout juste sorti du four. Nous demandons alors si nous pouvons poser notre tente ici, « non non non, vous dormirez chez mon voisin qui parle un peu français ! ».

Mustafa et sa famille

Mustafa et sa famille

Et nous voilà chez Mustafa et sa famille pour la soirée ! Il possède les terres aux alentours et fait pousser du blé. La région semble effectivement être le grenier à blé du pays. On y cultive également des betteraves à sucre. Sur la route, de nombreux panneaux à l’effigie de Monsanto, Syngenta et Cie ne nous permettent pas de douter quant au type d’agriculture pratiquée ici… (Même dans un café d’un village il y avait une « belle » et grande affiche Monsanto à côté des photos de tracteurs). Nous passons un très bon moment avec Mustafa et sa famille, les enfants se montrants très curieux. Ici aussi, beaucoup sont partis en France, en Belgique, en Allemagne etc. pour travailler. Lorsque l’on nous en parle, on ressent chez ceux restés ici, une pointe d’amertume…

Après un très bon petit déjeuner, nous roulons excités par le phénomène naturel que nous allons découvrir. Mais le lac de sel alors tant attendu se fait désirer au fur et à mesure des kilomètres de « désert ». Après chaque grande colline franchie nous nous attendons à le voir apparaitre. Toujours rien.

Le soir nous cherchons de nouveau un endroit pour dormir abrités, d’autant que le ciel est menaçant. Encore chanceux, un homme nous voyant hésiter, nous alpague depuis sa voiture et nous parle en Allemand. Il nous invite tout de suite à dormir chez lui. Nous partageons alors le super repas que sa femme nous offre : beurre, fromage, yaourt et galettes faits maison. Seules les olives et les tomates ne sont pas d’ici. Hatice, la maman, passe la soirée à tisser un canevas destiné à être vendu. Son mari, Hace, va au salon de thé avec les autres hommes du village. Pour notre part, nous jouons avec leur fille Ümü, âgée de 9 ans, très curieuse, communicante et attentionnée envers nous. Nous remercions encore cette famille pour leur hospitalité naturelle.
Le lendemain matin, le brouillard peine à se lever. Selon notre carte, nous longeons toujours le lac de sel. Encore une fois, rien. Grande plaine vide avec quelques villages çà et là. Nous avons l’impression d’être fatigués et de ne pas arriver à avancer. Mais c’est le vent de face qui nous freine et ne nous autorise qu’une vitesse de 10km/h sur des routes plus que plates…
Nous finissons par comprendre que le lac à reculé, l’eau a dû être pompée pour les champs alentours gourmands en arrosage. Nous retrouvons alors la voie rapide qui mène à Aksaray.

La famille de Hamet

La famille de Hamet

Le soir, nous sommes hébergés par une famille d’éleveurs. Hamet, le père, et son fils s’occupent des 300 moutons. La maman trait les brebis et confectionne yaourt, beurre et fromage (qui ressemble à du roquefort avec la texture du parmesan). Six bergers d’Anatolie sont là pour veiller au troupeau laissé en liberté la journée.

Le 1er février, direction Akasray aux portes de la Cappadoce. Nous nous arrêtons sur la route visiter le caravansérail de Sultanhani et apprenons par la même occasion que nous nous trouvons sur la fameuse Route de la Soie. Tout un symbole pour des voyageurs se rendant en Asie !

Caravaneserai de Sultanhani

Caravaneserai de Sultanhani

A Aksaray, nous sommes hébergés par Turgay, du réseau Warmshower. Deux autres cyclos anglais, Flora et Luke, sont également chez lui. Eux viennent de Nouvelle-Zélande et font le chemin inverse pour rentrer en Angleterre. Nous passons la soirée à échanger les bons plans voyages et à jouer au ping-pong.

Nous sommes maintenant arrivés en Cappadoce, région géologiquement incroyable, entre volcans, canyons, villes souterraines et habitations troglodytes. Bientôt un diaporama de notre séjour dans la région !

3 commentaires

  1. Toujours aussi intéressant de vous suivre. On aimerait bien avoir plus de détails sur l’agriculture pratiquée dans les régions que vous traversez. Avez-vous pu discuter sur ce thème avec vos hôtes, échanger des graines? Que Monsanto et consort soient présents n’est pas anodin. La semaine dernière, sur France2, l y a eu une enquête approfondie d’Elise Lucet et de son équipe de journalistes, sur les pesticides vendus par ces firmes multinationales dont vous parlez. C’était glaçant. L’agriculture est-elle très soumise à ces firmes en Cappadoce?

    • Bonjour et merci pour votre message!
      Maintenant que nous sommes en Turquie, la barrière de la langue rend ce sujet plus difficile à aborder. Cela dit, nous parvenons parfois à obtenir quelques infos. Par exemple nous avons appris avec stupéfaction que dans la région de Bursa, il est interdit de vendre des produits estampillés Bio pour la simple et bonne raison que les sols sont trop pollués pour pouvoir prétendre produire bio…
      Sinon, nos observations nous permettent d’affirmer sans trop de doute que l’Anatolie de l’ouest est une région de cultures intensives. Et les pesticides y sont largement employés. En quelle quantité? Aucune idée mais les affiches de Monsanto et consort ne laissent guère de doute…
      Pour ce qui est des graines, en Turquie, nous en avons échangé ou donné quelques fois. Nous avons ressenti que ces quelques graines reproductibles, anciennes et biologiques partagés ont étés reçues avec beaucoup de joie, les gens nous disent qu’il est difficile de trouver de telles semences en Turquie.
      Pour répondre plus globalement à ces questions, nous comptons faire un article à ces sujets sur chaque pays ou zone du monde que nous traversons, mais cela prend du temps, mais promis, nous allons bientôt en poster un sur la Grèce !

  2. Fidèles à leur réputation ces turques, super pour vous ! Des bisous.

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