L’Ouzbékistan, entre ses merveilles et sa campagne

La fin de notre séjour iranien a été quelque peu chaotique avec la déception de ne pas obtenir de réponse pour le visa turkmène et la nécessité de revenir sur nos pas, à Téhéran, pour prendre un vol pour Aktau au Kazakhstan. (voir notre précédent article)
Mais toujours est-il que nous sommes tout de même arrivés en Ouzbékistan !

Le mal des transports…

Pour ce faire il nous a fallu prendre plein de moyens de transport.
L’avion, donc, deux fois entre Teheran et Baku (Azerbaïdjan) puis entre Baku et Aktau au Kazakhstan. Avec au passage 40$ d’emballage de vélos et de sacoches…
Nous ne sommes restés qu’une journée au Kazakhstan mais avons pédalé et bivouaqué au milieu de la steppe entourés de chevaux sauvages. Ce pays et ses habitants nous ont fait très bonne impression et ont attisé notre curiosité…

La vie dans les trains

La vie dans les trains

Depuis Aktau, nous avons pris deux trains pour nous rendre en Ouzbékistan. Et à notre grande surprise, il s’agissait de trains dignes du Transsibérien. Une fois la négociation terminée avec les agents du train pour embarquer les vélos sans bakchich (un peu d’argent de la main à la main), nous sommes montés dans un train d’une autre époque. A l’intérieur, chacun a sa couchette et tous s’affairent à préparer les lits, faire à manger ou faire le thé en se servant de l’eau chaude directement au samovar présent dans chaque wagon. Certains sortent sur le quai lors des nombreux arrêts pour faire quelques achats auprès de vendeurs ambulants, puis le train part, doucement mais surement.
A l’intérieur la vie s’organise, les conversations fusent. Notre petite voisine de dix ans, très curieuse, a passé une bonne partie du voyage avec nous, surtout avec Elisabeth, à essayer de discuter en anglo-russo-kazakh… A Beyneu on a changé de train. Toujours la même ambiance si ce ne sont les contrôles de douanes Kazakh puis Ouzbèk au milieu de la nuit, et les innombrables vendeurs ambulants qui défilent non-stop dans les allées pour vendre boissons, soupe, poissons séchés, glaces, confiseries, etc… Certains proposent même de changer de l’argent. C’est d’ailleurs dans ce train que nous avons obtenu nos premières liasses de Soms Ouzbèk, avec les conseils avisés de notre voisin de couchette. Car en Ouzbékistan il y a le taux de change officiel (à la banque) 1$ pour 3 000 Soms et le taux du marché noir 1$ pour 6 000 Soms. Et entre les deux, on essaye de vous arnaquer… On s’est vu proposer 1$ pour 600 Soms…

Bref, après presque 24h de train au milieu du désert, nous avons débarqué à Kungrad en Ouzbékistan et avons repris les vélos, en compagnie d’Endika, un cyclo espagnol rencontré à l’aéroport de Téhéran.
Reprise des vélos, mais pas pour longtemps. Après une journée et un bivouac dans le désert à la sortie de la ville de Nukus, on s’est fait emmener en camion jusque Urgench pour rester en règle au niveau des enregistrements dans les hôtels. Car Ouzbékistan, les touristes doivent s’enregistrer au minimum tous les trois jours dans un hôtel, et si on ne le fait pas, gare à la douane à la sortie du pays…une forte amende peut nous y attendre !

Khiva

Khiva

La ville historique de Khiva a été une sorte de bulle d’oxygène pour nous au cours de ces premiers jours dans le pays. Même si c’est ici que l’estomac de Rémy a rencontré ces premiers problèmes avec l’Asie Centrale, nous avons passé quatre jours à nous reposer et à profiter de la magnifique vieille ville, tôt le matin et au coucher du soleil pour éviter les heures chaudes. A notre grande surprise, très peu de touristes occidentaux, la majorité étaient Ouzbèks. Le centre historique est très bien conservé et rénové, entouré d’un imposant mur d’enceinte. A l’intérieur, des mosquées, des madrasas et des minarets construits de briques de terre aux couleurs sables sont mis en valeur par les mosaïques de carreaux en céramiques bleu turquoise. On imagine sans mal l’endroit remplit de vendeurs de tapis, d’épices et les chevaux et chameaux attachés ça et là, comme à l’époque de la route de la soie.
Après Khiva, la chaleur s’est intensifiée et nous avons alors décidé de prendre un nouveau train de nuit pour rejoindre Navoiy et ainsi éviter les 450km de désert jusqu’à Bukhara.

L’Ouzbékistan des villes mythiques

Le gang du village!

Le gang du village!

Deux jours de pédalage nous ont permis de rejoindre Bukhara. Au soir du premier jour, Sharina, une jeune fille de 18 ans qui commence à apprendre le français, nous invite dans sa famille, dans un petit village où tout le monde vit de son jardin, des arbres fruitiers et de leurs quelques vaches. Les enfants, autorisés à se balader seuls dès le plus jeune âge, utilisent des vélos en piètre état mais qui suffisent à leur amusement.

A l’instar de Khiva, Bukhara est une ville de plus grande taille. Les monuments sont tout aussi impressionnants mais plus dispersés. La chaleur écrasante qui régnait dans cette partie du pays ne nous a pas facilité la tâche pour visiter la ville, 45°C l’après-midi !
Les deux jours de route entre Bukhara et Karshi, un désert de 150 km, ont certainement été les plus éprouvant de notre passage en Ouzbékistan. Plat mais avec le vent de face. Ensoleillé, mais 45°C à l’ombre… Nos journées commençaient à 4heures du matin, une longue pause de 11heures à 17h, puis nous finissions à la tombée de la nuit. La chaleur sèche du désert nous a fait boire jusque 5 litre d’eau par jour chacun…

Registan à Samarcande.

Registan à Samarcande.

A Samarcande, nous nous y sommes rendu en voiture. Nous avons pu visiter le Registan, le principal complexe historique de la ville, tôt le matin, sans les groupes de touristes et avec tous les magasins fermés ! Trois madrasas immenses subtilement décorées et dont l’inclinaison de certains murs feraient pâlir la tour de Pise…
L’intérieur de la mosquée de la madrasa Tilla-Qari nous a particulièrement impressionné par ses sublimes dorures et peintures.
Il est possible de visiter plusieurs autres complexes et mausolées, ce que nous n’avons pas fait pour des raisons de prix, de chaleur et de ventres capricieux.
L’autre face de Samarcande est bien plus moderne et jeune. De nombreuses universités y sont présentes et le centre ville a été entièrement rénové récemment.

Les températures baissent, tout le monde est de sortie !

Les températures baissent, tout le monde est de sortie !

Le soir, nous allions prendre l’air frais, en compagnie d’Ouzbeks, près des nombreuses fontaines illuminés de la ville. Autour de ces espaces de lumière et de fraicheur toute une vie s’active avec des vendeurs de cacahuètes, chips ou barbe à papa coupés en part de gateaux ! Plusieurs photographes prennent les familles en photo devant les fontaines, effectivement dans cette région du monde posséder un appareil photo est rare.

L’Ouzbékistan des campagnes

De retour à Karshi, chez Odil et sa famille qui nous ont hébergés pour quelques nuits, nous avons repris les vélos, pour nous diriger vers la frontière Tadjik.

Pour la nuit, surveillance des taureaux !

Pour la nuit, surveillance des taureaux !

C’est lors de cette semaine de pédalage que nous avons pu réellement commencer à apprécier ce pays et ses habitants, loin des villes et sites touristiques.
Malgré un vent pas vraiment coopératif, nous avons aimé rouler au milieu des champs de blé, d’oignons ou de pommes de terre. Toujours très vivante, cette campagne ouzbèke nous a plusieurs fois surpris. Par ses enfants d’abord. Des gamins de dix ou douze ans amenant seuls vaches et taureaux au champ ; d’autres à peines plus âgés travaillant aux côtés de leurs parents à couper et ramasser le blé pendant les vacances scolaires. Et les lits un peu partout pour se reposer l’après-midi ou pour dormir près du troupeau la nuit.

Amis de la route

Amis de la route

Les pauses ravitaillement en eau dans les petits magasins étaient souvent l’occasion d’un moment d’échange avec les habitants, très curieux au sujet de notre périple. Ils étaient ravis que nous puissions parler quelques mots de russe et nous disaient d’ailleurs que souvent, les cyclistes ne font qu’acheter de l’eau et repartent en ne prononçant qu’un simple « Spaciba » (merci en russe)… Ici, les gens aiment prendre le temps de faire les choses, de discuter et de se reposer. Le stress chez eux n’est perceptible que lorsqu’ils sont au volant de leur voiture… Du coup on apprend à faire comme eux, à prendre le temps. Ils nous regardent harnacher nos vélos, nous les regardons cuire le pain dans leurs drôles de four. Ils s’arrêtent de travailler pour nous demander d’où on vient et où l’on va, on prend le temps de discuter à l’entrée d’un petit magasin. Le voyage à vélo c’est aussi ça, apprendre à ralentir et à regarder autour de soi.

La vue depuis notre tente.

La vue depuis notre tente.

Les bivouacs ont été également très agréables. L’un en surplomb d’une jolie vallée, un autre entre champs de blé fraichement coupés et quelques vaches attachées ici pour la nuit.

Après un col éprouvant sur une route bien souvent défoncée et une bonne heure à déballer toutes nos affaires à la douane, nous avons franchi la frontière Tadjik.
Et une fois dans notre quatorzième pays, la route est devenue une large 2×2 voies en parfait état.
Nous venons donc d’entrer dans un pays aux forts contrastes. D’un côté les campagnes d’un autre siècle où des dizaines de femmes s’activent à ramasser les oignons à la main et où l’eau courante n’existe pas, et d’un autre, Dushanbe, la capitale, et ses luxueux 4×4 aux vitres teintées, ses immeubles flambants neufs et le WIFI dans les bus !
Dans quelques jours nous serons dans les montagnes du Pamir.

 

Voici une liste des hôtels pas trop chers dans lesquels nous avons été, ce n’est pas pour faire de la publicité mais cela peut être utile pour de futurs voyageurs pour s’enregistrer :

Khiva: hotel Alibek, négociation à 6$/pers pour dormir sur le toit face à la ville, avec petit dèj conséquent !
Bukhara: hotel Rumi, négociation possible à 18$ pour chambre double ( en faisant jouer la concurrence) , très tranquille, parle français, mais ils prennent leur temps… !hotel rustam, négociation possible à 18$ voir moins, beaucoup de voyageurs et en plein centre. Nous avons préféré le calme de Rumi
Guzor: hotel avant le centre ville, grand portail vert, cela ne ressemble pas à un hotel, des écritures signalant un sauna et stade sont à côté. négociation à 22 000 som / pers ( prix pour les uzbek)
Baysun: le seul hotel de la ville semble t il. Le concierge  est très sympa et nous a invité à manger chez lui. 50 000 som/pers sans le petit déjeuner ( sinon c’est 5 000 de plus )

Nous avons desfois fait notre enregistrement une nuit sur 4, et à la frontière nous n’avons pas eu de problème. Il faut avoir une certaine quantité d’enregistrement et si vous en louper quelques uns ce n’est pas grave. Les billets de trains peuvent permettre d’expliquer les problèmes d’enregistrement.

Un commentaire

  1. Plaisir de revoir Samarkand, Boukhara et la campagne alentour que nous avions visité en … avril 1988, à partir de Moscou où nous étions installés. C’était le crépuscule du communisme. Nous étions les seuls touristes… Nous étions allés à Chakhrisabz , la ville où est né Tamerland. Par “chance”, la guide qui était avec nous tout le temps, avait eu un malaise sur la route et, le temps qu’elle aille se reposer chez un parent, nous avons pu visiter la ville seuls, un luxe pour l’époque! Nous avions vu aussi l’observatoire d’Ulugh Beg à Samarkand. Charles, mon mari, avait un Opinel sur lui que de beaux vieillards en turban avaient essayé de lui marchander contre une photo d’eux.
    Bonne continuation!

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